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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 10:20

 

 

            A peu près en même temps qu’on se met à parler de nouvelle cuisine, on brandit le nouveau roman. Dans les deux cas il s’agit de fournir aliment aux besoins physiologiques ou intellectuels, avec l’accent mis sur le caractère si possible inédit de la mouture présentée : au fond, les ingrédients changent peu, sauf quelques variantes spectaculaires ; c’est leur mise en valeur ou leur mise à l’écart qui vont désormais compter. L’objectif, dans les deux domaines, est de surprendre, de déstabiliser, de secouer : le dîneur ou le lecteur resteront libres d’adhérer ou non, de louanger ou d’exécrer. Ici on vous sert le poisson « rose à l’arête » (si vous aimez, tant mieux pour vous) ; là on supprime dans tout récit littéraire le personnage principal, le remplaçant par  l’absence de structure voire de narration (ainsi « Histoire »de Claude Simon, merveilleuse construction dans laquelle il n’y a pas d’histoire). Certes on aime ou on n’aime pas, mais rien dans cette forme de littérature n’est fait pour appâter, pour convaincre, pour plaire délibérément au lecteur, qui se débrouille comme il le peut : c’est pourquoi il est libre de rejeter le texte en bloc, après une ou deux tentatives infructueuses – personne ne lui en tiendra rigueur – ou bien de découvrir dans ce nouvel agencement des éléments du conte une jouissance d’autant plus profonde qu’elle est presque de nature initiatique. C’est ainsi que le nouveau roman a régné chez nous pendant quelques décennies, glorieusement, impérial malgré les travaux de sape venus de tous côtés. C’est après les maîtres de cette forme d’écriture si distinguée, si peu racoleuse, si distancée, que naît le chaos, l’enchevêtrement indémêlable de toutes les tendances, les acceptables comme les plus calamiteuses. Le chantier romanesque est devenu un grouillement d’écrits, brut de décoffrage ou affèterie, affleurement impudique d’expériences personnelles éhontées utilisées comme matériau littéraire. On pourrait essayer de voir pourquoi le public s’y laisse prendre. Oui, on va voir !

 

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