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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 11:19

 

 

            Je m’interroge sur le minimalisme. Est-ce parce que j’ai besoin, naturellement et sans problème, d’effusion et de lyrisme pour m’exprimer littérairement ? Toujours est-il que j’ai une réaction instinctive de recul devant l’écriture qui fait du minimalisme une vertu cardinale et un droit à l’étiquette théorique. J’avais déjà eu l’occasion, il y a plusieurs années de cela (puisque c’était pour « Nouvelles Nouvelles », vaillante et utile revue de textes inédits où parfois des enquêtes sur l’écriture étaient intelligemment faites), de préciser que je préférais sans hésiter le trop au trop peu. Sans doute est-ce même un trait de caractère, une tendance dans la vie (qui pourrait dire qu’il n’y a aucun rapport entre cette disposition et le souvenir mal enfoui des privations douloureusement ressenties pendant mon adolescence ?). Mais quoi qu’il en soit, la distinction faite par les puristes entre le minimalisme de bon aloi et l’indigence de la pensée et de l’écriture est souvent si difficile à suivre, si subjective en dernière analyse, si malaisée à pratiquer efficacement que je renâcle volontiers devant ce choix d’expression (il faut dire aussi que je n’aime ni l’art brut ni l’art naïf, ceci corroborant sans doute cela). D’où mes réticences – certains diront peut-être mes injustices – devant une écriture réduite à ses plus simplistes éléments (et d’ailleurs qu’on ne s’étonne pas devant la facilité des traducteurs étrangers à rendre dans leur langue un vocabulaire indigent dont aucun terme ne pose le moindre problème d’interprétation parce qu’il est totalement privé d’arrière-plans : être traduit en quinze ou vingt langues ne m’a jamais frappée comme étant un titre de gloire, bien au contraire). Plutôt que « La marquise sortit à cinq heures », j’aimerais mieux découvrir, comme incipit d’une lecture heureuse, « Selon son habitude, la marquise sortit à cinq heures, en retard d’une bonne demi-heure sur son programme quotidien ». Mais donnez-moi à lire du minimalisme à la Redonnet ou à la Beckett, vous me comblerez.

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