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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 11:23

      Eh bien oui, mes belins-belines, je vous ai fait faux-bond hier. Pour la centième, vous imaginez! Cent fois sur le métier j'ai remis mon ouvrage, Je l'ai poli sans cesse et l'ai bien repoli... mais qui m'en saura gré, je vous le demande? Un centenaire pareil, ça s'arrose : je vous avais même parlé de champagne et de petits fours, ça me paraissait aller de soi. Les 6 brouillons n'en sont même pas : tout simplement ce sont les tâtonnements des débuts, où je ne savais ni où ni quand ni comment m'arrêter une fois lancée, c'est-à-dire une fois que j'avais réussi à trouver over-blog, à obtenir admission auprès de l'Administration (et qu'on ne me dise pas que règne dans l'entreprise le principe du "Frappez et l'on vous ouvrira!" - à d'autres! Je crois être la reine des pauvres pommes, la championne de la gourderie face aux mystères de la toile, la princesse des fausses manoeuvres étourderies confusions énervements sur le motif et autres bafouillages des doigts et de la cervelle, vu le nombre de toc-toc pourtant bien dociles, bien respectueux, bien charmeurs que j'ai frappés à droite et à gauche sans que mes humbles désirs soient pris en compte, sans même que j'aie obtenu autre chose, comme réponse, que d'affolantes fenêtres m'avertissant que tout mon travail risquait d'être perdu, sans que la moindre aide m'ait été offerte, fût-ce du bout des doigts). Et puisque ces six bafouillantes n'ont pas été jugées dignes par l'Administration de passer à la postérité, c'est d'une bonne centaine d'articles qu'il s'agit. Cela mériterait tout de même d'être signalé par quelque détail un peu exceptionnel, non?  Moi je n'ai pas d'idée puisque vous refusez que je vous connaisse de visu, je ne peux donc aller valablement à votre rencontre, vous offrant des canapés au saumon ou au caviar de préférence à des bouchées   aux escargots ou à des biscuits de Reims si délicats avec le champagne, mais vous vous me connaissez déjà un peu, vous devriez me souffler vos idées. Bien sûr vous ne savez pas tout de moi . Vous savez surtout que je m'intéresse au biotope du personnage, à la climatologie qui règne sur les événements-clés de sa vie, que je pratique les parenthèses et les incises à tire-larigot (tiens! une colle nouvelle : comment traduire ça en anglais? Comme je suis dans la supervision des traductions de mes contes et nouvelles à paraître aux USA, vous pensez si les réflexes de traduction me viennent comme une seconde nature; mais alors là, bernique!). Donc puisque vous avez de moi quelque teinture, envoyez-moi des suggestions pour cette célébration; je vous promets de les suivre (tiens encore, rayon traduction: vous avez sans doute vu cette publicité demandant aux parents de faire confiance à leurs enfants, donc de ne pas les rabrouer quand ils leur racontent des choses invraisemblables -  en théorie c'est l'enfance de Lewis Carrol, un garçon beau comme le petit lord Fountleroy dans une calèche qui décrit à sa mère ce qu'il a vu : un lièvre grand comme lui qui marchait sur ses pattes de derrière, un chat au sourire si marqué que lorsque le chat disparaissait le sourire restait flottant dans l'air, tout seul...bref, des mensonges, dit la mère. Mais l'enfant proteste qu'il n'invente pas : "Je vous promets, Maman..." Eh bien on ne dirait pas ça en français, on dirait "Je vous assure", la promesse ne pouvant se rapporter qu'au futur tandis que l'enfant affirme un trait du présent; c'est en anglais qu'on dit "I promise" pour confirmer un fait - il faut dire aussi qu'on aurait pu se douter de l'origine de cette bande de pub, si raffinée et charmante, pour une fois, ça change des voitures dont est fait l'ordinaire de nos pubs made in France). Pardonnez-moi de dévier de la célébration du centenaire à un mécanisme de traduction, je sursaute chaque fois que j'entends le bel enfant dire "Je vous promets...". Ceci donné comme exemple, car je ne vous dis pas combien de fois je sursaute en face des étranges lucarnes pour le même motif. D'ailleurs je sursaute aussi devant mon petit écran pour bien d'autres choses sans rapport avec la traduction ni la grammaire, un de ces jours je me mettrai à vous en entretenir, c'est promis! A demain, on travaillera après ces célébrations par le chômage du jour, comme il se doit. Bises au chat.

