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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 08:06

 

 

            Je n’aime pas tellement le bleu. J’en porte, à l’occasion, et sans déplaisir, mais ce n’est jamais la couleur que je choisis de préférence. Pourtant aujourd’hui je pense que j’ai eu – reçu comme un cadeau ? conquis comme une bataille ? dégusté comme un chocolat fin,  en tout cas  – une journée bleue, et je le dis avec un certain émerveillement, comme si je m’étonnais qu’on pût encore trouver des moments de jouissances aussi ineffables que simples au beau milieu de ce monde déglingué. Il est vrai que mon quartier si tranquille, si ignoré des tumultes et des passages bruyants, n’évoque guère le déglingage du monde, surtout par une fin d’après-midi comme elle s’annonce, soleil apaisé douceur de l’air assoupissement des fleurs. Tout de même, je pourrais m’en tenir à la télévision, et je n’aurais alors pas conscience de ce petit miracle qu’est pour moi la rencontre du souvenir et de l’instant présent. J’ai retrouvé une photo de moi, avec un fils de chaque côté, prise par une de mes Premières B (mes chouchoutes) dans la cour de mon lycée que j’allais quitter pour Lyon . Je retourne la photo et je lis « …qui s’en va ». Le souvenir remonte. La photo honnêtement prise se complétait de deux autres prises subrepticement pendant mon cours (il paraît qu’il avait fallu bien des tentatives avant d’y arriver), et sur les deux je me rappelle que j’avais au tableau noir  l’allure de la statue de la Liberté, avec un morceau de craie à la main et naturellement la bouche ouverte et l’air inspiré. Je ne les ai plus sous la main, ces photos, mais je me rappelle qu’à l’envers elles portaient le début du message hugolien : « Considérez que c’est une chose bien triste »… puis « … de la voir… ». On m’aimait… Et sur ce souvenir tendre se superposent les clignements d’yeux confiants du vieux Foxy, étendu derrière les iris, attendant mon passage ; il ne bouge pas quand je lui parle, mais il apprécie cette conversation à lui seul destinée, et dès que je suis rentrée à la maison il vient voir son écuelle de pâtée toute fraîche et boire son lait. Lui aussi il m’aime… Une journée bleue, je vous dis. Bleu ciel. Bleu paradis.

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