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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 10:57
     Le premier mai, dans ma famille, a toujours été - à la mesure de nos moyens fort modestes - une sorte de jour de fête. Mon anniversaire ouvrait la journée, et, le saint-honoré du dessert une fois dégusté (je n'avais plus le droit l'apporter en triomphe à table au moment du dessert : je l'avais une fois malheureuse laissé glisser sur son rond de carton pour s'épandre à mes pieds, et l'incident avait été cruellement répertorié comme dû à mes initiatives intempestives  - qu'on aurait bien dû prévoir, avait dit mon père tournant vers ma mère un mécontentement qui comme par hasard prenait ma défense  - d'où mon déchargement de cette fonction annuelle, lequel s'il froissait mon amour-propre ne lésait aucunement mes papilles) - une fois le dessert dégusté, donc, nous allions au muguet,  dans les bois de Lalheue ou de La Ferté, et  après les efforts de la cueillette nous nous installions à la terrasse d'un petit café de campagne, toujours au même carrefour, pour y boire de la limonade avec des galettes au fromage que ma mère avait confectionnées le matin même et emportées dans une serviette de table. J'ai l'impression que chaque premier mai il faisait beau, et que nous profitions dans la pleine lumière des agapes du jour. En tout cas, carrefour de chemins vicinaux ou pas, nous n'étions gênés que par le passage de deux ou voitures, d'autant que lancées à plein régime elles ne devaient guère dépasser le trente à l'heure sur ces chemins empierrés  et qu'elles cornaient abondamment avant d'arriver au croisement. Le pied, quoi! Chacun a les vingt-quatre heures du Mans qu'il mérite...Dans mon jardin, le muguet est tout prêt pour ma cueillette dimanche, mais les galettes au fromage maternelles seront absentes.... Elles ont dû rejoindre le paradis des giroflées, le paradis de ces choses - parfums, couleurs , impressions d'enfance - auxquelles on n'accorde pas assez de prix sur le moment, et dont tout le reste de sa vie on évoque la douceur avec mélancolie...
                                                                                                                              Lucette DESVIGNES.  
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