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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 11:01

 

 

            Je n’ai pas la prétention de contacter par mon blog autant de fervents qu’Eric Chevillard, par exemple. Mais chaque fois que son blog à lui dénonce, dévore, fouette, cisaille des individus qui ont nom Beigbeder, Alexandre Jardin ou Foenkinos, je ne peux m’empêcher, dans mon exaltation à lire sa condamnation exemplaire de leur existence d’écrivains, d’y ajouter mon petit grain de sel. Ce n’est pas tellement de contamination qu’il s’agit, mais d’un véritable ivresse à constater que mon jugement sur ces calamiteux escrocs de l’écriture n’est pas isolé, qu’il se conforte et se justifie au contraire par l’autorité d’un maître en la matière. De pareils individus ont réussi on ne sait comment. L’un parce qu’il exploite un passé familial qui ferait mieux de rester dans l’ombre, un autre par le culot monstre qui l’a fait passer de la zone ardissonienne à une chronique de « Lire » (c’est « Lire », oui, rien d’autre, ça vole pas haut, c’est du niveau PEGC d’autrefois, mais il y est bien installé, il sera ministre de la culture en 2017 – il n’aura qu’à brandir d’avoir empoché un Renaudot haut la main en n’étant pas inscrit sur la liste du jury, c’est là son grand titre de gloire). Quant au troisième, qui se complaît à dire qu’il a reçu dix prix en même temps et qui est d’une insupportable fatuité (je l’ai vérifié de visu et d’auditu – l’horreur !), j’ai entendu l’autre jour une « journaliste critique » (comme si la notion était envisageable !) qui se vantait d’avoir avec ses confrères (complices ???) fait monter les ventes de son dernier bouquin au-delà du million  à force d’en parler avec enthousiasme : « Ah ! disait-elle d’un air pâmé, rien que ses notes de bas de page, c’est d’un drôle, d’un spirituel ! » Je crois savoir ce que c’est que le drôle et le spirituel après les avoir tripotés toute ma vie d’universitaire et d’écrivain, mais dans les footnotes de l’individu je n’ai trouvé que des choses bêtes à pleurer, prétentieuses, minables, inutiles…C’est bien, comme le dit Chevillard, « l’absence de toute espèce de talent  à l’exception précisément de celui-ci, séduire, conquérir, noyauter le système » - goûtez bien cette conclusion : « faire tourner cette industrie de bandits cyniquement vouée à détrousser les pauvres d’esprit ».  Que ça fait du bien de lire ça ! On se sent, du coup, tout gonflé d’allégresse.

