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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 16:33

            Très certainement, mes belins-belines, vous allez dire que j’ai la dent dure. C’est vrai, je ne le nie pas… Quand j’ai jugé quelque chose ou quelqu’un digne de ma critique (et c’est à tort ou à raison : moi aussi je reste ouverte à la démolition de mes arguments), il est rare que je ne récidive pas si l’occasion se représente. Vous m’avez déjà entendue (car c’est ma voix que vous entendez, j’en suis persuadée) dénoncer la prétention du style des catalogues vantant leur marchandise, surtout lorsqu’il s’agit d’une marchandise dont ils nous font cadeau. Une montre proposée en « cadeau gratuit », selon la formule désormais consacrée, un sac à mains, un bijou made in China, un foulard ou un napperon au crochet, prennent des dimensions extraordinaires de préciosité et de valeur une fois soulignés habilement ( ?) par une présentation irrésistible. Or voilà qu’on m’offre une de ces beautés rares, et je ne peux me retenir d’en partager le ravissement avec vous. Il s’agit cette fois d’un jeté de canapé victorien, « superbe jeté aux tonalités flamboyantes », « habitué des univers raffinés » et « qui sait jouer autant de la magnificence que de la simplicité ». Le style nouveau qu’on peut désormais oser « trouve le juste équilibre entre exaltation et authenticité ». Naturellement, c’est à « décliner au gré de ses envies », mais « aussitôt déployé, il vous convie dans un monde où romantisme et bienséance sont encore à l’honneur ». A lui seul « il installe un éclat exceptionnel dans une pièce ». Et après les préliminaires la description précise s’envole : « Sa matière dispense une subtile caresse. Son imprimé lumineux déroule ses ramages chamarrés. Ses arabesques virevoltent entre ocre, grenat et or. Et les franges ajoutent une note voluptueuse ». Vous ne pourrez vous en passer : « sa présence chez vous donnera un aperçu troublant d’une époque à jamais idyllique ». Dernière recommandation : achetez-en un deuxième à prix réduit, car « un duo aura le don de débrider votre créativité pour mieux transcender votre environnement quotidien ».Si vous avez une créativité à débrider et un environnement quotidien à transcender, vous savez maintenant ce que vous devez faire….

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 08:09

            Je n’ose pas croire que ce que j’ai par hasard découvert (j’étais dimanche soir en avance sur TMC pour être bien sûre de ne rien manquer de Downton Abbey) fait vraiment l’objet d’un programme régulier. J’en suis encore non point tout étourdie, comme chante Manon en sortant de sa diligence, mais bien abasourdie. Bouche bée, si vous voyez ce que je veux dire. C’est, vérification dûment faite sur les magazines télé anciens, une émission qui dure une heure, qui va se dérouler en 22 épisodes de 30 minutes, de manière qu’on en ait bien pour son argent à chaque fois, le style de narration absolument indigent passant beaucoup de temps à répéter pour les sourds et malentendants. Pas d’effets de mise en scène : un patron d’un côté, de l’autre trois ou quatre employés par soirée. Pas de grands efforts d’imagination non plus pour le scénario : des patrons d’entreprises viennent incognito travailler une semaine dans leur boîte (il paraît que ça ne se remarque pas qu’ils sont patrons, bref c’est ça l’histoire). Ils observent comment travaille leur personnel, ils prennent des notes mentalement, si bien qu’au bout de huit jours ils révèlent leur coup à toute la firme réunie comme pour une cérémonie. Et c’est la distribution des prix, mes agneaux : chaque employé spécialement remarqué est interviewé en tête à tête, complimenté pour son sérieux et son attachement à la boîte, et ce patron de rêve lui demande ce qui lui tiendrait le plus à cœur. L’un avoue son envie d’aller à Honolulu, un autre parle des soins trop coûteux qu’il faudrait à son fils handicapé, une troisième voudrait un autre uniforme… Eh bien le patron accorde tout comme une récompense qu’un patron juste doit à ses employés qui au fond sont comme ses enfants, et dans la surprise de l’annonce et la vénération pour pareil boss chaque employé y va de sa larme. C’est beau c’est grand le patronat américain. Et chaque secteur a son tour : ici le fast food, là les industries technologiques… Une heure tous les dimanches, mes agneaux, je ne crois pas m’être trompée au sujet de cette programmation. Je me demande qui paie, qui a payé pour réaliser ce bourrage de mou des primitifs aux USA – et qui a eu l’audace de le choisir pour nous l’imposer, ici où nous avons un tant soit peu dépassé cette vision débile.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 10:11