                                                                                             Lucette DESVIGNES

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 10:40
     Un seul personnage, ça fait un peu maigre. Je sais bien qu'il peut se regarder le nombril, ils sont deux dès lors, et il faut croire que ça paie puisque ça se pratique si fréquemment de nos jours parmi les écrivains de la capitale. Pour ma part, je trouve qu'un congénère est un meilleur choix. Surtout s'il est du sexe opposé : avec un peu de chance et de temps, le personnage peut devenir un couple. Avec naturellement toutes les hypostases possibles : la méfiance, la sympathie, l'aversion, l'amour. Autrefois c'était automatique : pas un seul personnage ne se trouvait en présence d'une réplique en creux (je veux dire d'une réplique féminine de son espèce) sans en tomber amoureux - et certes il y avait déjà quantité de variantes à imaginer. De nos jours c'est bien moins automatique, du fait précisément que le pacs est devenu le concurrent triomphant des épousailles en bonne et due forme. Vous pourriez donc multiplier les séductions de la réplique en creux face au personnage, s'il reste insensible aux charmes féminins il reste insensible au charme féminin et barka! Il faut alors voir si face à une réplique de lui-même non en creux, cette fois, ça va marcher : il doit bien y avoir des paliers, des approches, des stratégies pour que ça arrive à marcher par-dessus toutes les embûches, intrigues, contrariétés que la vie ou la nature  tiennent en réserve pour eux. Je n'ai pour me renseigner que le cinéma ou la littérature française contemporaine, ça n'est que de la seconde main, je ne peux pas me fonder sur une expérience de base qui me dicterait les démarches à retenir pour une production romanesque. J'aimerais bien savoir, vous pouvez l'imaginer; mais enfin c'est trop tard pour que je m'ouvre à ce terrain nouveau, j'aurais l'air d'un apprenti (à mon âge, pensez un peu! ce serait d'un ridicule! et cela, même si les universités grouillent d'un Troisième Age ouvert à la culture,  se     cherchant des expériences nouvelles, suivant des cours, se lançant dans la peinture ou la sculpture, et dans l'écriture aussi bou diou, afin de ne pas mourir idiot : chacun peut y découvrir la catégorie ou le sujet qui lui convient, moi je n'ai jusqu'à présent rien vu dans les programmes universitaires pour "Golden Citizens" qui puisse me fournir matière). Pour l'instant tout au moins, donc, se cantonner dans le couple de la tradition, ça je sais faire. Mais ne croyez pas que ce soit si facile : si vous avez déjà essayé, vous en êtes d'accord avec moi. Il y a quantité de choses qui se pointent par la traverse, qui empêchent le déroulement  des sentiments tel que vous pourriez l'imaginer : soit ça marche tout seul alors que vous aviez prévu des montagnes d'obstacles afin que ça dure plus longtemps, soit au contraire vous avez beau faire des efforts, vous vous rendez bien compte que ça ne marche pas, que peut-être même ça ne marchera jamais entre ces deux personnages (dont l'un est la réplique en creux de l'autre, pourtant, à quelque chose près : lui est par exemple brun et frisé, elle est blonde et a de beaux cheveux lisses, ça devrait marcher, ça marche si souvent chez Delly ou Danielle Steele de l'autre côté de l'Atlantique, ça marchait aussi pour Barbara Cartland en sept cent quatre-vingt trois volumes je crois bien - mais aussi être une parente fût-elle éloignée de Ladidi ça veut dire quelque chose, non? - où le schéma de base a fonctionné sans le moindre grain de sable). Je viens de vous fournir des exemples puisés à la littérature de gare reconnue, mais je vous assure qu'avec la prétention à la littérature qui compte on en trouverait d'autres chez les éditeurs en vue : je vous promets qu'un de ces jours on fera une petite incursion par là-bas et ça sera saignant. Pour l'instant je me hâte de vous saluer, vous et vos chats, et je cours m'occuper des miens. A demain.
                                                                                                      Lucette DESVIGNES
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 12:50
     Pendant qu'on y est, hein, pourquoi pas? Donc persona IV. Nous avons pris le personnage à sa sortie des limbes et encore tout glaiseux des mains du bon faiseur, il a ouvert les yeux un tout petit peu, on l'a fait tenir debout, il marche, il respire, il vit. Il va falloir descendre dans sa mentalité si vous voulez le faire parler de manière convaincante (remarquez, cela ne gêne pas tout le monde d'avoir introduit ou créé un personnage en  prêt-à-vivre sa-vie-romanesque : qu'il soit pâlichon sur les bords, raide comme un piquet à force d'être stéréotypé, sans odeur sans couleur sans saveur, peu importe, il y a une effarante proportion d'auteurs qui ne sont pas choqués le moins du monde d'avoir propulsé ces mannequins dans leur texte; c'est que le problème de la vie du personnage, étant donné qu'ils ne l'ont guère senti vivre en eux avant l'accouchement, ne les concerne pas, et c'est bien là leur énorme, leur suicidaire, leur condamnable erreur). Dans son biotope le personnage va avoir besoin d'ingrédients affectifs. Des parents - abusifs, ou décédés, ou indignes - peuvent faire l'affaire, car quelle que soit l'époque où se situe l'histoire les parents s'y intègrent, même (et parfois surtout) s'ils sont absents. Depuis que Freud est devenu aussi présent à notre société que la carte vitale ou les fours à miocro-ondes - c'est-à-dire aussi qu'on lui fait dire tout et n'importe quoi, il serait bien souvent effaré s'il voyait ce qu'on lui met sur le dos - les rapports parents-enfants ont pris une place étonnante dans les entretiens et dans les media,  fût-ce