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commentaires

S
Une allure est relâchéE !!!<br /> <br /> J'en termine là et me couvre la tête de cendres, à la manière biblique !<br /> Chacun me fera l'aumône de sa compréhension : envers quelqu'un dont la vitesse de frappe hache les mots, si bien que les accords passent à l'as !<br /> <br /> By Jove !!!
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S
A me relire, je vois que mes doigts dactylographes ont omis, donnant à mon texte une allure fâcheusement relâché, la première partie de la négation "ne" au deuxième paragraphe ci-dessus !!! Ciel !<br /> My Godness, my Lord !!! Comme c'est bancal et comme c'est faussement populaire.<br /> <br /> L'occasion pour moi d'ajouter que tout élan vers le heurt, s'il est sincère, ne s'accomplit qu'en ayant à l'esprit une pensée de gratitude pour l'auteur qui en est la cause immédiate ; et dans le<br /> cas de Giordano Bruno, une pensée de grande tendresse, et une sourde tristesse pour celui qui eut la grandeur de ne pas fléchir devant le tribunal de l'Inquisition -dont la victoire résidait en ce<br /> que l'accusé convenait honteusement des fautes contre le dogme qui devaient le mener sur le bûcher et dans le fait qu'il devenait son propre procureur-, de l'admiration pour la hardiesse d'un homme<br /> qui pensait avec des catégories empruntées à la scolastique et qui, du fait du seul pressentiment théologique qu'un monde unique était incompatible avec la toute-puissance infiniment créatrice de<br /> Dieu et indigne de cet Être incommensurable, nous a ouvert une échappée grandiose hors des étroitesses et au-delà des défenses où l'Eglise catholique tenait la pensée libre asservie. L'athée que je<br /> suis a une dette de reconnaissance envers Giordano Bruno ; sa mort digne (et quel ne fut pas l'embarras de l'Inquisition de brûler un homme qui ne convenait de rien !) m'oblige, et bien davantage<br /> le pétillant de son esprit, sa confiance dans l'intelligence et la certitude que le Tout est intelligible.
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S
Dans ma vie " de tous les jours" (car, hélas, je suis doué de cette continuité temporelle), bien souvent cela s'écoule sans moi, et dans cette absence, dommageable, j'attends que viennent à la<br /> rescousse des stimulants de l'esprit.<br /> <br /> Est-ce paresse ou renoncement, par commodité, à m'habituer à l'air du temps ou une sage prophylaxie (comme semble me l'indiquer cet article de Lucette Desvignes), mais je me tourne pas vers<br /> l'actuel, qui dévore notre temps et emplit de vent les têtes, je me tourne vers Bonaventure Des Périers pour sa langue savoureuse, je me tourne vers Mérimée pour son fantastique aimable et son art,<br /> je me tourne vers Maupassant qui me fait tellement sentir ce qu'est un printemps et le remords, quand il est passé, de n'avoir pu le retenir, je me tourne vers Annie Ernaux qui sait si bien rendre<br /> la vie des humbles, et vers Marcel Schwob, et François Villon, et Michel Tremblay (grand écrivain et dramaturge québécois) et vers le Pascal Quignard des "Petits Traités" (...) !!!<br /> <br /> Alors la clique qui attend, avec leurs têtes à claques, tandis qu'ils décervellent à loisir, que tombent les sous -Beigbeder ayant par le titre d'un ses livres clairement indiqué de quoi il<br /> retournait pour lui-, peut s'effacer dans son inconsistance médiatique, où bouillonne l'imbécillité des paroles flatteuses qui sertissent ces scripteurs (comme il y a des téléprompteurs) de<br /> réputations faussement acquises : ils ne m'atteignent pas. Je me retranche d’eux.<br /> <br /> Et je trouve bien du plaisir à lire actuellement le "Roman de Renart" dans la merveilleuse édition bilingue de Dufournet (collection GF n°419 pour le tome 2) en attendant de me relancer dans une<br /> lecture des « Poésies complètes » de Villon, qui bénéficient d'une édition par Claude Thiry que je ne connaissais pas au Livre de Poche, dans la collection "Lettres Gothiques" (Livre de poche<br /> n°4510, ISBN 978-2-253-05702-4, sept euros).<br /> <br /> Et je savoure, de Giordano Bruno, les rigueurs de l'intelligence créatrice et de l'imagination logique, qui hors du monde clos, fini, ordonné, stable, ayant la terre pour centre l'emmenait vers un<br /> univers ouvert, infini, désordonné, toujours en puissance et en acte conjointement ("en gésine"), ayant de multiples soleils et donc de multiples systèmes planétaires formant des ensembles de<br /> référence distincts pour le haut, le bas, le lourd, le léger, le centre, la circonférence, les lieux et le temps.<br /> <br /> Et je m'abandonne aux dialogues serrés, gracieux, d'une langue vigoureuse et précise, de "L'Infini, l'univers et les mondes" (éditions Berg International, ISBN 2-900369-45-8, quinze euros). Je<br /> m'abandonne et je sens qu'est sollicitée en moi, non une adhésion pâteuse, mais l'étincelle, la vivace et la belle fleur blanche de la pensée étoilée : et je soupçonne bien que c'est cela qui est<br /> la quête implicite de toute lecture, que les mots nourrissent, nous recomposent, altèrent nos dispositions par l’inertie acquises, que les mots ne nous prennent pas dans des connivences douteuses<br /> et qu'ils nous donnent de la substance, qu’ils nous heurtent et que nous nous adonnions à ces chocs avec élan.
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