            C’est un peu par hasard que je suis tombée sur ces pages, j’ai eu plaisir à les exhumer. Tout ce qui célèbre la force et la souveraineté de l’imagination m’exalte – ce sera toujours la supériorité  indiscutable de l’écriture romanesque sur la documentation ou l’actualité, sur le  journal ou la recherche historique. Dans ces évocations d’atmosphères enviables dont Clair de Nuit analyse le mécanisme, il y a toute une variété. Le plus facile est sans doute de faire triompher la lumière et le soleil sur la maussaderie du jour : « Il suffit, un jour de brume, de penser à Saint-Cimourdain * par une matinée de juin : tout m’arrive en vrac, les couleurs, les parfums, la chaleur tonique de l’air, la joie de vivre ». Mais on peut aussi se concentrer pour nier l’effet pervers de la chaleur sur un malade : «  C’est plus malaisé de détruire la canicule et de lui substituer une fraîcheur de soir d’avril ; c’est pourtant faisable…La senteur des bois aussi râpe la peau. Je pense à des mois de septembre, où l’odeur de champignon flotte sur les feuilles tombées, où la main posée à plat sur le tapis de mousse fait affleurer l’eau en nappe, où l’on dérape au moindre faux-pas, où le silence même sécrète des bruits de gouttes. Fraîcheur délicieuse des gouttes secouées à pleine main le long d’une branche souple, tombant en averse, glissant le long du dos comme une caresse. Tout baigne dans cette fraîcheur, tout est fraîcheur. Il faut même fermer sa vareuse, relever son col… ». A mon  tour et à ma façon j’expérimente les petits exercices de magie que j’avais permis à mon héros d’utiliser pour son confort : en recréant en esprit (pour l’oreille de mon cœur bien sûr) la douceur berceuse de la chorale qui accompagne les noces d’un couple exilé de Serbie tâchant de s’enraciner en Angleterre (je me trouve avoir vu l’épisode deux fois de suite par le caprice de la distribution), voilà que je fais renaître pour m’y baigner cette ambiance délicate, affection chaleureuse de ceux qui accueillent, fraîcheur et tendresse des mariés perdus dans leur rêve. Je revois la scène, je m’y glisse, c’est comme si j’avais été invitée au mariage.

 

* La maison de campagne au jardin rempli de roses.

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 13:30

            Le vieillard grabataire de Clair de Nuit, fixé à son lit comme s’il était déjà entre ses quatre planches, avec comme seule perspective pour ses regards les motifs tarabiscotés du papier peint qui lui fait face (et aussi, s’il tourne un peu la tête vers la droite, les reflets mouvants du vert de la rivière soulignés par le vert des platanes montant jusqu’à son étage) a réussi à acquérir par les nécessités de son mal une sorte de défense mentale contre les ennuis de la guenille. S’il doit attendre un peu longtemps l’étudiant en médecine qui s’est chargé de l’entourer de ses soins pendant ses semaines de vacances, il lui faut trouver un moyen de réagir contre la transpiration qui soudain l’inonde, et il a mis sur pied un système d’évocations assez convaincantes pour le transporter en esprit dans un contexte où règne une fraîcheur contagieuse – une manière personnelle de rendre efficace la devise de certains scientistes, selon lesquels l’esprit domine la matière. « C’est ma seule parade, cloué comme je le suis sur un lit où l’alèze entretient sous moi une cuisson moite. En général cela réussit. La volonté de l’imagination m’arrache à ce qui me gêne…Le tout est de décoller, de perdre le contact, de se régénérer dans un ailleurs imaginaire où l’on puisse se trouver bien ». Toute une technique pour revivifier des souvenirs spécifiquement choisis. « En ce moment il faut penser à une promenade sous la pluie, ou juste après la pluie au petit matin. Pas forcément dans un chemin de campagne, au fond. J’ai le souvenir, intensément, de l’acidité d’une aube sur Paris – admirable : tous les Parisiens dormaient, on pouvait rêver qu’ils étaient tous morts, on se sentait dilaté et libre. Trottoirs mouillés, terrasses et esplanades lavées de frais, pigeons se baignant dans les flaques, le palais de Chaillot pour vous enserrer, la perspective sur la ville. Une aube d’avril, c’était… Une aube qui tendait déjà vers une aurore, avec du rose pâle, du mauve et du bleu fatigué qui faisaient penser à des paupières marquées par une insomnie d’amour. L’air entier m’avait appartenu, pour rien. Donné à moi qui n’étais rien, et pour que je n’en fisse rien. Le don gratuit. J’avais fini par frissonner, de toute cette fraîcheur humide et piquante qui s’insinuait par le col et les manches… Le frisson d’une sorte de renaissance ». J’ai envie de continuer lundi dans la même tonalité : vous voilà informés, ou peut-être prévenus. A vous de voir, mes belins-belines.                                               