au niveau magazines féminins se voulant dans le vent Et je te Dolto par-ci, et je te Bettelheim par-là, ah que de salive (sinon de substance cérébrale : sur cette dernière il y a embargo permanent) prodiguée pour expliquer qu'on se chipote en famille! J'en veux pour preuve un exemple tout récent. Un enfant de cinq ans poignarde sa soeur de dix ans qui lui refusait accès à son jeu vidéo. Bon. On recourt aux psychologues (il y en a toujours un de service dans les studios de télé, exactement comme on les appelle en catastrophe pour instituer une cellule de réconfort après un accident traumatisant, sous leur tente d'accueil ils sucrent les tisanes et distribuent les petits fours) et les psychologues vous expliquent gravement que le refus de la grande soeur de  laisser jouer le petit frère a bien pu traumatiser le petit frère au point de poignarder la grande soeur (jusque là nil novi sub sole, rien de nouveau sous le soleil, au niveau même du fait-divers l'affaire était claire, il n'y avait pas de quoi chercher midi à quatorze heures). Le drôle c'est que le petit frère n'est pas l'agent du crime, c'est la maman qui a eu le geste et qui a chargé le petit frère de la culpabilité - allez les psychologues, au charbon! il va falloir trouver d'autres mobiles, allez-y, faites donc intervenir papa Freud, c'est le moment). Tout ça pour vous dire que le contexte familial avec toutes ses hypostases doit être non seulement à l'arrière-plan de l'individu, en toile de fond noir et blanc, mais bel et bien autour de lui, l'enveloppant comme un cocon ou, éventuellement, comme un enveloppement de moutarde (vous savez ce que c'est : quand vous avez un gros rhume ou une bronchite, on vous tartine des grains de moutarde sur un cataplasme, on vous l'enroule autour du torse, on vous dit que ça va vous guérir ou que c'est pour votre bien mais vous vous sentez surtout ravagé). Et la famille c'est du pareil au même : vous allez donc installer votre personnage dans ce terreau fertile en éclosion de sentiments variés, passion rancune haine jalousie indifférence irritation, aucune limite aux forces et aux courants troubles. Vous aurez de quoi faire et vous n'aurez pas toujours la haute main sur l'ensemble, loin de là. Méditez la leçon d'aujourd'hui, mes belins-belines, cherchez des exemples en vous et autour de vous. A demain, caresses aux minets.
                                                                                     Lucette DESVIGNES
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 10:13
     Pas de commentaire sur la numérotation de ce titre, s'il vous plaît - autrement, vous en profiteriez encore pour dire que je perds mon temps à tous les hors-d'oeuvre du monde en discourant sur les titres et les justifiant abusivement, alors que le sablier continue inexorablement de se vider et qu'on n'a toujours pas atteint les environs des faubourgs des communes limitrophes des banlieues de la chair du sujet. Ce serait bien mal à vous de me freiner dans mes élans. Donc, persona III : cela veut dire qu'on continue, même si c'est dans une peut-être coupable insouciance, celle du chemin des écoliers (mais vous savez ce qu'on dit quand on fait des propositions indiscutablement intéressantes : "Pas sérieux s'abstenir", vous voilà donc une nouvelle fois bien informés de mes desseins).
     Imaginons ce personnage tout juste sorti des mains créatrices. J'aurais presque envie de le dire encore glaiseux, les paupières à peine ouvertes sur le monde (tiens, mais pardi! c'est pour cela que je ne vous donne jamais dès l'abord la couleur de ses yeux - vous voyez que l'instinct chez moi est solidement enraciné dans la logique), mais cela ferait sans doute un peu trop mains du Créateur, faut pas pousser le bouchon trop loin ou je risquerais de me faire taper sur les doigts. Donc il est tout juste sorti, en brut de décoffrage lui aussi, et bien sûr il est tout nu - juste le temps de voir si c'est en rose ou en bleu qu'on va l'habiller. Il ne faut pas que vous lui laissiez son air d'ahuri à la découverte de l'univers, vous devez au contraire bien faire comprendre que c'est vous qui le découvrez tout à coup, mais qu'il est là depuis longtemps. Sans doute pas à vous attendre : il se moque de vous comme de la première paire de chaussons dont vous allez le revêtir. Mais c'est vous qui lui déboulez dessus. Donc il est ancré dans un biotope (ou enraciné si vous n'aimez pas les métaphores hardies) qui lui est propre : le grand-père de ma mère sur sa charrette avec le petit-fils tout morveux dans les bras, son autre grand-père dans le brouillard de la Bresse qu'il traverse à l'aube (que de blanc, que de blanc partout! ce serait le moment, dites donc, de vérifier si vous n'avez pas mélangé les blanc-jaune, blanc-bleu, blanc-vert dont je vous ai appris les noms spécifiques dernièrement : ça fonctionne, votre mémoire? ou vous vous moquez de ce que je vous enseigne?), oui, chacun de ces deux grand-pères se trouve enveloppé dans un biotope sans lequel il ne saurait vivre (on frise là le pléonasme). Supprimez le brouillard pour celui de Bourg : vous supprimez du même coup sa grande entreprise de voyage de Bourg à Cluny, tout s'écroule, il n'y a plus de roman possible. Supprimez l'enfant morveux pour celui de Cluny : vous supprimez du même coup son voyage de récupération du troisième enfant de Jeanne à son deuxième veuvage. Vous vous rendez compte? comme on disait avant la guerre (celle que j'ai traversée, pas celle de 14 tout de même, ne vous fiez pas aux apparences, merci) en tâchant d'adopter le grasseyement parisien pour faire à la meude ( et en vérité, avec un arrière-plan d'accent bourguignon auquel le R de la formule permettait de se trahir dans tout son provincialisme, ça n'était pas gagné).
