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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 09:02

         On a un peu tendance à faire remonter à Balzac la recréation des atmosphères   consternantes qui s’accrochent au simple fait  qu’un héritage accompagne un décès. Penser (après l’avoir espéré) ou découvrir soudain qu’on est devenu héritier a toute raison de transformer la mentalité.  Personne ne peut se prétendre non intéressé par une provende inespérée qui vous échoit sans le moindre effort de votre part, tout simplement parce que vous faisiez partie de la famille du défunt : c’est vraiment la rétribution la plus gratuite qui soit, paf ! vous n’avez rien fait et ça vous tombe dessus (dans les cas du polar noir vous avez peut-être fait quelque chose avant, pour hériter plus vite ou plus sûrement, mais la plupart du temps par ordre de primogéniture la transmission du patrimoine se fait sans problème). Sans problème ? N’allons pas trop vite ! Sans aller jusqu’à la contestation par devant les tribunaux, la déception, l’amertume, l’irritation devant une dévolution mal acceptée peuvent gâcher jusqu’au dernier jour la vie du spolié et, naturellement, celle  de l’élu. Mais   en admettant même un passage de possessions qui ne soulève pas de protestation, c’est-à-dire même dans les cas les plus manifestement simples et sans remous, le changement de propriétaire du moindre objet va entraîner discussions et aigres palabres, soit que l’attribution se fasse entre descendants différemment traités, soit qu’elle ait été suggérée par tradition orale ou par testament. Las ! je vous le dis, les mentalités changent, vous découvrez des choses, vous êtes stupéfait des intentions qu’on vous prête. Stupéfait peut-être surtout de voir clair, après une longue partie de colin-maillard...

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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 14:31

         Je viens de lire quelque part – et cela corrobore la teneur de maintes inquiétudes exprimées avec consternation par les savants ès régimes alimentaires – que les quantités de viande consommées sur cette planète vont bientôt dépasser le tonnage qu’elle peut ou pourra produire. D’où les expériences les plus diverses, menées soit solitairement par quelques gourous inspirés, soit collectivement dans des laboratoires réservés à l’étude de ce qui se mange ou peut se manger. On connaît déjà un certain nombre de résultats : puisque certaines tribus depuis des millénaires se régalent d’insectes, pourquoi ne pas mettre à notre menu les sauterelles grillées, les fourmis en conserve, les vers blancs, les termites, et toutes ces bestioles qu’on aime croquer en Amérique du Sud ? Les exemples à l’appui montrent des jeunes filles ou des adolescents si réjouis de ces gourmandises qu’ils rient comme  chez nous les mannequins des catalogues. Pas belle, la vie ? En Floride et au Texas, on adore le serpent à sonnette ou le rôti d’alligator : les Auchan du coin en regorgent, je peux en témoigner. Et puis on a trouvé le secret de la fabrication du bœuf à partir de cellules travaillées avec génie : il n’y en a pas encore une production suffisante, toutefois ça vient, et ça se mange… Mais, tonnerre de petit bois, pourquoi se tourmenter de la sorte ? Ce serait si simple de s’en tenir aux pommes de terre, aux carottes, aux petits pois, aux haricots mi-secs…

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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 11:02

         Vous pouvez préférer les roses aux tulipes : je vous accorde généreusement cette faculté, d’abord parce que je suis bien lunée, ensuite parce que moi-même je ne sais comment me décider entre leurs deux types de beauté. Elles ont d’ailleurs la bonne idée de ne pas se produire ensemble dans mon jardin, si bien que je peux me vouer aux unes puis aux autres sans risquer de les froisser dans leur susceptibilité. Cela dit, rien ne me paraît plus pur, plus élégant, que l’inflorescence de la tulipe, sans pétale pour gêner le profil, sans feuille pour gêner l’orgueilleux essor de la tige. Et la somptuosité des teintes est un enchantement permanent. Or je suis troublée par la tendance forcenée des catalogues de jardinage à exhiber des découvertes de laboratoire qui à force de travailler sur l’existant débouchent sur un surréalisme de mauvais aloi. On brandit des obtentions qui représentent de la crème glacée dans un cornet à la fraise, avec gamine la langue tendue pour bien montrer comme c’est réussi. Ou encore, au grand dam de l’exquise courbe de son flanc, on bloque le développement d’une tulipe jaune dans l’enserrement de sépales verts qui donnent à l’ensemble une allure de bouton d’or juste avant épanouissement. Je n’ai rien contre les boutons d’or dans les prés, loin de là, mais je déplore qu’on vise ce but pour innover dans le domaine des tulipes. Chirico, d’accord – mais surtout pas des efforts pour retrouver dans les fleurs les données d’un quotidien culinaire sans poésie.

