Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 17:56

 

 

 

L’un de mes voisins est très malade. En réalité il se trouve en fin de vie. On l’a traité, chimiothérapié, transbahuté d’un centre de radiologie à une salle d’opération puis chez lui puis repris pour d’autres séances, puis relaxé – oui, relaxé -  après avoir testé sur lui tout ce qu’il est possible et impossible d’imaginer. On lui a accordé des semaines très passables, où il pouvait travailler à son cher jardin, au point qu’il pouvait même faire illusion aux voisins qui le voyaient souriant, affable, actif.  De temps à autre, on le rappelait là-bas, au Centre, comme si on ne pouvait se passer de lui, avant de le renvoyer chez lui pantelant. A chaque fois on lui disait avec des moues qu’il n’y avait plus guère grand-chose à faire dans son cas – en gros on lui conseillait la niche, avec tout un tas de bons souhaits. Et à chaque fois lui aussi croyait que c’était la dernière visite qu’il faisait à ces lieux officiellement « hospitaliers »,  et qu’il s’en revenait à la maison pour seulement quelques jours. Je viens d’apprendre qu’il est allé faire visite à ces lieux tout récemment, sans doute pour la dernière fois, et c’était presque, quand on l’a renvoyé chez lui, comme si on lui disait « Et surtout n’y revenez plus ! ». Donc il est là depuis trois jours, bardé de ses tuyaux tubes sachets de sang ou fioles de glucose, sous oxygène. Il est toujours là, et si je vous en parle c’est parce qu’il garde son sourire et son calme, et qu’il dit avec sérénité  « Je ne me déplacerai plus maintenant, je vais rester ici encore quelque temps, quelques heures oui, ils m’ont dit que je n’avais plus qu’à attendre la fin, alors j’attends la fin ». Je trouve bouleversante cette sérénité d’une attente sans nom. A mon âge, où la question du dernier soupir est inscrite ineffaçablement sur l’horizon proche, j’aimerais bien être sûre que jusqu’au bout je garderai ma conscience et que j’aurai cette fermeté d’âme.

Partager cet article
Repost0

commentaires

S
<br /> Ma belle-mère - la deuxième épouse de mon père - est une dame qui a quatre-vingt années ; elle pense à sa fin, et même à ce qui se passe, dans l'ordre pratique des choses, quand quelqu'un meurt.<br /> Pour la dernière fois, m'a-t-elle dit, elle m'a montré l'endroit précis où se trouvent les papiers à conserver après elle ; il n'y avait dans sa voix aucun pathos, j'étais gêné, pas elle ; j'avais<br /> de la peine, rien ne transparaissait de ce qu'elle pouvait ressentir ; ma belle-mère a beaucoup de courage. Elle ne dira pas de ces insanités comme "La mort est dans l'ordre des choses", non : ce<br /> genre de formules banalisent de manière effroyable la mort. Non, elle dit, simplement, que les papiers, pour ses funérailles, pour les impôts, pour le logement acheté avec mon père se trouvent à<br /> cet endroit : elle a renoncé à l'illusion précaire de l'éternité, à cet oubli quotidien de la mort sur lequel nous fondons notre château de sable ; c'est un rare courage. Je l'admire.<br /> <br /> <br />
Répondre

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens