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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 08:51

            Avec ma porte palière ouverte au grand large dès que je suis debout, les chats se sentent invités à venir d’autant plus cordialement que la maison ne recèle pas de piège : le salon a ses huis particuliers, rarement fermés, la cuisine jouxte le palier de l’escalier menant au sous-sol où la chatière est toujours libre d’accès, bref c’est plutôt au niveau du jardin que les bagarres peuvent se déclencher entre résidents permanents et hôtes de passage cherchant à se faire naturaliser sur place. On comprend que la concurrence puisse exister : les SDF ayant une fois goûté le régime de la maison n’ont plus qu’une envie, c’est d’être admis comme pensionnaires. Les gamelles sont d’abord installées dans les zones extérieures qui ne sont pas encore la résidence mais qui toutefois la tutoient : le palier d’entrée et le palier remontant du sous-sol – en quelque sorte un no man’s land où on ne pourrait les contraindre mais qui est de toute évidence autre chose que les abords du bâtiment. C’est là que les chats s’habituent à être nourris, c’est une habitude vite prise – deux jours, trois jours : ils s’en tiennent là lorsque j’approche, un peu méfiants mais décidés à ne pas fuir. Pour moi c’est bon signe, comme est bon signe (mais depuis quatre ou cinq ans ! le croiriez-vous ?) le clignement d’yeux exécuté à ma demande par un pauvre vieux hirsute qui n’a jamais connu la caresse ni la brosse pour son poil hérissé. Voilà qu’au bout de tout ce temps il s’enhardit jusqu’à apparaître sur le seuil de mon bureau où il s’installe sur son séant et me fixe : dès que nos regards se croisent il considère qu’il a exposé ses réclamations et se détourne pour rejoindre le paillasson du seuil où il a établi sa salle à manger. Il a dès lors droit au menu complet,  il a même en supplément un yoghourt nature que je lui étale sur une soucoupe et qu’il lèche jusqu’au dernier atome. Il a définitivement compris qu’il fait partie du cheptel, sinon de la vieille garde qui dort sur mon lit et me lèche le matin pour me réveiller, et d’une saison à l’autre je crois qu’il acquiert une once de culot (l’hiver dernier je l’ai vu plusieurs matins quitter noblement le salon où il avait passé la nuit). Le plus difficile avec les nouveaux venus, c’est de les empêcher de montrer les dents aux anciens une fois qu’ils se sentent adoptés : il y a là tout un travail de surveillance et de sens de la justice à rendre qu’il s’agit de pratiquer au mieux, de manière que les anciens ne se sentent pas tout à coup repoussés sans que je me sois aperçue de la situation et que j’aie fait la moindre tentative pour y remédier. Ne pas faire de peine aux anciens, c’est la règle sacrée dans cette maison : il n’y a rien de si poignant que le regard d’un chat qui se croit délaissé, il faut tout faire pour qu’aucun d’eux n’ait jamais cette impression…

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commentaires

S
C'est un beau récit que le récit de vos discrètes et émouvantes amours avec les chats, hôtes installés, chats de passage ou postulants à un toit doux par la chaleur dispensé.<br /> <br /> Une des mes sœurs, qui a toujours aimé les chats, mais les fait maintenant cohabiter dans une saine harmonie avec deux chiens point racistes (d'ailleurs je crois que les bêtes, malheureusement,<br /> adoptent souvent, par mimétisme, les préventions coupables de leurs maîtres - d'ailleurs ce dernier mot exprime la sujétion à laquelle souvent sont réduits les animaux..), donc avec deux chiens a<br /> dernièrement recueilli un jeune chat, au regard naïf et langoureux (que des saligauds avaient balancé sur la route, lui brisant une patte, heureusement en voie de guérison). Ce petit chat,<br /> furieusement joueur, a fait - aussi - connaissance avec les poules et le coq de la maison; particulièrement, il s'amuse avec une poule dénommée "Lady Gaga", à cause de sa crête singulière à la<br /> punk, poule qui vient lui picorer le bout de la queue, tandis qu'il s'amuse à la poursuivre sans intention homicide.<br /> <br /> Votre récit m'a fait me rappeler ces doux et frais souvenirs. Merci de m'avoir redonné du cœur !
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