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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 16:39

     Dans "Le Livre de Juste",  que j'ai publié en 1986, le titre faisait référence à la fois au livre sur Juste - antécédents familiaux, incidents de sa vie, formation de sa philosophie etc. - et au livre que Juste voulait écrire sur la Commune de Paris et qui resta dans les limbes. J'ai envie aujourd'hui de récidiver avec le titre de mon blog, Je voudrais en effet parler de la manière diont les juges jugent (rassurez-vous : il s'agit des juges de la compétition de danse contemporaine que la BBC fait durer dix semaines, je n'ai pas envie de porter des jugements non politiquement corrects, aujourd'hui du moins, sur la manière dont fonctionnent nos tribunaux) et de la manière dont on peut les juger. Le samedi en prenant mon thé je regarde faute de mieux (ou en entr'acte entre deux tâches) une compétition de danse qui chaque semaine évacue presque dans les larmes le couple qui a le moins bien dansé. Le principe est intéressant : un danseur ou une danseuse professionnel(le) doit faire travailler (dur, je vous assure) pendant une semaine une célébrité (un chanteur, une comédienne, une photographe connue, un présentateur de nouvelles, un footballeur...) de manière à le rendre parfaitement apte à se faire applaudir. L'éviction, toujours pathétique, empêche le couple désigné de se perfectionner dans la semaine à venir en une autre danse. Le public a le droit de vote, cela se passe dans la coulisse et on fait la moyenne des notes - qu'on nous dit. Et c'est là que je voudrais glisser mon grain de sel dans la soupe. D'abord, les juges expliquent très en détail, parfois au milieu des protestations du public, pourquoi ils s'enthousiasment ou font la moue : posture, rythme des pieds et du corps, instinct de la danse, grâce des évolutions, tout y passe, et les danseurs jugés ainsi doivent reconnaître - ce qu'ils font en général - que les critiques sont fondées, même si cela leur fend le coeur. Ce que je comprends moins, c'est pourquoi des trémoussements semblables sont jugés selon deux poids deux mesures, comme le système des impôts chez nous.  Ici on crie au miracle, avec des 9, 8, 9, 10 (là c'est l'extase), on n'a jamais rien vu de si beau de si vrai de si pétillant etc. Là on reste silencieux avant de se prononcer, on a l'air triste, les progrès ne sont pas évidents, la copie est à revoir. Les hurlements du public (c'est pourtant un public invité, donc en théorie distingué, mais je vous le dis il hurle dès qu'il le juge bon) traduisent souvent cet étonnement : les mêmes énergies déployées avec les mêmes effets et selon les mêmes figures ne récoltent que des 4, 6, 5, 6, de quoi être bloqué pour le programme hebdomadaire à venir. On peut également s'étonner que les vues des jurés, à peu de chose près - sauf pour divergence aimable qui ne tire pas à conséquence - soient d'accord si souvent, comme s'ils s'étaient entendus pour faire passer tel couple ou pour arrêter tel autre dans ses élans... J'avais déjà eu l'occasion, je me le rappelle, de disserter sur le hasard des "Chiffres et des Lettres" où les tirages vous condamnaient un type dès le deuxième coup. Ici je ne pense pas qu'il s'agisse de has ard, mais plutôt d'une stratégie de la longue distance : ils vont certainement finir par évacuer le footballeur baraqué comme un ours même s'il a acquis des grâces de libellule, mais cela leur paraît de sage politique de montrer par l'exemple ce que la danse peut apporter comme raffinement dans les manières. Il a une bonne tête d'ailleurs, ce footballeur, il est sympa - ça m'ennuie tout de même qu'il franchisse si facilement tous les barrages... Allez, bon dimanche!

                                                                                                                     Lucette DESVIGNES.

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