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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 11:27

 

 

            

             Etre sensible à un style, celui d’un écrivain, ou au charme du style d’une époque, c’est parfait, c’est ce qu’on devrait exiger de chaque lecteur avant de le déclarer digne de ce nom. Encore faut-il bien savoir utiliser les critères d’appréciation qui dépassent le convenu : il m’est parfois pénible de constater qu’il est admis de   dire qu’au XVIIIème siècle on écrivait bien, on avait du style (ce qui est vrai) sans être pour autant capable de hiérarchiser les auteurs, surtout les romanciers. Le maître de tous est certainement Choderlos de Laclos dont l’enchantement de lecture demeure longtemps après que la dernière page a été tournée. Ou Marivaux, certes, pour la légèreté, la vivacité, le bondissement allègre des répliques, le raffinement de la tournure qui vise à faire deviner sans expliquer trop carrément – jouissance de voir ces œufs de mouche se peser sur des balances en toile d’araignée…Et puis Rousseau et l’égocentrisme de ses considérations, Diderot et sa maîtrise du verbe, Voltaire et sa férocité si spirituelle, et ce cher Abbé Prévost et ses grands élans lyriques souvent échevelés… Ils sont pléthore, chacun avec ses caractéristiques facilement repérables. Mais j’ai entendu louer béatement le merveilleux style du divin marquis, et je me suis cabrée. Mais non, Madame, il n’écrivait pas très bien, mis à part cette teinte d’afféterie surannée qui marque le siècle dans son expression écrite et qui ne lui est pas imputable ! Lisez « Aline et Valcourt », lisez « Les Crimes de l’amour », et vous verrez combien le style est lourd, ampoulé, entortillé, sans la moindre litote, sans raffinement, n’évitant aucune banalité. Cela m’est aussi pénible de l’entendre louer par le lecteur Lambda (qui se fie à la tradition des on-dit au niveau des connaisseurs) que d’en écouter, comme dernièrement, d’emphatiques appréciations universitaires – ces dernières, même, me paraissant moins pardonnables. Mais en tant que spécialiste de ce style d’époque depuis quelque soixante ans je ne suis pas sûre d’être suivie…

 

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commentaires

S
Bien que le Marquis de Sade, pour avoir couché sur papier, d'une manière répétitive et sans grand raffinement de style, soit -sans doute - un précurseur de ceux qui admirèrent en lui un être qui ne<br /> tenait pas la bride à ses fantasmes cruels, que la plupart du temps, par convenance sociale, l'on refoule, et qu'il soit, par là-même, un des premiers à s'être mis au contact de la part obscure,<br /> cachée, déniée de notre psyché, il faut bien avouer - et là je rejoins Lucette Desvignes - que cet homme (pas plus que Guyotat à notre époque avec "Tombeau pour cinq cent mille soldats" qui a<br /> suscité les foudres de la censure) n'est guère lisible. En général, chacun s'en tient à son ouvrage "La Philosophie dans le boudoir", et basta !!!<br /> <br /> Je possède une édition du début du dix-neuvième siècle de pièces de Marivaux, dans la collection "Théâtre Français, Répertoire Complet" chez A. Belin ; et c'est pour moi, à chaque fois, un délice,<br /> sur ce papier de chiffon, d'une blancheur candide, que de lire les subtilités de l'amour, les circonvolutions, les demi-mots, les rougeurs de la timidité, les quiproquos liés au fait de vouloir<br /> savoir lequel est aimé (l'homme riche ou l'homme pour lui-même), les impatiences de certaine marquise face à l'incurable esprit de désolation d'un homme qui prend chaque propos, serait-il le plus<br /> aimable, pour un dédain, une rebuffade, ... tout cela m'enchante, me rend plus gai, me fait sourire ; cette langue-là n'est pas morte, du tout, à peine a-t-elle vieilli, et ses subtilités sont<br /> celles-mêmes de l'amour, dans ses contradictions inépuisables, cet amour qui nous joue ses tours retors, qui nous pique et nous console.<br /> <br /> Je sais la rigueur d'écriture de Diderot, et combien ses opuscules philosophiques, à la mode du dix-huitième siècle français, sont bien menés ; je sais combien Voltaire pince sans rire, par un<br /> style sans amphigouri, a su réaliser des chefs-d’œuvre, comme "Candide, ou L’Optimisme", que je relis chaque fois avec bien du plaisir, et des œuvres de combat comme "Le Traité sur la tolérance"<br /> (dont l'exposition de l'Affaire Callas est un modèle d'indignation dans la dignité des mots) ; mais, Marivaux, oui, par sa légèreté, qui n'est pas celle du néant, me séduit et m'éclaircit la bile<br /> !!! J'ai le sentiment, à le lire, d'être davantage humain, c'est-à-dire sensible.
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