          Bon. Petit à petit nous avançons sur le personnage, mais nous avons traité de plein d'autres choses au passage et ça n'est pas si mal. A demain, mes belins-belines et tous leurs petits chats (et même ceux des autres).
                                                                              Lucette DESVIGNES
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 09:25

      Vous vous dites déjà : "Allons bon! elle va recommencer à user   ses titres jusqu'à la garde!" (au passage, dois-je dire la garde, évoquant l'épée, ou la gauche, évoquant le contexte politique, ou la lie, évoquant les restes pas toujours ragoûtants des fonds de tonneaux, sauf - si par exemple ça se trouve être du Volnay ou de l'Echézeaux - quand ils sont irremplaçables pour le coq au vin, ou même la corde, évoquant l'usure ou la pendaison par désespoir? J'hésite là-dessus, pour une fois je vous laisse juges, chacun  complètera selon son inspiration ou sa préférence). Mais justement : quand une idée est bonne il faut la garder. Vous avez vu ce qu'on peut faire avec la climatologie? avec le pronom? Croyez-vous vraiment que nous ne pourrons pas faire de même avec le personnage (encore lui!)? Donc, je prends votre silence pour une acceptation enthousiaste et on  continue à foncer de conserve (mais toujours - n'oubliez pas que j'ai fait autrefois mes humanités, comme on disait - en fonçant à la manière des sages Romains : "festina lente", hâte-toi lentement, c'est peut-être ce qui a fait dire à Astérix en imprudent jugement téméraire "ils sont fous, ces Romains". Je vous assure que c'est faux, je les connais bien, ils ne sont pas fous, même s'ils ont confié les rênes de leur char à Berlusconi). Bon. On retourne au personnage.
       Ne vous fixez jamais sur une idée toute faite, une idée reçue dirait  le grand Gustave (pas Le Clézio, oh non, mais Flaubert : vous connaissez forcément si vous avez été en première au lycée). N'allez pas encombrer votre plan de roman (si vous voulez en écrire un et que vous faites un plan préalable - libre à vous, moi je n'en fais jamais, mais en confidence et malgré mes airs pontifiants vis-à-vis de vous je ne suis pas forcément un modèle à suivre) par des fantoches disposés comme des soldats de plomb sur un champ de bataille : le père, la mère, la soeur, le petit frère, la vieille tante - ça ferait louper votre entreprise, surtout si vous y ajoutez l'ami traître ou dévoué, la jeune fille douce et fidèle, le patron de la jeune fille (car elle travaille, de nos jours on travaille même quand on est une jeune fille, c'était beau autrefois de faire de la dentelle en attendant le prétendant fortuné, aujourd'hui elle travaille dans un bureau, elle est donc offerte à la convoitise lubrique du patron - ah! ce patron, si vous avez l'intention de le placer sur votre reconstitution historique, je vous laisse libre, ça vous regarde,  moi je ne m'en mêle pas). Pourquoi serait-elle loupée, l'entreprise? mais parce que vous n'auriez pas laissé le temps à vos personnages de venir jusqu'à vous, de vous gêner aux entournures tant que vous n'auriez pas pris conscience qu'ils étaient en train de se façonner, de se modeler, de se construire au fond de vous, tant que vous n'auriez pas ressenti ce processus secret comme une gestation. Il y a toute une phase de la vie du personnage dont vous n'êtes pas responsable,  celle pendant laquelle il prend forme. Un beau jour vous croyez que vous venez d'avoir une idée de personnage qui ferait bien dans votre plan d'ensemble, même si au départ vous ne lui aviez pas réservé de place : mais ce n'est pas une idée, c'est lui qui se fraie un  chemin jusqu'à vous, encore un peu brut de décoffrage mais déjà présent. Laissez-le venir, et surtout ne commencez pas à vous rengorger d'avoir eu une si belle idée : il pourrait se venger en se chosifiant, ce n'est pas pour vous le moment d'intervenir, laissez-le prendre ses habitudes à l'air libre, n'allez surtout pas lui imposer votre pesanteur et votre rigidité dès les premiers moments d'existence commune. Bon. Le voilà qui vit, laissons-le se reprendre jusqu'à demain. Belins-belines, reposez-vous bien, prenez des forces, nous ne sommes pas encore arrivés au bout de notre sillon. Bonjour au chat, à tous les chats du monde dont une telle proportion sont malheureux et misérables sans espoir de sauvetage ni de soulagement. A demain. Je vous parlerai de mes chats une autre fois.
