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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 10:32

 

 

            Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, c’est bien connu. Mais le matin aussi, mes belins-belines ! Même s’ils appartiennent à un module différent (la pub, vous le voyez, finit par déteindre sur mon élocution) et pas toujours poétique : ainsi le ronronnement spasmodique du camion des éboueurs, s’étouffant devant chaque  maison pour laisser place au bruit d’engloutissement dans la benne, me sert volontiers de calendrier (même que le jeudi je sais toute la journée quel jour nous sommes, car le tintement cristallin du verre glissant hors des poubelles de même couleur – ha !ha ! – indique qu’on approche de la fin de semaine ). Au passage, ce « de même couleur » me remet en mémoire, tout au début du « Rendez-vous de Senlis », l’énumération de l’inventaire fait par une propriétaire au moment de louer son appartement : « avec des embrasses de même métal », énonce-t-elle avec autorité – mais personne ne peut savoir de quel métal il s’agit, il n’a jamais été mentionné auparavant …. Oui, les sons du matin sont différents, mais les parfums aussi :  par exemple, l’odeur de miel qui naît des haies de laurier-cerise avec ses milliers de candélabres couleur d’ivoire possède le matin des envies de domination, ou des curiosités, qui lui font investir toute la maison par les portes et les fenêtres ouvertes au grand large, on croirait que ce parfum de miel est aussi fluide et culotté que la lumière du soleil qui s’insinue partout – le soir il stagne lourdement et se plaque, plein de lassitude, aux alentours de la haie, songeant davantage à son repos nocturne qu’à son esprit de conquête de la matinée. Et l’odeur de l’herbe le matin, acide et tendre, et celle des feuilles en train de se déplier en des verts pâles à peine colorés… Et on n’est pas encore arrivés à la frénésie des marronniers, quand tout le quartier sera rose et que les senteurs s’empareront de  tout son territoire. C’est alors qu’il sera question de valse mélancolique et de langoureux vertige. Pour l’instant, ni mélancolie ni langueur : la jeunesse du renouveau est comme la littérature en coup de poing de l’Amérique, elle fonce, elle s’impose. Profitons de son énergie : il sera toujours temps d’en évoquer le souvenir lorsqu’elle ne sera plus.

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