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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 13:50

         Je me suis souvent demandé (oui : é parce que me est complément d’attribution et non complément d’objet direct, auquel cas il eût fallu l’accorder – vous voyez que ça démarre sur les chapeaux de roues ce matin) si c’était le public qui modelait les grands acteurs à sa volonté ou s’ils avaient le pouvoir d’exercer leur personnalité par eux-mêmes, en négligeant – mais le peuvent-ils ? – les attentes du public. J’ai en tête le souvenir de Galabru au théâtre, jouant Galabru avant même de jouer son texte, et le public adorait ça. J’ai vu Le Poulain, à classer hors classe bien entendu, faire à Fourvière du Le Poulain grand cru qui finissait par oublier le texte. Une fois qu’ils ont adopté un ton, une mimique, un tic, voire un personnage que leur public s’attend à retrouver sans la moindre surprise, ils auraient bien tort, au fond, de chercher midi à quatorze heures et de s’efforcer de toujours varier leurs effets. Cette dernière attitude, qu’ils réservent le cas échéant au domaine sérieux – et cette fois-ci avec leur entière dédication – n’a pas de raison d’avoir cours du moment qu’ils savent ce que les spectateurs attendent d’eux. Je viens de voir une pièce de boulevard au dialogue très drôle où Arditi se révélait le chouchou de la salle : à peine entré en trombe pour chercher ses chaussettes tombées sous le lit, et salué par les applaudissements il commençait à bredouiller, à répéter les choses sur tous les tons, à mentir effrontément. Personne ne ment plus effrontément que lui ; on est venu le voir mentir, faire le faux-cul, tourner toutes les accusations à son avantage en prenant des poses nobles : la condamnation morale du personnage par le public est à la mesure de son talent à gesticuler dans le mensonge…

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