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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 09:15

  

            On m’a reproché – oh ! gentiment : je suppose qu’à cause de mon grand âge on est impressionné, on prend des précautions pour ne pas avoir l’air de me donner des conseils, on y met les formes – bref, on m’a aimablement reproché de ne pas continuer au-delà du cinquième feuillet la série que j’avais entamée sur l’histoire du roman et la place de parent pauvre qu’on lui réserve trop souvent ,  à lui qui est le roi des rois. Cela veut donc dire que vous m’avez suivie dans mes réflexions, et même que vous en redemandez : inutile de vous décrire le plaisir que me cause pareille réaction à mes gazouillis quotidiens. Mais à vrai dire, mes belins-belines, j’ai fait une pause pour songer à ce que j’allais par la suite déverser sur vous comme récriminations. Certes, elles essaieront de se faire le moins violentes possibles, on n’est pas des sauvages tout de même et on  m’a d’ailleurs enseigné (ou tenté de m’enseigner, ce serait plus exact) tous les rudiments de la civilité puérile et honnête qui vous facilitent la vie en société : je sais donc en théorie me conduire avec mes semblables, je sais ce que je peux dire d’eux à défaut de le leur dire en face. Toutefois ce terme de semblables venu là comme un cheveu sur la soupe me pose soudain problème : sont-ils mes semblables, les auteurs que j’exècre au-delà de ce que je pourrais exprimer ? sont-ils mes semblables, alors que je découvre en eux tout ce qui me ferait honte si j’étais à leur place ? sont-ils mes semblables, avec leurs pratiques éhontées, leur cynisme, leur infernal culot, leur habileté pour le racolage, leurs dons pour tout ce qui fait les annexes de la littérature et laisse la littérature elle-même – le culte du livre jailli, de l’émotion esthétique transmise au lecteur, du récit qui va chercher profond ses échos – totalement en rade sur le rebord du chemin tout en ayant l’air de suivre la bonne route ? Baliser ce chemin de vessies leur donnant pour un public bien conditionné par la médiocrité habituelle de ses choix des allures de lanternes (japonaises souvent), c’est en cela qu’ils excellent. Ce ne sont donc pas mes semblables, mais je ne peux trop rêver de les mettre à nu sans craindre de susciter des commentaires qui m’écorcheront à mon tour. Voilà mon dilemme : cela ne veut pas dire que j’abandonne mon projet, oh que non point ! mais cela peut justifier une petite pause pour reprendre haleine….

 

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