 

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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 10:00

     Puisqu'on passe par-delà les broutilles, par-dessus les hors-d'oeuvre,à cloche pied ou à gué ou en traînant la jambe, il faut bien retrouver le contact avec la terre ferme. Nous voici replongés dans les choses sérieuses, conformément d'ailleurs, reconnaissez-le, à ce que je vous avais annoncé.Je propose qu'on en revienne au personnage - même si, comme chez Robbe-Grillet, l'entreprise tout entière vise à le supprimer, comme à supprimer l'histoire, le fil du récit, le scénario (tant pis tant mieux si on  doit se cramponner pour suivre, moi j'adore) - parce que le personnage, mine de rien, c'est tout de même quelque chose (je viens là de pasticher pauvrement Raymond Devos, ça n'était pas prévu, mais que voulez-vous, chez moi c'est comme ça, c'est le génie qui affleure de temps à autre, je n'y puis rien, j'ai été faite comme ça, vous n'avez qu'à vous en accommoder). A propos de Robbe-Grillet, si vous me permettez de temps à autre une petite parenthèse, on aurait bien pu lui décerner le Nobel, au lieu de le donner à ce pauvre Le Clézio, pauvre Gustave qui n'a jamais rien apporté à la littérature malgré les coteries, qui s'est ennuyé toute sa vie à écrire ses machins, qui ne s'est probablement même pas réjoui d'être distingué à la face du monde et qui doit du même pas (du même pas, oui) guigner l'académie française où il y a des places vides qu'on a du mal à garnir. Enfin ce que j'en dis va sans doute ne pas vous plaire, mais c'est encore une autre marque de mon génie de ne jamais aller dans le sens du poil, de ne pas courir "où la foule se rue", comme chantait Montant au temps de sa gloire montante. Pour une fois la parenthèse n'a pas été incluse entre ses deux crochets, mais je vous signale qu'elle se termine ici.

     Donc de nouveau le personnage. Esquissé par ses gestes plus que par ses traits de visage, bien ancré dans son biotope et sa climatologie (j'espère que vous vous rappelez les discours précédents). Il peut être à l'origine même de votre inspiration, il peut vous être apparu soudain, fascinant jusqu'à l'obsession, vous troublant au fond de vous-même, non point trépignant  d'impatience qu'on le sorte de son obscurité mais d'une immobilité tenace, comme une présence ineffaçable qui sait pertinemment qu'on l'amènera à la lumière du texte un jour ou l'autre simplement d'avoir été là sans bouger. L'image qui sans doute a été à la base de la saga des "Mains nues" était celle, brusquement, brutalement jaillie, d'un grand-père sur sa charrette conduisant d'une main son vieux cheval et tenant de l'autre contre son coeur un enfant sale et morveux qui se blottissait dans des bras enfin accueillants. Elle a plané sur tout le déroulement des "Noeuds d'argile" sans y apparaître le moins du monde : en fait, l'incident ne se situe que dans "Le Grain du chanvre", et loin du début, puisque cet enfant est le fils de M. Barandelle, né après l'assassinat de son père, confié à une nourrice indigne  et ramené à Cluny par son grand-père - lequel se trouve finalement être celui de ma mère. Il y a donc toute une construction de logique et de généalogie familiale qui se tramait à mon insu : c'est de l'autre grand-père de ma mère que je fais le personnage principal du premier roman de la saga, celui qui depuis Bourg se lance dans l'aventure d'une alliance commerciale avec l'autre; il ne sait pas qu'ils deviendront les deux grands-pères de ma mère puisque la fille de l'un et le fils de l'autre se prendront l'un pour 'l'autre d'une passion dévorante, il veut seulement conclure une alliance entre potiers qui ont du mal à survivre séparément. Comme quoi les personnages s'imposent à vous sans que vous les cherchiez. Marrain et Jeanne deviendront les individus de premier plan, mais seulement par voie de conséquence, quand leurs deux pères auront dessiné leur destin. Assez de complications pour aujourd'hui entre vous et moi : à demain, on essaiera de garder le cap, pour l'instant c'est le cap minets qui compte, bonjour à eux, bonsoir à vous, tâchez de revenir même si c'est dimanche. 

                                                                                                       Lucette DESVIGNES

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 10:28
     Vous vous rappelez peut-être que je vous avais annoncé un passage final aux choses sérieuses : soyez honnêtes, reconnaissez que c'était là le troisième point de la hiérarchie annoncée (et suivie : j'insiste). Les choses sérieuses doivent donc aujourd'hui être attaquées de front, par-dessus les hors d'oeuvre et les considérations de sexologie (au passage, je souligne que mentionner la sexologie mine de rien, sans avoir l'air trop racoleur, ça pourrait donner à un surfeur chercheur d'emploi sur le web l'idée de venir voir mes articles déjà publiés; nul doute que le thème lui apparaîtrait comme mal traité, même non traité du tout, mais peut-être aussi que le charme de mon discours l'attacherait à jamais à mon blog, ébloui de pareille richesse, de pareil esprit). Donc aujourd'ui les choses sérieuses.("Ah! dirait un valet de comédie du XVIIIème, style Crispin, Frontin,  voire Figaro, du diable si je me rappelle de quelles choses sérieuses il pouvait bien être question!"). Mais comme, mille pardons, je ne suis pas un  valet de comédie du XVIIIème (et je le regrette presque : je les ai si souvent pratiqués, ces valets fourbes ou naïfs, effrontés ou ahuris, pleins d'initiative pour servir leur maître ou plus souvent leur propre intérêt - "moi d'abord, mon maître ensuite, comme il se doit", dit l'un d'eux -, et il y en avait tant - allons-y pour citer Pinget de nouveau : en a-t-on, en a-t-on!), les choses étant ce qu'elles sont pour ce qui concerne ma fonction parmi vous, mes belins-belines, je me dois de me rappeler  ce que sont les choses sérieuses annoncées pour aujourd'hui. Les choses, en somme, à ne pas traiter en hors-d'oeuvre, mais bien comme le plat principal, avec les sauces.
