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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 16:52

            Les Britanniques (car il y a parmi la catégorie dont je veux vous parler certainement aussi des Ecossais, et je ne veux pas me mêler d’attributions ou de répartitions territoriales aussi délicates à établir qu’urticantes s’il y a l’ombre d’une erreur) les Britanniques ont une réputation solidement reconnue pour la qualité de leurs documentaires sur les animaux. La BBC Entertainment ne déroge pas à la règle de variété des programmes en produisant régulièrement des courts métrages sur les guépards, les lions, les jaguars (qu’on passe volontiers en boucle), ou les ours et autres grizzlis, ou encore les grands singes. Depuis quelque temps j’ai vu tant de bonobos par tribus, d’orangs-outangs ou de gorilles par familles, de chimpanzés par ménages, que je resterais volontiers obsédée par ces regards bruns si chaleureux, si expressifs, si profondément tristes. Pour autant, il n’y a guère moyen de couper court aux insertions bouche-trous qui s’imposent à vous avec l’impertinence du téléphone au milieu de votre repas, lorsque ces bouche-trous ne durent que quelques minutes : vous êtes bien obligés d’y passer si vous ne voulez pas manquer le début de l’émission qui suit. Et de me trouver ainsi coincée sur place, je ne peux que dégager malgré moi la philosophie de ces mini-courts métrages qui traitent tous des migrations innombrables de mammifères, de poissons ou d’insectes. On reste pantois devant non seulement ces proliférations – milliards de coccinelles, de moustiques, de papillons, de chauves-souris, de sardines, de manchots, de lions de mer, de fous-de-bassan – mais surtout les distances dûment parcourues par le moindre individu agglutiné à son groupe ethnique. Traversée de l’Atlantique ou du Pacifique, remontée de cours d’eau selon des ordres secrets auxquels nul ne peut se soustraire, stages de quelques mois voire quelques années au même endroit, reprise du cheminement pour la réalisation du destin, càd la mort après l’accouplement et la ponte… Cette obéissance absurde à des oukases mystérieux qui accumulent les épreuves, préparant l’individu à une mort programmée dans la douleur, est pratiquée de manière frappante, avec variantes selon les espèces mais avec   la même rigidité aveugle de ces cohortes condamnées. Les cimetières de saumons, les cimetières d’anguilles retournant mourir où elles ont éclos, à l’autre bout de la terre,  les empilements d’insectes à des milliers de kilomètres de leur lieu de naissance… Quel grain à moudre si l’on veut bien s’en donner la peine !

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