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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 11:06

 

 

            Rudyard Kipling racontait autrefois l’histoire du « Petit-Poisson-plein-d’Astuce ». Malgré ma sympathie pour la gent poissonnière (je n’en mange pas plus que de viande ou de volaille), je n’ai pas fréquenté les créatures à écailles assez pour me faire une opinion sur leur IQ, mais j’en connais un rayon, comme on dit familièrement chez moi, dans le domaine des chats. J’ai déjà dû vous parler de l’intelligence de certains de mes minets, deux en particuliers, qui devant mes angoisses au sujet de chatons qui se livraient sous ma surveillance à leur première sortie au jardin, et comprenant mon inquiétude au simple son de ma voix, se portaient entre le portillon de sortie et les inconscients freluquets gambadant vers la liberté : ils me les ramenaient comme un bon chien de berger ramène les brebis ou les moutons vers le troupeau avant qu’ils ne s’égaillent et ne se perdent. J’avais assez souvent été le témoin de cette initiative intelligente pour savoir qu’elle était régulière et fonctionnait pour l’amour de moi sans jamais faillir. Or le problème se pose autrement depuis quelques semaines. J’essaie de fidéliser un jeune matou sans beauté mais dont les écorchures et la maigreur semblent indiquer qu’il n’a personne pour s’occuper de lui ; il vient matin et soir sur mon paillasson, se laisse caresser et se jette sur les écuelles que je lui apporte dès que j’ai repéré sa patiente attente. Est-ce par application de ses quotas personnels ? En tout cas le chat Benjy élevé au compte-gouttes et qui ne me quitte jamais – le plus acharné de mes chats de troupeau – a cru comprendre que le maximum d’hébergement possible est atteint chez moi et que tout surplus    entraînerait surpeuplement. Il laisse donc manger le SDF (il sait que cela ne diminuera en rien sa ration), laissant en cela agir sa bonne nature. Mais dès que j’apparais, mettant alors en lumière son souci de me plaire, il fonce sur l’autre, l’écarte de moi et des écuelles, le poursuit jusqu’aux limites du jardin et revient vers moi, fier comme Artaban, quêtant les compliments. Que lui dire ? Si je crie derrière lui pour le faire cesser sa poursuite, il prend mes éclats de voix pour de l’encouragement, « Sus ! Taïaut ! Tue Tue Tue ! », comme il est de mise chez les chasseurs à courre lorsque s’exprime ouvertement leur instinct de bestiale destruction. Comment lui faire comprendre une bonne fois que les chasseurs (à courre comme les autres) et moi n’appartenons pas au même monde ?

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