     Bon, je vous guide de nouveau, ne me fiant pas trop à la légèreté avec laquelle vous parcourez mon blog lorsque vous y pensez, c'est-à-dire lorsque vous n'avez rien d'autre à votre programme (moi, de mon côté,je sue sang et eau sur mon clavier, à en perdre le boire et le manger, à me battre les flancs pour vous intéresser même malgré vous, et je vous assure bien, mes belins-belines, que c'est une grande entreprise, genre travaux forcés, que je me suis mise sur le dos; j'y laisserai même sans doute ma peau avant que l'aboutissement terminal ait eu le temps d'esquisser fût-ce de loin ou de très loin à quoi devaient bien rimer toutes ces palabres : le seul acquis dont vous pourriez m'être redevables jusqu'à présent serait probablement l'emploi de la parenthèse ou des incises, car il me suffit d'évoquer une chose avec précision pour immédiatement envisager les objections, rectifications, corrections et autres modifications souhaitables - tiens! un exemple pris sur le vif : au lieu de souhaitables, je pourrais dire nécessaires, ou possibles, ou éventuelles, avec à chaque fois  des nuances dont j'espère que vous les sentiriez au passage, car c'est bien ainsi que j'entends concrétiser mon utilité auprès de vous, et même, tiens! deuxième exemple pris sur le vif un peu plus haut : j'ai dit "l'emploi de la parenthèse ou des incises", eh bien non, ce n'est pas l'emploi (vous ne saurez jamais faire aussi bien que moi, même en vous appliquant), c'est seulement l'habitude, qu'avec moi vous avez bien dû prendre bon gré malgré). Et voilà déjà les bornes de mon espace qui pointent le nez! On n'a vraiment rien le temps de dire sur cette toile! A demain, en hâte, pour les choses sérieuses.
    
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 15:17

     ...venait ensuite le hors-d'oeuvre, par voie hiérarchique. C'était simplement, dans mon texte d'avant-hier, pour symboliser le peu d'importance à accorder au problème de la sexualisation du pronom (et pourtant vous voyez le temps qu'il a fallu, avec la meilleure volonté du monde,  pour     refermer cette porte à peine entrouverte). Je voulais juste souligner la difficulté de traduire "en hors-d'oeuvre", en donnant à ce "en", précisément, toute sa valeur. Oui, pas facile. Les antipasti, va bene : ils parlent d'eux-mêmes. Au Canada et aux USA, puisque le plat principal s'appelle "entrée", il faut le faire précéder d'une tournée au "salad bar", plus ou moins développé selon les restaurants mais souvent fort capable à lui tout seul de constituer un gros repas (on peut d'ailleurs opter, côté prix, pour un "salad bar" comme plat de résistance, on a même parfois le droit d'y revenir). Chez nous l'appellation est déjà métaphorique : de même que la "main d'oeuvre" c'est la main qui se charge du gros travail, alors que le "chef-d'oeuvre" c'est le top du travail, le "hors-d'oeuvre" se situe en-dehors de l'essentiel (et l'essentiel du travail, dans un restaurant, n'est-ce pas de travailler des mandibules?), il  se situe en quelque sorte comme une pièce rapportée. Bien entendu, nous qui raffinons sur l'art de la table, nous avons, avant les hors-d'oeuvre, les amuse-gueule, devenus bien souvent les amuse-bouche par pur souci de délicatesse puis, comme ça fait un peu cucul il faut bien le dire, de fil en aiguille on en arrive à la "mise en bouche", collective et vaguement éthérée, ce qui a tout de même plus de classe (vous voyez au passage ce que de fil en aiguille on peut arriver à dévider quand on prête quelque peu d'attention au langage et à ses hypostases). Donc le hors d'oeuvre français est bien typé, connu, apprécié. Mais qu'est-ce bien qu'un pronom dont la sexualisation à peine évoquée a été traitée "en hors-d'oeuvre"? (je vous sens tout perdus, mes belins-belines, je crois que je vous ai lâchés et au fond ça ne m'étonnerait ni de vous ni de moi, chacun dans son sillon il faut bien le dire). Je vais vous aider, c'est bien la moindre des choses. Eh bien ça veut dire tout simplement que cette sexualisation du pronom qui n'existe pas,  je vous avais annoncé que je vous en parlerais juste pour effleurer le sujet puisque c'est la mode de distinguer le sexe des mouches, mais qu'on ne s'attarderait pas là-dessus parce que ça n'en valait pas la peine, comme on peut dans un repas se passer de hors-d'oeuvre si vous n'avez le choix qu'entre le pâté du chef qui peut être nocif et la terrine de poisson qui ne passera jamais. Vous voyez qu'on y arrive, c'est seulement une question de patience de la part de l'auditeur (mais oui mais oui, je vous vois - si l'on peut dire - davantage comme des ouailles qui m'écoutent que comme des rats de bibliothèque qui me liraient, et vous avez presque tort, parce que mes bouquins se trouvent pratiquement dans toutes les bibliothèques de France et de Navarre et qu'on ne perd pas son temps à les lire) et de clarté d'expression de ma part. Quand nous aurons bien l'habitude les uns des autres, quand vous serez un peu rodés, quoi , à ma façon de mener ma barque, alors je vous entraînerai dans les méandres de mon discours, ce sera bien autre chose encore et nous risquons tous de nous y noyer. Qu'est-ce que ça peut faire, dites-moi, puisque nous serons ensemble, hein? Retrouvons-nous déjà demain, ça sera beau. Bisous aux mirons de chez le voisin,  remettez-vous, vous l'avez bien gagné. A demain.