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 10:15

         Par flemme hier soir (j’avais été mal fichue toute la journée) et sans même la force de zapper, je me suis mollement retrouvée sur un plateau où l’on discutait dru. Par l’effet du hasard j’avais déjà rencontre plusieurs des intervenants, je connaissais soit leur vérité humaine, soit leur bagou tournant dans le vide, soit leur médiocrité d’écrivain ou d’être humain, et cela m’amusa –oh, pas au-delà d’une demi-heure tout de même – de les entendre débattre avec effervescence. Car il ne s’agissait pas de petite broutille : on discutait ni plus ni moins que de savoir s’il fallait intervenir (massivement alors : on n’avait encore rien vu avec ces légères escarmouches de blindés ou de frappes aériennes qu’on connaissait au Moyen Orient depuis des années, c’était de la petite bière, si on se décidait ce serait du sérieux et il faudrait vraiment que cela le fût) intervenir, donc, contre Daesch et en s’y mettant tous à la fois. Suivant la chose dans un léger brouillard, je ne peux guère vous donner le résultat de ce débat indispensable pour faire avancer les affaires – d’autant que je me suis retirée bien avant la fin. Mais je crois avoir senti que chacun des neuf ou dix prophètes était content de soi. Chacun avait sorti sa tirade personnelle comme, autrefois, les comédiens ayant un grand morceau à réciter s’avançaient sur la scène en écartant les gêneurs et se campaient devant le public auquel ils s’adressaient exclusivement (oh que j’aurais voulu voir ça, mon dieu mon dieu…). Hier les arguments parfois s’entrechoquaient, le ton des voix montait, le modérateur changeait d’orateur pour éviter les clashes, bref tout se déroulait comme prévu et sans tonitruant renversement de la situation. Une chose restait certaine : c’est que la population allait encore longtemps continuer à souffrir les mille morts, dans les horreurs des combats mais tout aussi cruellement déchirée dans ses convictions et la présence quotidienne de la menace et du malheur.

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 09:07

         Il me tombe entre les mains une fable de La Fontaine que j’avais parfaitement oubliée. Elle n’est d’ailleurs pas de la meilleure eau, rédigée un peu mécaniquement et sans la poésie habituelle. C’est sur la morale du fabuliste que je voudrais m’arrêter un peu. La Colombe et la Fourmi – une histoire d’entraide, puisque la Colombe qui boit dans le ruisseau tend à la Fourmi qui va se noyer une herbe salvatrice. En échange, la Fourmi pique au talon le Croquant qui vise la Colombe, sursaute, manque son but. On aurait aimé voir l’échange des remerciements entre les deux bêtes, comme le fabuliste aurait pu l’évoquer délicieusement, mais non. Chacune s’en va de son côté après avoir accompli son geste d’entraide de manière trop détachée pour être touchante. Mais quel mépris du poète pour ce Croquant ! Il marche pieds nus, ce doit donc être un pauvre hère, et la Colombe aurait pu constituer pour lui enfin un déjeuner carné… Je ne suis certes ni pour les repas carnés, ni pour la mise à mort des colombes, mais enfin, puisque le principe de survie de cette planète consiste à manger l’autre, ce pauvre diable avait bien droit à un peu de gibier pris en douce sur des terres seigneuriales qui ne lui appartenaient pas, non ? Une morale à la Brassens, à mon avis, valait bien haut la main celle du poète des Eaux et Forêts, non ?