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 08:49

            Je vois qu’Indiscretions est encore au programme de télé, pour dignement finir la période creuse. Et c’est tant mieux : c’est un excellent Cukor, et quand dans le peloton de tête vous pouvez compter Cary Grant, Katharine Hepburn (qui est loin de valoir sa géniale fille, mais qui n’est pas mal tout de même) et James Stewart, c’est que la course se déroule à vive allure. Tout de même, et je pourrais le déplorer jusqu’à la fin des temps, personne ne se soucie de transporter avec le titre du film un contresens qui finit par occulter totalement la signification de l’histoire. Ce ne sont pas les indiscrétions qui régissent le scénario, même si des choses se disent et se transmettent qui ne le devraient pas. Le terme anglais désigne surtout les faux pas, les excursions en dehors du mariage qui, non suivies d’effet si de nouvelles noces n’ont pas lieu, restent dans le domaine de l’erreur d’aiguillage. Ces « J’y vas-t’y ? J’y vas-ty pas ? » scintillants relèvent ici d’une chorégraphie spirituelle qui étourdit un peu et ne va guère au fond, comme on dirait gravement dans un traité de morale du grand siècle, mais qui emporte l’adhésion et séduit sans restriction, d’autant que le laissé pour compte au final est un fat imbécile qu’on trouvait révoltant de voir, pendant les trois-quarts du programme, préféré à Cary Grant, alors qu’en réalité il avait pris sa place. Dès le départ on connaît le dénouement : le plaisir de la comédie réside, comme chez Marivaux, non dans le trajet qui mène sournoisement à la conclusion, mais bien  dans les arabesques de la trajectoire. Je serais contente si vous pouviez voir ce film parce que je vous l’ai signalé. Si vous n’êtes pas d’accord avec moi… vous savez ce qu’il vous reste à faire…

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 08:51

            Avec ma porte palière ouverte au grand large dès que je suis debout, les chats se sentent invités à venir d’autant plus cordialement que la maison ne recèle pas de piège : le salon a ses huis particuliers, rarement fermés, la cuisine jouxte le palier de l’escalier menant au sous-sol où la chatière est toujours libre d’accès, bref c’est plutôt au niveau du jardin que les bagarres peuvent se déclencher entre résidents permanents et hôtes de passage cherchant à se faire naturaliser sur place. On comprend que la concurrence puisse exister : les SDF ayant une fois goûté le régime de la maison n’ont plus qu’une envie, c’est d’être admis comme pensionnaires. Les gamelles sont d’abord installées dans les zones extérieures qui ne sont pas encore la résidence mais qui toutefois la tutoient : le palier d’entrée et le palier remontant du sous-sol – en quelque sorte un no man’s land où on ne pourrait les contraindre mais qui est de toute évidence autre chose que les abords du bâtiment. C’est là que les chats s’habituent à être nourris, c’est une habitude vite prise – deux jours, trois jours : ils s’en tiennent là lorsque j’approche, un peu méfiants mais décidés à ne pas fuir. Pour moi c’est bon signe, comme est bon signe (mais depuis quatre ou cinq ans ! le croiriez-vous ?) le clignement d’yeux exécuté à ma demande par un pauvre vieux hirsute qui n’a jamais connu la caresse ni la brosse pour son poil hérissé. Voilà qu’au bout de tout ce temps il s’enhardit jusqu’à apparaître sur le seuil de mon bureau où il s’installe sur son séant et me fixe : dès que nos regards se croisent il considère qu’il a exposé ses réclamations et se détourne pour rejoindre le paillasson du seuil où il a établi sa salle à manger. Il a dès lors droit au menu complet,  il a même en supplément un yoghourt nature que je lui étale sur une soucoupe et qu’il lèche jusqu’au dernier atome. Il a définitivement compris qu’il fait partie du cheptel, sinon de la vieille garde qui dort sur mon lit et me lèche le matin pour me réveiller, et d’une saison à l’autre je crois qu’il acquiert une once de culot (l’hiver dernier je l’ai vu plusieurs matins quitter noblement le salon où il avait passé la nuit). Le plus difficile avec les nouveaux venus, c’est de les empêcher de montrer les dents aux anciens une fois qu’ils se sentent adoptés : il y a là tout un travail de surveillance et de sens de la justice à rendre qu’il s’agit de pratiquer au mieux, de manière que les anciens ne se sentent pas tout à coup repoussés sans que je me sois aperçue de la situation et que j’aie fait la moindre tentative pour y remédier. Ne pas faire de peine aux anciens, c’est la règle sacrée dans cette maison : il n’y a rien de si poignant que le regard d’un chat qui se croit délaissé, il faut tout faire pour qu’aucun d’eux n’ait jamais cette impression…