                                                                                   Lucette DESVIGNES 

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 10:07
   Vous avez bien noté, j'espère, les trois points annoncés hier en terminant : la sexualisation du pronom, la mention du hors d'oeuvre, enfin celle des choses sérieuses. C'est là notre hiérarchisation du jour. Dans l'ordre : tordre le cou à cette histoire de rivalité dommageable entre le premier et le deuxième sexe, à cette détermination farouche à la parité (une vaste rigolade sur les listes électorales : pourquoi substituer à quelqu'un de compétent ou prétendu tel une bonne femme incompétente sous le seul prétexte qu'elle porte des jupes? - au passage, je souligne que mon critère de discrimination est franchement obsolète, tant pis - mais je prétends que brandir le droit de la femme à être mise en bonne place sur lesdites listes est stupide si le port théorique de la jupe ou du soutien-gorge ne se complète pas par d'éminentes capacités). Bref, cette campagne de nivellement par le haut qui dure depuis quelques décennies, et qui nous a donné de précieux barbarismes (docteure, professeure, écrivaine, auteure, tous en bonne voie d'assimilation par le public qui suit les modes en bêlant) porte indirectement sur l'usage du pronom : non par rapport à sa forme grammaticale (il et ils restent masculins, elle et elles restent attachées au sexe faible - dit faible, plutôt, ha!ha!), mais bien par  rapport à la spécificité de son utilisation. Il y a déjà longtemps qu'on a découvert avec ravissement que Marivaux faisant dans son roman découvrir Paris à sa Marianne cherchait à adopter la vision, psychologique ou réactionnelle, d'une jeune fille. Depuis on a parfois progressé  dans cette voie et c'est une bonne chose. Il a fallu (pour me citer en exemple, mais je ne suis pas toute seule à mériter cette mention) que soit publié mon troisième roman, "Le Grain du Chanvre ou l'Histoire de Jeanne", pour qu'on me trouve une écriture féminine, "Les Noeuds d'Argile" et "Clair de Nuit" donnant résolument des visions d'homme de mes histoires - je vous le dis comme on me l'a dit et redit, mais en buvant du lait parce que c'était ce que je voulais). Donc cette sexualisation de l'écriture existe, on en a déjà parlé abondamment depuis vingt ou trente ans. Qu'en est-il au niveau du pronom? Rien de fracassant apparemment, mais derrière un " il" ou un "elle"  un "elle" ou un "il" peuvent se cacher (c'est comme pour les trains qui s'entrecachent à la SNCF). J'ai donc bien fait de ne pas intituler mon chapitre "De la sexualisation du pronom". Je sais bien que j'aurais fait un tabac, des foules émoustillées se seraient portées sur mon blog, j'aurais enfin fait le plein des contacts. Mais c'eût été racoleur, convenez-en, même si c'eût été parfaitement dans le vent de la littérature contemporaine (et je ne vous parle pas du troisième sexe, j'en suis trop ignorante, mais il paraît qu'on en parle, qu'on en parle!). Je clos donc ce chapitre en vous disant que cet examen de la sexualisation du pronom n'était qu'une porte à fermer à peine entrouverte; nous aurons bien assez de cas d'espèce à observer, je vous les signalerai en temps utile.
     Premier point de notre entretien d'aujourd'hui réglé, donc. Mais c'est déjà le bout de mon espace ! A peine le temps de saluer les chats, demain je continue.
                                                                                          Lucette DESVIGNES                                
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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 11:27
     J'espère ne pas me tromper dans la numérotation de mes épisodes : je panique dès qu'un chiffre, si menu soit-il, entre dans mon champ de vision (vous imaginez ce que ça donne : je ne sais pas compter, je raisonne toujours en anciens francs donc les conversions avec moi se chargent du plus haut comique, je ne peux retenir un numéro de téléphone ou de mail d'une minute à l'autre, bref, au-delà de dix ou onze je suis complètement perdue). Je crois que nous en sommes à "Du pronom 3", c'est peut-être seulement "Du pronom 2", vous rectifierez de vous-même, je vous fais confiance. Si d'ailleurs cette mise en série d'un thème aussi grave vous fait soupirer, allez donc voir sur le site de Madonna si j'y suis. Ah mais!
