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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 09:35

 

 

            En restant toujours sur le sujet en cours, bien en harmonie avec les brouillards qui ne nous quittent guère aujourd’hui, je pense à ce film sans grande portée esthétique (et Charlton Heston – Ben Hur à mon avis n’ajoutait pas grand-chose) qui s’intitulait « Soleil vert » et qui, très «  agrippant » à cause de son thème ravageant, posait sans les résoudre des problèmes majeurs pour l’individu. Je passe sur le fait que si on attire les vieilles personnes par la raison, si on les séduit par la promesse d’avoir enfin une vision de beauté avant de mourir, si on leur invite à venir d’elles-mêmes à l’usine où se termine la vie (puisque la planète regorge d’habitants, qu’ils réchauffent d’eux-mêmes la température de l’air par leur respiration, qu’ils n’ont plus d’espace vital individuel, plus rien à manger, sauf la distribution une fois par jour de soleil jaune, aliment concentré qui maintient tout juste la vie), c’est pour les transformer en soleil vert, la nourriture festive dont personne ne connaît l’origine – sauf les chefs, d’ailleurs protégés, eux, par leurs passe-droit et leurs combines,  de la nécessité du recours à un procédé abominable . Oui, je passe sur ce fait –  ce « détail », diraient certains – pour signaler l’idée de la mort acceptée, réclamée, souhaitée, en échange d’une récompense : celui qui s’est présenté à l’usine aura droit, quelques minutes, avant d’être endormi pour toujours, à voir sur un écran des vues de sources, de montagnes, de ruisseaux, d’arbres, de fleurs – toutes choses qui n’existent plus dans le monde dont il veut se dégager. On est, naturellement, outré de la transaction elle-même, du prix dont cette vie est payée. Mais l’idée fascinante est celle de ce consentement paisible, réalisé dans le calme et la vision de la beauté. C’est presque la touche étoile de Benoîte Groult sur laquelle on devrait pouvoir appuyer à volonté, quand on a envie de quitter ce monde – la porte ouverte au moment où il le faut à qui la réclame…Nous en sommes encore bien loin, mais sans doute nous avançons-nous à petits pas dans le bonne direction.

 

 

 

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commentaires

S
<br /> Je ne voudrais pas devenir un "habitué", mais qu'en est-il de nos solitudes au milieu des "autoroutes" de la communication, des bruissements ou des hurlements des voisins, et des sacs d'ordures<br /> glissant dans le boyau idoine de l'immeuble, en cataractes, en rebondissements, en percussions qui dévalent, jusqu'à l'éclat de verre parmi le lit spongieux fait des restes des repas du dimanche<br /> ?<br /> <br /> Une expression m'a frappé. Lucette Desvignes nous a écrit, il y a trois jours, très sobre et sans effet, une formule, qui tient de l'euphémisme et de ces expressions médicales qui adoucissent la<br /> brutalité du fait : "Mon voisin est en fin de vie". Dans le film "Soleil vert", chacun est dépossédé de lui-même par un régime policier, totalitaire, où tout être humain est de trop ; c'est<br /> l'anti-utopie par excellence, qui nous présente une possibilité d'évolution de notre monde, vers une barbarie plénière et omnipotente, si les hommes et les femmes ne se dressent là contre.<br /> <br /> Malgré elle, Lucette Desvignes a usé d'une expression lénifiante, de celle qui adoucisse l'horrible, l'inexorable : l'attente d'une fin. Nous le faisons tous ; ce n'est pas Lucette Desvignes qui<br /> est en cause, ni sa générosité ; c'est un tour de pensée, qui nous vient malgré nous. Aurait-elle écrit : "Mon voisin est à la fin de sa vie", que nous aurions eu - elle et nous - davantage de<br /> peine, un chagrin plus mordant, une lourdeur moins digeste, des pensées plus pesantes.<br /> Mais peut-être Lucette Desvignes - qui manie sa langue comme d'autres manient leur aiguille à coudre, avec précision - a-t-elle voulu nous épargner la brutalité du fait, la tenir en respect, sans<br /> pour autant jeter un voile d'amnésie - que tous ses écrits récusent ?<br /> "Mon voisin est en fin de vie"... "Mon voisin est à la fin de sa vie"...<br /> L'euphémisme médical (et la fin des désespérés et des vieillards qui verront une fois, dans leur vie, les forêts d'autrefois, dans "Soleil vert", grâce à une illusion sollicitant tous leurs sens)<br /> ou la mort personnelle, dont personne ne voudrait porter le poids pour l'autre ("nul qui voulsist être mon pleidge", "aucun ne voudrait être mon garant" écrivait François Villon, méditant sur la<br /> mort à venir), cette inconnue et celle qui nous attend ?<br /> <br /> <br />
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