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 10:20

 

 

   Je ne suis pas très au courant de ce qui se passe ou se trame dans les hautes sphères régionales dès lors qu’il s’agit de faire classer la Bourgogne parmi les secteurs protégés et honorés de la conscience du monde. C’est de toute évidence parce que cela ne m’intéresse guère, mais de temps à autre j’en recueille des fragments d’infos et je découvre que depuis des mois, peut-être même des années en sous-main, on se démène pour accrocher une étiquette supplémentaire à certaines notions locales. Ainsi ces climats : j’ai beau faire,  je n’ai aucun instinct pour comprendre cette acception nouvellement apparue en surface (bien que, dit-on, elle soit une mention très ancienne et si pleine de nuances, justement, qu’on avait tendance à la mettre de côté parce que trop signifiante). Moi je veux bien : on donne donc des définitions à tour de bras, chacun est invité à adopter le sens rénové du mot avec énergie et conviction, mais on a facilement l’impression que le débat demeure au niveau des commerciaux de haut rang et qu’il n’apporte pas grand-chose aux connaissances de base du citoyen Lambda. En quoi la reconnaissance par un jury planétaire de la valeur de nos pinots et chardonnays dans toutes leurs hypostases, comme on dit en critique littéraire, apporterait-elle un mieux sur le marché ? Peut-il y avoir plus décisive appréciation que de voir un Chinois racheter le château de Gevrey-Chambertin et le vignoble qui va avec ? Peut-il y avoir occurrence plus triste ? Et néanmoins, mes belins-belines, est-il besoin d’un diplôme supplémentaire pour sacrer le bourgogne un cran au-dessus du bordeaux ?

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 09:54

 

 

            Pour un peu, si je n’avais pas eu des problèmes d’yeux (et penser qu’on peut dire « yeuses » si poétiquement, si joliment – et que personne des mordus des féminisations à tout crin n’en a jamais eu l’idée, au lieu de leurs abominables professeure, auteure, docteure, écrivaine…), je me serais payé hier soir une nouvelle vision de Pouic-Pouic. C’est en effet un des agréments du marché aux navets de la fin d’été : les chaînes sont sûres de récolter tous les suffrages avec quelques inusables de ce calibre, en compagnie du Petit Baigneur ou des Tontons flingueurs. Et cela finit tout de même par poser quelques questions auxquelles il n’est guère possible de donner réponse : charisme des comédiens choisis de manière admirable ? charme branque du scénario ? irrespect total des réactions humaines normales au profit de comportements cocassement inattendus ? dialogues en or qui convenaient à merveille à leur période de réalisation (les années 50 et éventuellement 60 : depuis les goûts ont changé, mais le style Audiard leur reste attaché comme les lourds cadres ouvragés et tarabiscotés dans les plâtres et les dorés continuent d’accompagner les peintures des grands siècles mieux qu’une baguette blanche) ? oui, c’est tout cela qui joue pour donner un composé rétif à l’analyse, mais impérial. D’ailleurs les commentaires des magazines de télé reconnaissent le phénomène et se contentent de céder à une séduction imparable : ces films-là sont « franco-franchouillards » (autre question : feraient-ils rire transposés en d’autres sociétés ?), « ne cassent pas trois pattes à un volatile (je cite) », on les connaît par cœur… mais on en redemande et on les adore. Moi j’adore – mais hier soir je n’ai tout de même pas redemandé…

