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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:18

Lavertu n’apparaît guère dans cette somme où la bourgeoisie – y compris le narrateur – réussit à s’infiltrer au cœur de la société aristocratique dans ses pompes et dans ses œuvres : il n’y a pas que Mme Verdurin qui réussisse à grimper, et de quelle manière ! dans l’échelle sociale (au passage, je signale la différence des traitements du personnage : ici d’un grotesque appuyé, rires vulgaires, voix trop forte, propos vantards et toujours satisfaits ; là vulgaire avec subtilité – admirable Dominique Blanc – avec quelques éclats d’une nature difficile à éradiquer mais tout de même des retenues, des manières apprises, des pédales douces ; on finit par se demander quelle était vraiment la version proustienne de cette « tenancière de salon » où tout de même on jouait Vinteuil régulièrement…). Le vice, quant à lui, est présent à chaque détour de conversation ou de comportement : le premier et véritable ami du narrateur, Robert de Saint-Loup, recherche sa compagnie avec insistance pendant des années, ce n’est qu’à la longue que l’innocent apprenti-écrivain découvre ses penchants. D’autres mondains sont signalés comme par une étiquette pour leurs infidélités continuelles ou leurs amours montrées du doigt. Et la version Companeez insiste carrément sur les tendances cachées des jeunes filles dans leurs regroupements de vacances, à tel point que la question du narrateur, devenue lancinante, sera de savoir ce qu’Albertine a eu comme relations avec Andrée, ou d’autres : ce sont là des comportements qu’il suspecte ou imagine avec effroi. Lorsqu’on sait toutefois qu’Albertine la prisonnière représente la transformation romanesque d’une vérité tout autre, on ne peut s’empêcher de penser à l’Azyiadé  de Loti et aux conversions qu’il faut faire pour rester dans le vrai…L’une des dernières images de l’écrivain enfin reconnu est celle d’une halte morose dans une « pension » pour hommes où la violence et le mépris sont les piments indispensables de la jouissance masculine : il y circule sans s’y mêler, il est le juge – toutefois il fallait tout connaître pour pouvoir porter un jugement… Certes, tout cela se trouve dans le texte, mais en quelque sorte enfoui pour être décrypté : désormais tout est aéré, les précautions orales ont été supprimées. C’est peut-être, à mon sens, en cela que le passage à l’écran a perdu de sa classe…

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commentaires

E
Merci chère Lucette, de commenter si finement pour nous ces jours-ci la "Recherche..." écrite ou adaptée au cinéma. On en redemande.
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