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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 09:21

 

 

            Une petite vingtaine : voilà ce que nous étions dans la grande salle de l’Académie, nous regardant avec un peu de tristesse, espérant toujours que de nombreux retardataires allaient soudain envahir la pièce en s’excusant – les embouteillages, les travaux du tramway, un orage délirant qui empêchait de voir à travers le pare-brise – penauds de ne pas être à l’heure, soulagés de se découvrir attendus. Cela me rappelait le début d’un poème de Musset : « J’étais seul l’autre soir au Théâtre français. / On y jouait Molière… ». Toutes proportions gardées (mutatis mutandis, aurait dit Cicéron), on retrouvait là les frôlements de l’oubli, la cruauté de l’indifférence, la médiocrité de l’inculture. C’était d’un récital Lacarrière qu’il s’agissait, lu, dit, chuchoté d’une voix admirable par son épouse. Enchantement pour les happy few : chacun des présents eut souvent l’impression qu’elle disait pour lui les messages du poète, ce qui faisait de ce plaisir rare de l’esprit un bonheur rare du cœur. Il n’empêche : les sièges vides faisaient peine. Sur d’autres sujets, pour d’autres auteurs toujours en vie (Jacques Lacarrière nous a quités il y a quelques années déjà), la salle de l’Académie était pleine…Sic transit gloria mundi, m’a chuchoté mon ami poète, bouleversé lui aussi de voir que l’oubli s’était  déjà si facilement installé parmi les bataillons des indifférents…

 

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