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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 13:30

            Le vieillard grabataire de Clair de Nuit, fixé à son lit comme s’il était déjà entre ses quatre planches, avec comme seule perspective pour ses regards les motifs tarabiscotés du papier peint qui lui fait face (et aussi, s’il tourne un peu la tête vers la droite, les reflets mouvants du vert de la rivière soulignés par le vert des platanes montant jusqu’à son étage) a réussi à acquérir par les nécessités de son mal une sorte de défense mentale contre les ennuis de la guenille. S’il doit attendre un peu longtemps l’étudiant en médecine qui s’est chargé de l’entourer de ses soins pendant ses semaines de vacances, il lui faut trouver un moyen de réagir contre la transpiration qui soudain l’inonde, et il a mis sur pied un système d’évocations assez convaincantes pour le transporter en esprit dans un contexte où règne une fraîcheur contagieuse – une manière personnelle de rendre efficace la devise de certains scientistes, selon lesquels l’esprit domine la matière. « C’est ma seule parade, cloué comme je le suis sur un lit où l’alèze entretient sous moi une cuisson moite. En général cela réussit. La volonté de l’imagination m’arrache à ce qui me gêne…Le tout est de décoller, de perdre le contact, de se régénérer dans un ailleurs imaginaire où l’on puisse se trouver bien ». Toute une technique pour revivifier des souvenirs spécifiquement choisis. « En ce moment il faut penser à une promenade sous la pluie, ou juste après la pluie au petit matin. Pas forcément dans un chemin de campagne, au fond. J’ai le souvenir, intensément, de l’acidité d’une aube sur Paris – admirable : tous les Parisiens dormaient, on pouvait rêver qu’ils étaient tous morts, on se sentait dilaté et libre. Trottoirs mouillés, terrasses et esplanades lavées de frais, pigeons se baignant dans les flaques, le palais de Chaillot pour vous enserrer, la perspective sur la ville. Une aube d’avril, c’était… Une aube qui tendait déjà vers une aurore, avec du rose pâle, du mauve et du bleu fatigué qui faisaient penser à des paupières marquées par une insomnie d’amour. L’air entier m’avait appartenu, pour rien. Donné à moi qui n’étais rien, et pour que je n’en fisse rien. Le don gratuit. J’avais fini par frissonner, de toute cette fraîcheur humide et piquante qui s’insinuait par le col et les manches… Le frisson d’une sorte de renaissance ». J’ai envie de continuer lundi dans la même tonalité : vous voilà informés, ou peut-être prévenus. A vous de voir, mes belins-belines.                                               

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