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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 15:28

  

            La mode, je ne la suis pas, en aucun domaine : par exemple j’ai eu du mal à entrer dans l’ère du violet, et puisqu’elle s’accommode aussi du mauve j’aurais à présent du mal à en sortir  (c’est ce qu’on dit de la femme de trente ans : au début elle n’avoue que la décennie précédente, et une fois installée dans la trentaine elle prétendra y rester, même débordant visiblement sur les quarante). Et je n’observe qu’avec curiosité l’évolution de ces caprices collectifs, les longueurs de jupe, la vogue de l’asymétrique, les quilles des robes évoquant de subtils déchiquetages, le style des collants – autant c’est mignon parfois sur de jeunes morphologies, autant cela peut être grotesque dès que le mannequin a déjà de la bouteille. Pourtant je suis bien obligée d’être au courant de la mode dans le domaine du jardinage, ne serait-ce que parce que j’aime butiner sur les catalogues aux photos si merveilleusement réussies. Et je vois que depuis quatre ou cinq ans on s’est mis au nanisme. Fruitiers nains de toute espèce, ils nous ont sans doute été amenés par les tomates cerises qui se sont tracé un glorieux chemin, puisque de l’apéritif au gratin elles nous sont offertes toute l’année, même à la mauvaise saison.  Depuis l’invasion d’icelles par la brèche de leur taille rigolote, se sont imposés des arbres minuscules dont les catalogues nous donnent des images couvertes de fruits, alors que leur structure miniature tient à l’aise dans un pot de fleurs pas bien gros. Imaginez ce verger sur votre balcon ! Des cerisiers nains, des pruniers nains, des pêchers nains, des poiriers nains… et les orangers nains et les citronniers nains, pas d’encombrement, pas de problèmes, et d’abondantes confitures.(moi je demande à voir, comme au poker, sur le chapitre des quantités miraculeuses ; pouvoir contempler un abricotier nain tout en fleur serait déjà bien beau). Dans ce courant philosophique j’ai hérité d’un  bananier nain de Chine que j’ai du mal à distinguer d’une touffe d’oseille,  malgré déjà presque un an de soins ; quant à le voir jamais fleurir « comme un nénuphar d’or », j’y renonce dès à présent, surtout parce que je connais la fleur de bananier, cette fleur « en carton », disait André Breton, et que je l’imagine mal flottant sur l’onde entre deux feuilles rondes comme des tôles à tarte.

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