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 11:13

            La fille de l’épicière de mon enfance – une petite épicerie de coin de rue, où l’on trouvait, outre des mouches en abondance, aussi bien des bananes que de la crème dite fraîche vendue à la mesure et du beurre en livres moulé dans son moule de bois (la fleur de tournesol, la vache en long, la petite maison bressane) – se vantait de ne jamais se tromper dans ses comptes, tout en cachant soigneusement qu’elle n’avait jamais pu avoir son certificat d’études. Aux gens du métier c’était difficile de dissimuler pareille tare – en tout cas, chaque fois que mon père se chargeait de faire les courses dans ce palais de la jacasserie, la fille de l’épicière se trompait dans son compte et toujours dans le mauvais sens, ce qui la couvrait de honte mais ne changeait rien à l’affaire. Au risque d’exposer mes faiblesses, je ne vous ai jamais dissimulé que je compte comme une paire de pantoufles à pompons : il vaut mieux avoir l’avantage de la franchise, ce qui à tout prendre peut se teinter d’une ombre de noblesse d’âme, plutôt que de s’entêter dans une supériorité dont le démenti vous est fourni à peu près automatiquement. Donc vous savez comme je compte, comme je m’embrouille dans les statistiques ou les opérations, comme il m’est malaisé voire douloureux de savoir où j’en suis dans la progression de mes pages de blog : or avez-vous constaté que je vous ai servi une ration en supplément de vacances cette semaine ? Dès lors que les problèmes de date s’en mêlent, je suis perdue, ou quasi, comme disait ma grand-mère paternelle. Et impossible de corriger cette distribution malencontreuse : il vaut encore mieux tout laisser en l’état. Et heureusement, mes belins-belines, qu’il se trouve que c’est le « bon poids », comme ce supplément que la boulangère coupait  avec son gros tranchoir dans des morceaux isolés de manière que vous ayez bien vos trois livres en couronne farinée à vous passer au bras. Vous imaginez ce que mon blogrank serait devenu  s’il me manquait une page dans ma livraison hebdomadaire ! C’est alors que l’administration invisible mais tapie aux aguets m’accuserait de tricher dans le mauvais sens, de tirer au flanc mine de rien… Et que me resterait-il alors, dites un peu, sinon Nada, Nada, Nada ?

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 12:13

            J’ai dans mon jardin une splendeur inédite : un lilas de Californie qui m’enchante dès que je pose les yeux sur lui. Il m’a fallu attendre les trois années révolues que mon expérience m’a fait compter avant qu’un végétal vivace ne s’affirme comme définitivement installé dans un terrain auquel il a décidé de s’adjoindre pour le meilleur et pour le pire – l’impatience ou le découragement portant sur les trois années d’adaptation ne sont jamais suivis d’effet, il faut compter trois ans et ça démarre ! Donc ce lilas de Californie en est à sa quatrième année, et il mesure déjà près de trois mètres en ayant été, selon les conseils du catalogue de jardin, « sévèrement taillé » en mars. J’en raffole… J’en ai eu tellement envie, depuis si longtemps ! J’en rêvais déjà dans la région du Lac de Garde, vers Torre del Garda ou vers Gargnano : ces alignements d’arbres tout ronds, couverts d’inflorescences roses presque à touche-touche, j’en demandais le nom en vain aux Italiens du cru qui me prenaient volontiers pour une demeurée : Mais c’est du lilas ! (cause toujours, mon agneau… ce n’est pas du lilas, ça je le sais, mais alors qu’est-ce que c’est ?). Je l’ai retrouvé au Texas, dans les ruines des couvents franciscains baroques, au Fort Alamo où l’exubérance visant à faire sauvage se déclinait en deux ou trois teintes ravissantes : là j’apprenais le nom américain, « crape myrtle », sans savoir à quoi cela correspondait en français. Et puis j’ai cru reconnaître la fleur merveilleuse sur un catalogue de jardinage, j’ai commandé, j’ai reçu, j’ai attendu – et cette année j’ai un lilas de Californie extraordinaire, chaque bout de branche, chaque rameau s’épanouissant en rouge corail tout frisotté, feuillage superbe, venue d’une vigueur exceptionnelle…Je n’ose pas encore en tailler des brassées : et s’il se desséchait soudain, alors que sur pied il demeure épanoui pendant des jours et des jours ?… J’ai déjà pensé à la relève : j’en ai un depuis deux ans dans un autre coin du jardin, pas encore un mètre, à tailler sévèrement dès mars prochain, déjà l’été prochain ses premières fleurs…J’ai aussi planté un beau lilas violet double, pour avril, et un autre qui s’appelle « Belle de Moscou » et qui doit fleurir rose clair et blanc crème : prometteur tout ça, mais il va falloir vous y mettre, mes agneaux, si vous voulez tenir le coup dignement en face de l’Amérique !

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