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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 08:25

 

  

            Même si l’on discute avec des gens assez cultivés pour saisir les différents niveaux de lecture et d’écriture de ce qu’ils lisent, il reste – et cela m’attriste quelque peu – qu’ils ne donnent pas souvent au roman la place impériale qu’il mérite. Je pense qu’on doit voir là, si    content qu’on puisse être de se trouver en face de gens qui lisent, les traces indélébiles de l’action de Pivot avec ses fameuses « Apostrophes », si fameuses et bien vues qu’elles empêchaient toute autre forme de critique littéraire, voire tout simplement de campagne intelligente pour la lecture. Régis Debray en ses beaux jours  a fait et répété de ce phénomène national des analyses assez judicieuses et percutantes  pour que je n’y revienne pas à mon tour, mais si le livre a, du fait de ces émissions et parce que c’en était la mode, conquis – reconquis peut-être – ses lettres de noblesse commerciale et sans doute une place dans le quotidien de maint spectateur de télévision, la hiérarchie des œuvres présentées n’a jamais figuré au sommaire des préoccupations du célèbre plateau d’Antenne 2. Histoire, biographies, confessions, essais, traités philosophiques ou pédagogiques, économie ou banque, réflexions sur le sport, ou la maladie, ou l’éducation, ou la gastronomie … tous ces genres étaient bien plus faciles à traiter que le roman, sur la valeur duquel il était inévitable de devoir s’engager : or s’engager dans le domaine littéraire – pour encenser ou démolir – était dangereux pour le critique, de l’avis même du meneur de jeu au centre de ses invités. Par conséquent, non seulement il ne se compromettait pas dans ses jugements mais il évitait d’avoir à se prononcer, préférant de beaucoup les jeux de cirque qu’offraient souvent les bagarres pas toujours à fleurets mouchetés entre adversaires campant sur les mêmes tréteaux : le spectacle était toujours préféré à l’approfondissement d’un style ou d’une écriture. Si bien que si le livre a certes été  remis en selle, la littérature, elle, est restée en souffrance. La mode des biographies prolonge cette désaffection pour la chose littéraire : on veut du document, de la vérité donc de la véracité. On a tendance à considérer comme la parente pauvre du récit, à la limite comme un ornement négligeable, l’imagination qui permet par définition au roman de se tenir debout. Vous pensez bien que je ne veux pas en rester là avec vous, mes belins-belines ! A plus…….. 

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commentaires

S
Il va de soi, mais cela va mieux en l'écrivant que les critères d'appréciation d'une vie, réduits au seul constat de la réalisation de projets conformes à ce que chaque individu peut s'assigner<br /> comme idéaux, relèvent d'un pragmatisme vulgaire, et mettent -surtout- en évidence la réduction des vies humaines à une somme d'actes, qui inaboutis signeraient un échec.<br /> <br /> C'est là un modèle humain réductionniste qui ampute nos vies, nos êtres de leur part d'imaginaire, de fantasmatique, de psyché dont -depuis S. Freud, notamment- l'on sait que le rationnel et les<br /> volitions conscientes ne forment en nous qu'une île entourée de puissants courants qui plus ou moins affleurent, que certains pensent irrationnels, que d'autres -et j'en suis- pensent relever d'une<br /> logique autre (où il n'y a pas de tiers exclu, où les contraires s'entrelacent).<br /> <br /> Ainsi, Madame Desvignes, ce n'est pas seulement la littérature qui est malade de ce qu'est exclu l'imaginaire, par la minoration du roman, mais bien la vie humaine entière ; pensons à ces modèles<br /> qui pensent l'homme comme un être neuronal ou biochimique, et qui anéantissent la vie mentale dans ce qui est son support et sa face matérielle - tragique confusion des niveaux qui tend à faire des<br /> hommes des êtres mécaniques.<br /> <br /> Bien à vous !!!
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S
Dernièrement, j'ai invité une écrivain, Laure Teulade, pour un court roman, "L'Afrique", dans le cadre des rencontres que propose le Centre de Documentation et d'Information où je travaille.<br /> <br /> Symptomatique, alors que les élèves avaient lu avec plaisir l’œuvre et qu'ils avaient préparé la rencontre avec leur professeur, fut le jugement qu'ils portaient sur la vie du anti-héros,<br /> protagoniste principal du roman : celui-ci, qui toute sa vie aura rêvé d'Afrique, n'y aura jamais mis les pieds, et donc il a raté sa vie... C'est avec un doute extrême qu'ils et elles ont<br /> accueilli ma remarque sur le fait qu'une vie, soutenue tout au long de son cours, par un puissant fantasme, ne peut être qualifiée de "ratage".<br /> <br /> Ainsi l'on constate, au sein même de la fiction, combien tout ce qui n'est pas actes effectifs et parachevés est déprécié : oui, l'imaginaire est tenu pour une réalité moindre que le monde dit<br /> "objectif". Et des élèves d'une classe littéraire, pourtant habitués à la distinction fiction/"réel", appliquent les critères d'évaluation relatifs à la réussite de la vie dite "réelle" à un roman<br /> !!!<br /> <br /> Il y a là comme une perversion dans l'approche et la compréhension de la fiction : comme si un roman était un reflet, plus ou moins détourné, d'un réel. Si bien que la rencontre tourna, de manière<br /> prépondérante, beaucoup autour de ce qui provoqua l'écriture, mais non autour des procédés propres à cette écriture.<br /> <br /> Qu'un roman ne forme pas un monde distinct, à prendre comme tel, pour des élèves de première littéraire, et doive être rabattu sur le "réel" objectif va dans le sens de ce qu'indique Lucette<br /> Desvignes : les reportages, biographies, ... et autres folâtreries autour du "réel" objectif ont jeté le trouble et atrophié l'imaginaire dont la voie royale, en littérature, est le récit, long ou<br /> court (nouvelles, romans, contes).<br /> <br /> C'est grave !!!
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