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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 09:07

            En y réfléchissant bien, et suite à mes propos d’hier sur « Downton Abbey »,nous avons nous aussi, dans les réalisations artistiques dont nous pouvons nous honorer, un film – à défaut d’une série – où la cohabitation maîtres et domestiques a été établie de manière frappante : je pense à cette « Règle du Jeu » dont les cinéphiles sont épris, que le public a souvent boudée et qui pourtant juxtapose les deux milieux avec le coup d’œil aigu des années 36 porté par Renoir sur la société et ses remous.  Dans les quartiers des domestiques on écoute Mozart à la radio, chez les maîtres on préfère l’accordéon : tout un programme, que les comportements des uns et des autres illustrent brillamment. La satire est là, patente, non dissimulée ; c’est pour cela sans doute que l’atmosphère est si différente de ces recréations du monde conservateur dès que la Manche est franchie. C’est en effet à nous, dans ces histoires anglaises si attachantes à suivre, d’apporter le jugement sociologique sur ces manières de vivre dans le souci des hiérarchies les moins discutées, dans le respect, voire le culte, des raideurs  les plus injustifiées. Certes les vocations à l’indépendance s’y font jour – à preuve, cette femme de chambre qui en secret s’exerce à la machine à écrire pour devenir secrétaire quelque jour – et l’immobilisme de ces mœurs héritées d’une tradition ancestrale n’est pas encensé ouvertement : la mise en lumière des personnages odieusement rétrogrades (comment un être humain décent peut-il songer à travailler ? et qu’est-ce que ce repos du dimanche que certains réclament ?) est présente, mais tellement entachée de ridicule que la portée morale en est amoindrie. Est-ce peut-être parce que ce monde arrêté dans le temps (mais en train de se préparer à basculer) est peint sous des couleurs si paisibles qu’il nous séduit tant ? En tout cas, je pense à un commentaire naguère fait sur « Pride and Prejudice » : «  on nous le repasse sans arrêt, mais pourquoi nous plaindre, puisque nous en redemandons ? ».

 

           

 

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