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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 10:08

 En soi, je n’ai rien, bien entendu, contre la théorie des soins palliatifs. Que pour suppléer la famille à bout de forces, ou en tenir lieu si elle n’existe plus,  des bénévoles se donnent pour mission d’aller tenir compagnie aux malades condamnés à plus ou moins brève échéance, jusques et y compris dans leurs moments les  plus difficiles, c’est là une disposition noble et altruiste qui mérite la considération. Leur tenir compagnie, c’est-à-dire leur tenir la main, leur parler autrement que comme un petit « coucou bonjour » distribué tous sourires dehors depuis la porte… Rien de plus louable que ce geste d’humanité. Qu’on regroupe aussi les malades en fin de vie pour leur permettre de la partager entre eux, atteints des mêmes maux et arrivant ensemble au bout du rouleau, sachant d’où ils viennent, par quoi ils sont passés et où ils vont, c’est peut-être une idée à creuser -  j’ai une amie anglaise qui, aidée par ce contexte de cocon  préparant à mourir, a trouvé apaisement à apprendre à jouer de la flûte à bec dans ses dernières semaines. Mais si la mission humaniste se colore de prosélytisme religieux, comme trop souvent, alors elle est plus à proscrire qu’à prescrire. Il faudrait même, dans ce cas, envisager de protéger de visites importunes parce que teintées d’endoctrinement les patients qui ont leurs idées bien arrêtées sur la question : c’est un non-sens que d’exalter la notion d’épreuve, que d’inciter à la résignation un malade qui ne voit dans la souffrance et les humiliations de la dégradation de son corps qu’une torture imposée  sans raison. Qu’on veuille raffermir les fois chancelantes et de ce fait qu’on aide un croyant à trouver un espoir dans la mort, certes. Mais qu’on ne justifie pas l’épreuve prolongée de l’individu, sa souffrance interminable, sa dépossession de soi, sa désintégration du moi, auprès d’un patient qui aspire à quitter la vie avant que la douleur ne fasse de lui une épave pantelante : c’est là que devrait intervenir la vraie charité, celle qui comprendrait que la mort de chacun devrait lui appartenir comme ultime liberté, celle qui accepterait que chaque malade condamné ait la faculté – le droit – d’en finir avec sa vie alors qu’il  reste encore en possession de  toute sa dignité.

                      

 

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