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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 11:25

Très certainement vous connaissez le superbe film en deux volets d’Alain Resnais, « Smoking » et « No smoking » - une merveille d’intelligence, de finesse, de désinvolture dans la jonglerie avec les structures et les rapports de cause à effet. La simple donnée de départ (comme on se donne un thème de trois ou quatre mesures pour en construire une fugue) fait converser le jardinier à tout faire de Mme Teesdale soit avec la petite bonne soit avec sa patronne (de toute manière c’est la sublime Sabine Azéma qui incarne l’une et l’autre,   ce qui ne fait qu’embrouiller délicieusement le thème en face d’un Pierre Arditi peut-être au mieux de sa forme) : vont-ils fumer en douce ou refuser la cigarette offerte ? De telle ou telle décision vont découler des embrouillamini de circonstance qui emmèneront les primes données bien loin l’une de l’autre, chacune sur sa trajectoire, les caractères se façonnant à mesure, le déroulement tout simple du récit se coupant à la fin de chaque séquence par un « Et si ? » ou un « Ou bien » qui semble sérieusement étudier les possibilités de l’intrigue et dont   l’artificiel est vigoureusement souligné par des panneaux Modern Style empruntés au cinéma muet. A chaque carrefour on est confronté à deux possibilités dont le cinéaste choisira selon sa fantaisie. C’est un peu ce balancement stimulant pour la pensée que je retrouve, légèreté du ton en moins, dans les problèmes souvent douloureux posés par les personnages (et leurs graves problèmes de santé) de ma série « Holby City », où vous devez le savoir maintenant on opère à tour de bras. Deux ou trois équipes de trois chirurgiens plus l’anesthésiste qui fonctionnent en chaîne, cela en fait des opérés, vous l’imaginez ! Et pour chaque patient l’attente du spectateur s’aiguise d’incertitude : si l’un semble s’en tirer après une opération délicate, on nous en montre un (ou une) autre qui « y est resté(e) », ce qui n’empêchera pas le premier de soudain faire un malaise au terme duquel il n’y a plus rien à faire. De même deux enfants viennent de subir une opération : pourquoi celui qui allait le mieux succombe-t-il ? pourquoi l’autre survit-il – jusqu’au prochain hoquet ? La vis dramatica est intense, la décision  est totalement aux mains du réalisateur qui condamne ou sauve sans avoir à se justifier. Et qu’on nous laisse en suspens d’un épisode au suivant relève souvent d’un art consommé. J’aime ce flottement dans les destins : par-delà   l’émotion attachée au « cas humain », il est bon qu’on puisse se poser la question de Resnais, même s’il faut l’aménager, à partir de « Smoking » ou « No smoking », en « To be » or « Not to be »…

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