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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 09:44

     Il y a belle lurette que le pain quotidien est insuffisant à nourrir son homme - je parle des civilisés occidentaux, naturellement, laissant à tant d'autres populations le soin de remplacer ce viatique par du manioc, du maïs, du riz ou autres céréales andines, lorsqu'elles se trouvent à en avoir : si elles se trouvent à n'en pas avoir, ce qui est courant, elles font faire grève à leur estomac, et ça risque de durer aussi longtemps qu'une grève des chemins de fer chez nous. Mais qu'est-ce que ça peut bien nous faire, dites-moi, ce que les populations hors espace Schengen aient ou n'aient pas à se mettre sous la dent? On a un ministre des Affaires étrangères pour s'en occuper, oui ou non? Mon propos de ce matin concernait tout simplement le fait que "notre pain quotidien"  doit s'accompagner de beaucoup d'autres choses si on veut vraiment se sentir en humeur de rendre grâces (le benedicite, vous savez bien, qui se pratique encore si docilement au Canada ou au Luxembourg, pour ne vous citer que ce que je connais : et quand ma mère, apprenant que l'on disait , avec moi, le benedicite à chaque repas, s'effarait en pensant à mon propre effarement, elle avait du mal à admettre que je me trouvais toujours reconnaissante d'avoir devant moi une assiette pleine - reconnaissante, mais oui, et à chaque repas : pas besoin de préciser reconnaissante envers qui, la disposition suffisait). Donc chez nous le pain quotidien doit s'accompagner d'autre chose. On a dépassé le stade du bara goin breton, pain et vin : les mères de famille doivent trouver des idées de choses plus consistantes. C'est pourquoi vous les entendez dans les boutiques de quartier où elles ont leurs habitudes - charcutier, boucher, épicier - se poser la question traditionnelle : "Mais qu'est-ce que je vais donc bien leur faire aujourd'hui?" , ce qui parfois déclenche quelque suggestion intéressante ("Et pourquoi vous leur feriez pas de l'osso bucco? ça change, vous savez") mais surtout fait naître des soupirs compréhensifs ("C'est vrai, ça, on retombe toujours sur le bifteck frites", j'ai guère d'idée moi non plus"). J'avais entendu ma mère entonner  ce refrain tous les jours à midi pendant toute mon enface - mon adolescence se passant entièrement sous l'Occupation l'avait soulagée de cet embarras : on mangeait ce qu'on pouvait, on a même fait une soupe avec un cou de poulet que nous avait rapporté notre petite chatte de l'époque  (dans son abnégation : car comme on dit dans Marivaux, la pauvrette n'en a tâté  que d'une dent). Quant à moi, c'est ma substance propre que je dois vous fournir en pâture jour après jour : êtes-vous bien conscients de tout ce que cela représente? J'espère que oui, sinon...

                                                                                                                                             Lucette DESVIGNES.

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