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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 11:36

            On dirait vraiment que je m’entraîne à me débrouiller sans rien voir. Les yeux fermés je retrace les itinéraires dont je commence à avoir l’habitude. Quatre marches, un plan incliné, une porte qui s’ouvre devant moi, un accueil où je me signale seulement par courtoisie car on m’attend dans un autre bâtiment (la courtoisie fait souvent défaut ici, où la réceptionniste rit et batifole au téléphone sans tenir compte des arrivants) un long couloir, une porte qui s’ouvre, une rampe de descente, une cour à traverser, un bâtiment marqué B, une rampe de montée, une porte qui s’ouvre, une pancarte rassurante (si l’on veut : « explorations ponctuelles », ça peut aussi faire frissonner),  un accueil courtois, Asseyez-vous, Non je n’ai pas besoin de votre carte vitale merci, Prenez place dans la salle d’attente, La salle de repos à côté c’est pour après. Tout cela devenu familier sinon pleinement rassurant. Ensuite, à l’appel des noms, on se lève, comme les poilus morts se dégageant des limons de la Champagne le jour du jugement, on complète la brochette qui attend au bout du couloir, on reçoit le harnachement vestimentaire – charlotte ^pour les cheveux, ample peplum pour le corps, chaussons pour cacher les souliers - , puis on est dirigé vers la salle d’opérations, deux infirmières vous ont chacune mis deux gouttes dans l’œil coup sur coup (cultivent-elles entre elles une saine émulation ou les produits sont-ils différents ? on ne vous dit rien sur ce point important), on vous fait allonger, re-gouttes puis badigeon d’antibiotique puis re-gouttes puis votre visage est couvert d’un masque en papier bleu avec un trou en face de l’œil, on vérifie qu’on s’occupe bien du bon et pas de l’autre, un écarteur de paupières est mis en place, Attention ça va faire mal juste une seconde, vous hurlez juste une seconde,  C’est fini, on vous inonde l’œil de nombreuses gouttes, on vous débarbouille de l’anesthésique et de l’antibiotique, on vous relâche dans la nature, Attention, ne vous relevez pas trop vite, ça va ? parfait … On vous déshabille de vos vêtements de carnaval, vous regagnez l’accueil presque à tâtons, Vous voulez rester dans la salle de repos un moment ? Non, commandez-moi mon taxi, qu’il me prenne tout de suite. Vous voyez, mes belins-belines, comme c’est facile. On pourrait faire ça toutes les semaines.

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