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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 09:14

 

 

 Le temps du chaos devient peu à peu le temps des émergences : de même qu’en cas d’inondation imparable couvrant des centaines, voire des milliers d’hectares sacrifiés, perdus, inconnaissables, le regard ne peut être accroché et retenu que par ce qui dominait quelque peu et qui, inévitablement, émerge hors de l’eau, de même le flot de la production romanesque en librairie, déferlant comme une mer où tout se brasse et se mélange, ne permet de se faire remarquer qu’à quelques volumes, quelques titres, qui semblent placés assez haut pour pouvoir attirer l’attention. Mais si, dans le cas de l’inondation,  les émergences étaient la conséquence naturelle de la situation élevée de naguère, dans le domaine de la librairie les émergences résultent de bien d’autres causes, trafics, manipulations, manigances. Un beau jour vous trouvez des piles d’un même titre, partout à la fois – tiens ! Le même jour, on montre sa couverture à la télé (tiens ! tiens !). Le lendemain, on exhibe son auteur (ou son auteure, comme disent les amateurs de beau langage) – bref, en un rien de temps comme dirait Devos, on sait tout de lui ou d’elle, on entend surtout le titre répété à tous les échos. Si vous entrez dans une librairie, tous les automatismes sur lesquels les campagnes éditoriales ont si bien compté se déclenchent en même temps ; vous résistez le temps de chercher votre vie dans les rayons mais finalement, en retrouvant une pile près de la caisse enregistreuse vous tendez la main à votre tour : vous avez contribué à la construction d’une renommée, au sacre d’un nom,  au chiffre fabuleux des ventes. On pourrait donc dire que vous avez joué honnêtement votre jeu de lecteur intéressé à la prospérité du roman, à sa défense : faux ! Vous avez suivi les chemins de l’école moutonnière, vous avez acheté  pour faire comme tout le monde, vous ne lirez ce livre qu’une fois (si encore vous arrivez au bout tant  il est médiocre), il est insipide, il ne vaut pas grand-chose… mais, qualité essentielle, il ne demande pas d’effort intellectuel, le lecteur Lambda y retrouve tous ses poncifs, vous pensez s’il est heureux : la lecture ne lui coûte pas plus de peine que de suivre un docu à la télé. Et dire qu’on parle ici d’un roman…

 

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