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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 12:33

            J’espère ne pas vous l’avoir déjà dit, mes belins-belines , car rien ne me déplairait autant que de vous donner l’impression que je radote (or malheureusement, à mon âge et même si on ne se défend pas trop mal, c’est bien ce qui peut vous tomber sur les épaules tout par un coup, comme on dit chez moi si joliment – et le pire de l’aventure c’est que vous êtes le ou la seul(e) à ne pas vous en rendre compte, l’horreur absolue, quoi) – donc dans l’espoir que je vous apporte ici « du fruit nouveau », comme on dit chez Marivaux, je vais évoquer pour vous des souvenirs de jeunesse, lorsqu’une fois j’avais dans la cour du lycée été témoin d’un match avec des filles venues d’ailleurs. C’était du basket, je crois – dans notre pénurie nous avions tout de même les poteaux adéquats – et j’étais spectatrice, car au basket le ballon me passait régulièrement au-dessus des oreilles à cause de ma taille et je refusais de sauter s’il le fallait. Et qu’était-ce bien que cette équipe étrangère, dont la présence n’a plus jamais été répétée au vu probable de résultats peu convaincants ?  L’aspect purement sportif de l’événement comportait donc plusieurs bémols. Mais ces filles d’un autre collège s’étaient déménagées avec leur entraîneuse, laquelle posait au caïd de niveau international pour le moins. Afin que tous le sussent et que nul n’en ignorât (oui, oui, oui), elle répétait sans arrêt, en soulignant ses dires par des coups de sifflet à roulette à faire pâlir de jalousie le premier flic venu, « Le mur ! Le mur ! ». Pour la Béotienne hermétiquement bouchée que j’étais, cette injonction n’apparaissait pas pour ce qu’elle était, à savoir un rappel de stratégie collective          qu’il fallait pratiquer avec zèle quand on y avait été initié, mais  évoquait plutôt une incantation mystique si stimulante qu’avec deux copines également spectatrices et Béotiennes nous nous étions senties invitées à nous joindre à cette voix solitaire qui avait sans doute besoin de renfort. Aussi nous étions-nous mises à crier « Le mur ! le mur ! » nous aussi, probablement à contretemps, car les sportives venues d’ailleurs se tournaient vers nous avec ahurissement, tandis que leur mentor tournait vers nous des regards furieux. Cette collaboration vocale mal harmonisée se termina par une intervention violente qui quittait le niveau incantation mystique pour se lancer nettement dans les insultes ; je me demande même s’il n’y avait pas eu en pourboire quelques heures de colle, dûment supprimées par notre prof de gym qui se tordait  de notre performance. Le mur ! Le mur ! … Je vous donnerai demain une autre version du même vocable.

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