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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 11:00

 

 

            La survivance du plus apte, c’est une autre loi aux résonances tragiques à force de déshumanisation, mais elle au moins relève d’une logique parfaite, fût-elle forcenée. L’instinct de survie fonctionne ici de manière positive, il pousse à tout écraser sur son passage, à supprimer tout obstacle même et surtout vivant, en fonction de sa force : s’il disparaît dans l’affrontement, c’est tout simplement qu’il aura trouvé plus fort que lui, on reste dans la parfaite logique du principe. L’illustration sociologique  de la formule est frappante, repérable à tous les niveaux de nos activités : la carrière d’un individu à l’intérieur d’une firme, voire d’une administration, se construit sur les débris des carrières brisées, sur des coups de Jarnac à bon escient,  sur des manœuvres secrètes souvent insidieuses admettant n’importe quelle arme,  puisque à l’échelle humaine l’aptitude à survivre peut inclure le mensonge, la calomnie, la délation – pire encore s’il se trouve. L’aspect moral du fonctionnement, qu’on peut aussi appeler sentimental, est à rayer au profit du pragmatisme pur et dur : suivez par exemple la chaîne des survies depuis la souris jusqu’au renard, ou depuis le bébé saumon jusqu’au grizzly – aucun attendrissement naïf n’est possible puisque toute  proie a été d’abord prédateur et qu’il n’est même pas question de rétribution ni de juste punition. Savoir sur les ruines condamnables de quelles situations humaines les PDG multiples qui occupent le haut du pavé ont pu construire leur ascension ? Ils ont été les plus forts, donc les plus aptes : une simple opération mécanique a assis leur prééminence, personne ne juge en fonction d’autres éléments. Cela peut vous crever le cœur si vous êtes sentimental et plaignez les vaincus, mais vous êtes bien obligé de reconnaître la perfection de la logique. Et puis, chaque individu a sans cesse tâché de s’affirmer, fût-ce en écrasant les autres, ce qui constituait une occasion de plaisir parfois profond…. Au contraire, où donc voyez-vous de la logique – pour ne rien dire du plaisir, résolument inexistant - dans les effroyables migrations animales qui martyrisent des myriades d’individus oublieux de leur vérité personnelle et les enferment dans le carcan de destins dessinés d’avance et fonctionnant en boucle sur des schémas destructeurs ?...

 

 

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