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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 09:48

            Je ne sais si vous partagez mon amour de Tchékhov, ce qui nous conduirait à une même admiration pour « La Cerisaie » et à une même émotion pour le  dernier acte et la dernière scène. La famille doit quitter la maison qui lui appartenait depuis des générations, et qui a été bradée pour payer les dettes des uns et des autres. Chacun, maître ou domestique, doit se retrouver un perchoir ailleurs ; chacun a donc des projets, des rêves – un domestique trop âgé pour être utilisé dans une autre place, le vieux Firs, est le seul qui doive être confié à une maison de retraite (imaginez-la : à la fin du XIXème siècle, au fin fond de la Russie). A travers toutes les allées et venues qui donneraient volontiers le vertige, s’entrecroisent les questions à son sujet, car tout le monde l’aime bien. « Quelqu’un s’est-il occupé de Firs ? » ou « Il faudra bien songer à emmener Firs » - Oui, on l’aime bien, mais lorsque le rideau tombera le vieux Firs aura été oublié purement et simplement dans la maison aux volets cloués, faute d’avoir vu son destin réglé sérieusement par quelqu’un qui se soit chargé du problème jusqu’à sa solution (on se demande d’ailleurs toujours pourquoi Tchékhov a baptisé « comédie » un chef d’œuvre dont la tonalité tragique de la fin serre le cœur). Eh bien j’ai aimé retrouver dans   mon feuilleton préféré, et dans une atmosphère tragique qui a duré tout l’épisode d’hier – l’incendie de l’hôpital, dans une réalisation étonnamment réussie – ce même souci du destin des amis proches répété sans la moindre efficacité : le couple – médecin et infirmier - qui s’était retiré au vestiaire pour régler un problème sentimental sera bientôt entouré par les flammes et connaîtra une odyssée désespérée qu’on suit en se rongeant les ongles d’énervement et de tension (je signale au passage que pour ma part je ne suis pas onychophage le moins du monde, c’est seulement pour dire) ; mais tous les membres du personnel, en se croisant dans l’effervescence de l’évacuation des patients, se posent rituellement la question « Où sont Ruth et Jay ? »  ou « Est-ce qu’on sait où ils sont ? » pour s’entendre dire à chaque fois qu’ils sont partis chez eux un peu en avance, donc qu’on n’a pas à les chercher…

 

 

 

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