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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 11:35

 

 

            Nous avons déjà suffisamment parlé de la force dramatique des textes pour que je n’y revienne pas aujourd’hui – même si, j’en suis bien sûre, vous avez oublié plus de la moitié de ce que je vous en avais dit. Paradoxalement, l’art de laisser en suspens en procède, et même directement. Pensez au soupir d’aise et d’excitation des méninges qui accompagne la fin d’un chapitre de Jules Verne par exemple – lequel vous laisse en rade quelque temps, pas trop longtemps d’ailleurs, avant de vous donner l’explication de cet accident soudain, de cette interruption du ronron du récit. Le calibrage du feuilleton, qu’il soit écrit et distribué par le journal quotidien ou  qu’il soit formaté sur le petit écran de manière à vous laisser pantelant sur un événement de fin d’épisode destiné à titiller votre attente, repose quasi immuablement sur cette base. Dans les mystères Linley, quand le sergent Havers est fauchée (c’est une sergente, dirait-on de ce côté-ci de la Manche) par une balle destinée à quelqu’un d’autre, on arrête l’image sur son visage aux yeux fermés tandis que son chef hiérarchique, qui la traite toujours avec rudesse, murmure enfin son prénom, Barbara, d’un air douloureux : cela ne vous donne-t-il pas du matériau à mâcher et remâcher en attendant l’épisode suivant ?  Car elle renaîtra, c’est sûr, le sergent Havers, comme 99% de ceux qu’ont voit trépasser in extremis d’épisode. J’en ferais volontiers collection, fût-ce seulement en faisant appel à une mémoire pas toujours fiable : les blessés par balle, les poignardés, les empoisonnés (là ça met plus longtemps), nous les voyons avec effroi nous quitter en fin d’épisode – nous avons tout le choc de leur trépas, puis tout le soulagement de leur retour à la vie, un ou deux feuilletons plus loin – avant qu’ils ne se confirment comme éléments indispensables au déroulement complet du récit. J’ai vu ainsi la chef infirmière de Casualty tenir presque un épisode entier empalée sur une barre de fer dans un chantier de démolition désert avant d’être récupérée, de nuit et dans le brouillard (il y a de ces miracles, vous savez) et finalement le tricotage et retricotage de ses intérieurs ravagés lui redonnera toute la vigueur d’antan. J’espère que ce sera le même tabac pour le jeune docteur qui vient d’être poignardée dans les reins (vous voyez bien qu’il est inutile d’ajouter un e pour féminiser « docteure », tout le monde comprend, on n’est pas si bête), elle a bien l’air d’une morte sur le sol des toilettes, mais le Conseil de ses pairs l’attend trop impatiemment pour lui apprendre sa promotion ,  on ne peut pas la laisser décéder comme ça, je vous en parle au prochain numéro.

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