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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 19:11
     Ah! que c'est bon de se retrouver chez soi, avec vous, mes belins-belines, comme compagnie récupérée des limbes! Je vous vois tous devant moi, frétillants comme des goujons un jour de rentrée scolaire - j'en vois même deux qui bavardent là au fond, c'est fini bientôt ces apartés? si on a quelque chose à dire on lève le doigt et on articule bien, que tout le monde entende comme il faut. Il faut vous dire, mes belins-belines, que j'ai eu là-bas de grosses surprises. Et grammaticales, qui plus est. Non point concernant la langue de Shakespeare : il y a belle lurette que je sais que le malheureux croirait avoir débarqué en Chine s'il entendait ce qu'on inflige par là-bas à l'anglais de la reine. De ce côté-là je vous assure que j'étais blindée, et depuis un bon bout de temps. Non, c'est à propos de notre grammaire à nous que j'ai eu le souffle coupé. Imaginez que dan s certaines universités américaines on n'enseigne plus le passée simple sous prétexte que c'est obsolète et que personne en France ne l'utilise plus. Je ne sais pas ce que les étudiants de ces universités-là vont pouvoir comprendre à ce qu'on peut appeler le patrimoine romanesque français, où le passé simple fait figure de noblesse et raffinement et en outre se trouve aller de soi. Qu'on ait des réserves sur l'imparfait du subjonctif, cela me paraît plus compréhensible (sinon défendable) : dans le commerce ou les affaires je n'en vois guère le lieu ni le besoin. Mais tout de même je voudrais vous faire remarquer que si dans "L'Histoire de Colombe" on l'emploie sans hésitation même au niveau le plus humble, le plus inculte, ce n'est pas parce que j'enrage de le fourrer partout; c'est tout simplement que c'est naturel dans les langues romanes. En italien, en portuguais, même si on doit le dénigrer comme un héritage tyrannique du latin, l'imparfait du subjonctif s'emploie sans poser de problème. J'ai eu des femmes de ménage totalement analphabètes, du Portugal ou d'Italie, qui "craignaient que leur mari ne fût gravement malade" (je traduis pour vous donner une idée de ce qu'on devrait dire en français) ou qui trouvaient anormal que "les étrangers fussent traités avec tant de méfiance" : au contraire, cet emploi du subjonctif pour souligner les nuances d'une pensée non vérifiée  ajoute un charme délicat à l'expression orale. Voilà, c'est dit. Si vous trouvez des imparfaits du subjonctif dans mes 573 pages (n'ayez crainte, vous en trouverez) même énoncés par des manants, ne croyez pas à une manie de ma part. Pensez seulement qu'on parlait ainsi au XVIIIème, et que ce n'était ni plus difficile ni plus grotesque que ce dont la télé voudrait nous donner le modèle. Vous voyez que j'e n'ai rien perdu de ma pêche, tâchons d'oeuvrer de conserve en partant du bon pied. Et cela dès demain. Je vous parlerai chats dès que j'aurai une minette.
                                                                                                                                   Lucette DESVIGNES.
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