 

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 18:02

         En ces temps de communication forcenée où l’on se cherche des échos, des consoeurs, des âmes sœurs, des plus si affinités ; où l’on fait du shopping dans les airs, qu’on le paye dans les airs, qu’on le reçoit à domicile sans avoir eu le temps de se retourner ; que les nouvelles se transmettent, les vraies les fausses, avec vraies fausses photos et documents truqués pour faire parler les morts ou annoncer avec brutalité qu’on vient de vous trucider froidement faute de versement d’une rançon convenable, il serait ridicule de s’en tenir encore – même au niveau des frêles têtes blondes qui démarrent leur pianotage avant même de savoir écrire leur nom – à l’ardoise et à la craie ou tout aussi bien au papier et au crayon, même amélioré jusqu’au niveau stylo. J’ai donc plongé comme tout le monde, je suis en théorie à même de communiquer moi aussi, avec ceux qui m’écoutent et ceux qui ne m’écoutent pas, et je devrais être à même de répondre quand on m’attaque, comme quand j’étais à la petite école et que j’y allais du coup de poing (soigne ton gauche) voire du coup de dent si on passait au close combat après m’avoir narguée ou vilipendée. Eh bien figurez-vous que la transposition du règlement de compte par la fenêtre, comme dans le Midi, avec effets vocaux et gestes ensoleillés, est particulièrement difficile à réaliser en termes contemporains d’informatique. Non seulement il faut soigner son style (scripta manent), mais encore il faut… expédier le message. Là est le hic ; mon message est prêt, soigné, travaillé, satisfaisant au possible. Mais je n’ai pas encore trouvé (ou retrouvé : c’est bien ça qui me navre) le moyen de le faire parvenir à son destinataire…

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 09:47

         Il y a longtemps qu’on sait qu’il n’est guère possible de plaire à tout le monde et à son père. Quand on se lance à exposer sur le petit écran de son ordi un commentaire sur l’actualité au fur et à mesure qu’elle se fait – donc sans avoir encore le temps de la remâcher pour lui donner une forme policée, bien lisse, sans aspérités, de manière à ne choquer personne - on est préparé à froisser les uns ou les autres, qui prennent pour eux (parfois à tort, souvent à raison) les blâmes ou critiques toujours abondants dans ce type de contacts. Et encore : je ne parle que de la réaction à l’actualité, or lorsqu’il s’agit d’exposer ses pensées, ses goûts, ses aversions, ses enthousiasmes, c’est encore bien pire. Certes on peut aussi compter sur les fidèles qui, l’un dans l’autre et ayant avec les années accumulé un petit trésor d’indulgence et de sympathie sont prêts à passer par-dessus une remarque avec laquelle ils ne sont pas d’accord, alors qu’un lecteur qui vous découvre s’irrite de vos élucubrations qu’il ne peut ni resituer ni relativiser. Si nous voulons vivre heureux, vivons cachés, à l’ombre, sous notre petite pierre : « Apprêtez-vous à la lapîdation », me disait un collègue quand il avait appris que ma première pièce de théâtre allait être jouée dans un petit théâtre d’essai…sur un ton qui m’avait fait frémir et que je n’ai jamais oublié par la suite. Inutile de préciser que dès que s’en mêlent les prises de positions politiques ou du moins à connotation sociale, ou antimilitariste, ou anti-guerre avec virulence, il est de bonne guerre (oui : celle-là je l’aime) d’être attaqué et d’avoir à se défendre. On remonte ses manches, on sort les crocs, on brandit sa fourche…

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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 09:55