      Je vous prévenais, hier, que nous attaquerions aujourd'hui de grandes difficultés. En effet, cette troisième personne qui remplace, dans l'expression romanesque écrite, le JE instinctif et profond n'est que l'aspect le plus simple du problème, le premier degré en quelque sorte, ou si vous préférez le premier volet d'un triptyque compliqué (au contraire de la panique qui s'empare de moi devant les chiffres, vous pouvez voir que pour les envolées lyriques et les métaphores hardies je ne crains personne - d'ailleurs, au fond, il n'y a même pas de lyrisme ni de métaphore hardie, c'est moi qui m'emballais gratuitement). Je vais vous en donner un exemple (j'espère qu'il éveillera en vous des échos connus fussent-ils lointains et  plutôt pâlis, ou alors qu'il vous frappera comme une acquisition définitive de votre richesse intérieure). Ainsi, dans "Le Grain du Chanvre" - qui continue sur une deuxième génération la geste des potiers remplacés par des enseignants - le chapitre intitulé "Vacances de Pâques : la dernière promenade", avec comme sous-titre (mais oui, chez moi on ne se refuse rien) "Séverine dialogue avec le silence", évoque la dernière promenade en plein air, au Lac des Settons pour ne rien vous cacher, de la Babouchka (l'ardente petite Jeanne des "Noeuds d'Argile") avec sa petite-fille Séverine. : "A petits pas, à tout petits pas, elles descendaient l'escalier. Elle avait bien conscience qu'elle entourait sa Babouchka comme s'il s'agissait d'un bébé qui commencerait à marcher, elle lui tenait le bras avec autorité, et pourtant ce n'était pas par crainte du verglas, bien sûr au beau milieu des vacances de Pâques exactement comme cette année elle avait déjà vu la pierre des marches aussi luisante qu'une vitre et comme passée au savon" (p.590). Le ELLE de la troisième personne remplace le JE de l'expérience de l'écrivain : Séverine, c 'est moi tout au long de ce chapitre; cette promenade, c'est la dernière que j'ai faite avec ma grand-mère, ce fut ma dernière occasion de la voir. Le JE qui s'imposait irrévocablement dans mes souvenirs d'enfance et d'adolescence pour"Le Miel de l'Aube", puisqu'il s'agissait de mes souvenirs tout nus, détachés de toute interprétation romanesque, n'avait pas sa place ici. J'étais incluse dans le déroulement de la saga, j'arrivais à la deuxième génération d'après Jeanne, j'étais acteur dans cette ultime promenade, je ne pouvais faire autrement, d'abord que d'y figurer, ensuite que d'adopter le principe littéraire de l'écriture. Donc Elle au lieu de Je - mais la position du personnage, l'intention, les remarques accessoires (par exemple l'évocation du verglas présent d'autres années à la même date, pour opposer les raisons d'être du geste de protection - non, ce n'est pas le verglas, c'est seulement que Jeanne est très malade) tout cela s'ancre avec aisance dans le déroulement du récit, sans couac. Le Je n'y figure pas, mais ce Elle qui le remplace est transparent, l'essentiel étant pour l'écrivain  de transmettre les impressions ressenties, pour le lecteur de les ressentir à son tour, probablement à travers les souvenirs de ses expériences personnelles. Ainsi cette accumulation, cette superposition de souvenirs d'expériences vécues tisse entre l'auteur et le lecteur uine communauté de sensations ou d'impressions qui signe l'authenticité du passage. Je vous ai choisi ce passage-là parce qu'il est facile à suivre, mais bien d'autres passages dans mes écrits me représentent, que je l'avoue ou non (je vous ai cité il y a quelque temps déjà - à moins qu'il ne soit resté coincé dans les "articles sauvegardés" de mes débuts si tâtonnants -   ce passage des "Noeuds d'Argile" où Jeanne s'empare avec fougue du vieux chat pour le serrer sur son coeur parce qu'on vient de lui dire qu'il perd ses poils et est plein de puces : une de mes étudiantes, il y a bien longtemps, m'avait écrit que ce geste me trahissait, que c'était indiscutablement moi qui serrais ce vieux chat sur mon coeur... On pourrait instituer un petit jeu à travers mes bouquins : qui c'est, ce "Elle-là?" Je parie que c'est vous  Et qui c'est, ce "Il-là"? Je parie que c'est encore vous... Vous auriez toute liberté de manoeuvre, allez-y si le coeur vous en dit. Avant de quitter ce "Elle" (bou diou, que le temps passe vite quand on fait des choses intelligentes!), j'annonce seulement, en vitesse, avant les politesses pour les minous, que la sexualisation du pronom sera à l'ordre du jour demain, juste en hors d'oeuvre, avant les choses sérieuses. Allez, comme d'habitude, à demain.
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