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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 09:46

     

            Au fur et à mesure que l’actualité la plus tragique s’impose à nous, dans la minute, avec tous les détails, dans ses images souvent insoutenables, notre vocabulaire s’enrichit, se banalise. Qui connaissait les tsunami il y a cinquante ans ? Maintenant le mot est sur toutes les lèvres, tout le monde a vu déferler ces vagues gigantesques à une vitesse inimaginable, balayant des centaines de voitures dans le même tas de détritus, ravageant les quais et les avenues, emportant les maisons comme s’il s’agissait de vieux cartons vides. Depuis les catastrophes d’Indonésie, qui avaient frappé chacun d’épouvante, les catastrophes naturelles de ces deux décennies – coulées de boue, tremblements de terre, effondrements, affaissements du sol en proportions gigantesques, inondations dépassant l’entendement, raz-de-marée rayant des pays de la carte – ont beau se multiplier dans leur horreur, seul le mot tsunami conserve quelque puissance : sans doute ses sonorités exotiques  lui confèrent-elles une sorte de pouvoir magique, au détriment des autres accidents qui, eux,  bénéficient (si l’on peut dire) d’une accoutumance remontant à loin. Des cataclysmes du même genre que le tsunami du Japon se sont manifestement produits dans les millénaires passés – l’explosion de Santorin en est l’exemple type. Mais la connaissance n’en était guère répandue, l’horreur ne se mêlait pas à notre quotidien comme elle le fait de nos jours si on y est sensible. L’actualité qui tient à nous mettre au courant de tout dès que la chose se produit est devenue planétaire, à l’instar des sommes vertigineuses dont on nous donne les chiffres ronds avec satisfaction, histoire de nous faire béer (les journalistes ont vraiment l’air de traiter de pareilles sommes dès leur petit déjeuner, d’où leur condescendance voire leur pitié pour les pauvres que nous sommes qui déclarons franchement ne pas savoir du tout ce que veulent dire ces chiffres monstrueux).  Les chiffres sont monstrueux en effet, des dégâts, des morts, des blessés, des ruines, des disparitions…A quoi servent des évaluations en milliards de dollars, puisque chacun sait que dans dix ans rien n’aura été reconstruit et que les plaies n’auront pas été pansées ?

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