                                                  Pour la huitième fois consécutive, ce dernier week-ènd de septembre a fourni sa lumière et sa chaleur au salon du livre si joliment baptisé « Livres en Vignes » du Château de Vougeot. Les foules familières ou nouvelles errent avec   délices  dans ces belles pièces anciennes, détaillent ce cadre magnifique, se plongent dans un océan de bouquins. Certes il y en a trop pour qu’ils puissent partir sans se gêner – mais les habitués se retrouvent, les contacts s’effectuent entre auteurs et lecteurs, un tonus de bon aloi est de rigueur entre ces murs si vénérables. C’est l’occasion parfaite pour les auteurs de recharger leurs batteries si elles ont un peu tendance à perdre de la vigueur – les temps sont durs aussi pour les écrivains, savez-vous ! Surtout, en regardant vite (et sans vérifier si chaque visiteur est prêt à desserre les cordons de sa bourse) on peut avoir l’impression que tout le monde vit par la lecture, que tout le monde aime les livres, que tout le monde est heureux et fier de discuter avec des écrivains ou de s’en faire reconnaître s’il est un fidèle… On peut toujours rêver, et savourer la brève mise entre parenthèses d’une actualité toujours terrible, réfugiés transformés en marée humaine, migrants continuant leur périple mortel en méditerranée, populations déplacées dont les racines ne vont pas repousser par la simple volonté des accueillants  pleins de zèle – s’il en est vraiment en dehors des Allemands qui posent pour la galerie…Oui, une brève pause-oubli fait beaucoup de bien au passage.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 08:20

            Je me suis forcée hier soir à voir Giant malgré sa longueur et son thème,

le genre Dallas m’ayant depuis toujours fait sortir de mes gonds sans que j’en aie vu le moindre épisode : la manière dont on en parlait dans les magazines de télévision jointe à l’engouement des foules suffisait à m’en détourner. Ni Rock Hudson ni Liz Taylor ne m’attiraient non plus, mais j’ai lu dans l’année un magnifique roman de Rick Bass, Cette Terre qui nous possède , sur les premiers forages de pétrole aux temps héroïques où le dépouillement des masses possédant le sol s’effectuait avec brio et réussite pleine et entière, alors que l’eau de la région devenait impropre à la consommation et que le paupérisme le plus inavouable – accompagné, bien sûr, du racisme le plus totalitaire – pointe le nez et s’installe. Et puis surtout, partant de zéro côté James Dean, je voulais savoir si vraiment le développement de son mythe était justifié. Catastrophe ! Pendant toute la première partie du film, en pauvre type sans manières, il se cache sous son Stetson en faisant des grimaces (tout juste s’il ne louche pas un peu). Ensuite, il est couvert de boue, de gravats, puis d’or noir – rien de ragoûtant. Enfin, quand il pourrait se montrer sous son meilleur jour (au point de tenter de séduire la fille de son ennemi mortel), il est ivre toute la sainte journée et la démence de ses dépenses lui donne un air ahuri. Est-ce là la beauté masculine qui a fait rêver des millions de filles ? Pour soutenir cette déconfiture de l’humain, un scénario de roman-photo, avec des types dont personne n’est capable de sortir, sur fond de racisme anti-mexicain frisant le ridicule par sa mise en œuvre… Il est bon de revoir les classiques des engouements avant de les jeter à la corbeille.

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 08:50

         Savez-vous combien il vous en coûterait s’il vous prenait envie d’aller en pèlerinage à La Mecque ? 5.000 €, ma bonne dame, et comme il se doit vous ne seriez pas sûr d’en revenir. Car vous devez être préparé à n’en pas revenir du tout : il y a toujours des incidents de parcours (erreur de direction ou de manœuvre dans le rituel) qui dégénèrent en catastrophe sur les lieux mêmes. Surtout que, si vous êtes tombé, vous n’avez pas le droit de vous relever ni par vous-même ni si on vous aide (ce qui est d’ailleurs improbable parce que non permis) : une fois gisant vous devez attendre que les pèlerins continuent leur course effrénée et vous passent dessus – oui, une fois tombé vous savez quel sera votre destin. C’est pour cela que, si vous avez décidé de faire le pèlerinage, il ne faut pas attendre d’être trop vieux : il faut au contraire être en pleine vigueur pour pouvoir s’en tirer au cas d’accident dramatique. Mais comme vous n’avez en général pas 5.000 € à votre disposition tant que vous n’êtes pas vieux… Problème !

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