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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 09:52

            Un monsieur, hier soir, invité à venir donner son opinion sur les résultats des élections citoyennes, et de toute évidence invité parce qu’on attendait de sa part une participation grinçante et si possible spirituelle, avait l’air de se sentir frustré de devoir partager le temps de parole avec d’autres que lui. On voyait sa hâte à guetter une faille dans le déroulement des participations, à sauter sur une seconde de silence où s’engager, à souhaiter un bafouillage de l’un ou de l’autre qui lui permettrait de reprendre le crachoir – on voyait aussi son désir de ne plus le lâcher une fois qu’il l’aurait à sa botte. Moi je ne conteste pas du tout, loin de là, à des messieurs tels que lui de venir faire de l’esprit à rebrousse-poil un soir d’élections ou de ce qui en tient lieu. Mais, comme en n’importe quel domaine, quand on sait pas on souffle pas. Et comme mon domaine à moi c’est assez souvent le théâtre pour que j’aie mon mot à dire sur la question, j’ai relevé (en même temps que deux « un espèce de »  chez un autre) une grosse bourde qui m’a mise en joie. Qu’on évoque « Embrassons-nous, Folleville ! » pour laisser entendre que sous les embrassades il peut couver des ressentiments pleins d’amertume, d’accord : même si on écarte le schéma où ce qui se joue, c’est « J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer », on peut s’amuser des accolages chaleureuses du dernier acte, des bisous entre messieurs et dames qui s’étripaient encore il y a deux jours, des étreintes (très furtives d’ailleurs) qui au moment où va descendre le rideau rapprochent des copains dont on sait qu’ils se haïssent et se jalousent depuis des lunes. Oui, ce spectacle du train du monde peut prêter à l’incrédulité, et qu’on pense devant lui à citer une pièce du répertoire ne me dérange nullement, vous l’imaginez. Ce qui me dérange en revanche, c’est quand on ne sait pas à qui l’attribuer, cette pièce du répertoire. Cher Monsieur, elle n’est pas signée Feydeau (si vous lui en avez donné la paternité c’est que vous n’y connaissez rien) ; elle est signée Labiche, et à mon avis il est impossible de confondre les genres de comique si l’on a la moindre teinture de connaissance, mais apparemment vous ne l’avez pas. Travaillez votre domaine littéraire pour les prochaines élections si vous souhaitez briller de tous vos feux : comme je l’ai dit plus haut, quand on sait pas on souffle pas.

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commentaires

S
<br /> Dois-je dire que l’œil exercé de Lucette Desvignes, l'observation de la praticienne appliquée aux spectacles de la politique comme elle se donne à voir à la télévision et comme elle s'y met -<br /> piteusement et grossièrement - en scène me fait ébaudir ?.... Oui, de l'ignorance ... De l'art de laisser accroire que l'on domine de haut tous les savoirs, alors que l'on en possède - au plus -<br /> une vague teinture : c'est là le péché mignon de ces commentateurs qui sont censés donner "à chaud" leurs réactions et leurs avis, et qui sont supposés "savoir", eux<br /> <br /> Mais Feydeau - ce comique tout de mécanismes faits de rencontres impromptues, d'entrées et de sorties -, le confondre avec Labiche - qui n'est pas assez lu, parce qu'à tort on le tient pour un<br /> vieux birbe ennuyeux, alors qu'il sait doter, en quelques mots, un personnage d'un caractère et d'une épaisseur d'existence ; alors que ses bons mots ne sont jamais un basse exploitation du désir<br /> de s'amuser ; alors qu'il y a de la finesse gaillarde dans ses pièces ; alors qu'il est un des auteurs dramatiques majeurs du dix-neuvième siècle français !!! C'EST UN COMBLE !!!<br /> <br /> <br />
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