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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 11:09

Les gestes du personnage, surtout dès les premiers contacts du lecteur avec lui, sont à mon avis  aussi importants que sa taille, la teinte de ses cheveux, la couleur de ses yeux. Ce qu'on doit deviner est tellement plus gratifiant, dans une lecture, que ce qui vous est asséné impérativement... Et chaque geste a une portée, une signification, traduit - voire trahit - un élément de sa personnalité. Ainsi je pense à la première rencontre de Marrain et de Jeanne (j'avais bien entendu totalement oublié qu'il s'agissait avec eux de mon grand père et de ma grand-mère maternels : pour moi ils étaient deux êtres dont la passion devait se mettre en branle dès le premier échange de regards, même et surtout si cette mise en branle était souterraine, ignorée d'eux encore pour quelque temps). La rencontre avait lieu   en dehors du cercle de famille regroupé à la cuisine, autour de la lampe à pétrole. Marrain est allé chercher dans le couloir où il les avait laissés les cadeaux de poterie qu'il avait destinés aux uns et aux autres, histoire de leur montrer son savoir-faire et son imagination de potier qui voudrait sortir  des sentiers battus. C'est donc dans le noir qu'il rencontre Jeanne, arrivant essoufflée de chez sa cousine et craignant de se faire gronder pour son retard. Elle débouche dans le couloir, et lui tient à la main la lampe à essence qui sert lorsqu'on se déplace d'une pièce à une autre. Il vient de déballer un ou deux de ses présents, il comprend qu'il va peut-être lui causer de l'effroi, à elle qui entre en trombe dans ce couloir sans savoir qu'il y a quelqu'un. Alors au lieu de lui braquer la lumière en plein visage - ce qui serait l'aveugler, ajouter encore à sa confusion - il approche la lampe de son visage à lui, afin qu'elle puisse le voir, qu'elle s'apaise, qu'elle ne se sente pas agressée.Ce qu'il dit n'a pas d'importance, elle ne l'a peut-être même pas entendu. Vous êtes Jeanne, bien sûr. Je suis Marrain, je vais rester quelque temps. Nouvelle variation sur l'air de Moi Tarzan, toi Jane - je vous dis ça maintenant, mais je vous assure qu'on n'y pense pas quand on les devine dans l'obscurité de leur couloir. Et Jeanne a surpris

Marrain un genou en terre pour mieux déballer les poteries de la malle - elle le verra donc d'abord de haut,  tandis que lui va pester quelques instants sur cette position qui humilie le mâle en lui. Ce sera pourtant l'atttude qu'il aura toute sa vie auprès de Jeanne, à laquelle il vouera une passion sans limite. Et elle, le souffle coupé, rassurée de découvrir ses traits à lui éclairés par la lampe à essence, garde sans y penser une main plaquée en étoile contre le bois de la porte, l'autre cramponnée à son fichu sur sa gorge : c'est la stupeur, l'expression d'une surprise  qui va jusqu'à l'incrédulité  (la seule chose que Jeanne eût demandée au Père, lors de sa première visite qui organisait le séjour de Marrain à la poterie de Cluny, c'était "Est-ce qu'il est beau au moins, votre fils?" ). Symbole aussi, cette attitude de Jeanne ainsi plaquée contre la porte, de cet attachement au premier amour: par-delà le déroulement de sa vie cahotante, son dernier mot sera le nom du bien-aimé. La couleur de ses yeux, la lampe à essence ne la montrera pas alors, ils auront d'autres occasions plus logiques d'être objet d'attention. Moi j'aime distribuer les effets du physique en fonction de leur rôle. Mais si vous préférez tout recevoir en paquet, en vrac, dès l'apparition du personnage, libre à vous. Il ne vous sera pas difficile de trouver des histoires où la photo des uns ou des autres vous sera offerte en prime. Bonne chasse! je préfère me retirer sur la pointe des pieds en vous chargeant seulement de faire mes politesses aux chats. Peut-être à demain, alors?

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 16:21
Les gens quelque peu au courant de mon théâtre et de sa publication (j'en compte quatre ou cinq, c'est pas si mal, au fond - I'm so easy to please, dit mon amie américaine à chaque instant, je ne vois pas pourquoi je ne reprendrai pas ça à mon compte) verront dans ce titre d'article un gros clin d'oeil à ma dernière pièce, celle parue aux USA au mois de septembre : Encore toi, Electre! Un gros clin d'oeil sonore, la couleur annoncée d'entrée (rien de comparable à ces films où paraît-il il y a des clins d'oeil incessants à Truffaut, à Godard, à Chabrol,à Rivette...- ??? -  ça c'est pour l'étagère franco-française, ou, côté américain, à Ford, à Hawks, à Huston, à Wilder - c'est peut-être moins imperceptible). Donc, gros clin d'oeil, gros effet : Encore toi, Personnage! Dame... Je vous ai déjà claironné qu'on ne devait pas savoir à quoi il ressemblait dès l'abord, j'ai insisté sur son biotope comme sur des adhérences délicates à trancher, vous me direz que ça ne vaut pas la bonne grosse description des familles qui vous dit tout de suite si c'est un avorton qui apparaît ou si au contraire c'est un bel homme. Mais je le dis! je le dis quand il le faut, pas avant. Par exemple, lorsque Jeanne, au repas d'enterrement du Père à Bourg, a entamé avec M. Barandelle une conversation décisive, elle ne fait attention - et c'est normal - qu'au son de sa voix grave. C'est lorsqu'il la quittera, avant la fin du déjeuner qui traîne, qu'elle remarque comme il est grand. Est-ce que ça ne nous suffit pas de le découvrir peu à peu, comme elle le fait, sans aller plus vite qu'elle? Maintenant si vous tenez à tout prix à savoir, dès la première rencontre dans un roman avec un personnage mâle ou femelle, ce qu'il a de bien et de pas bien, pourquoi ne pas non plus lui attacher au cou une pancarte avec l'énoncé de ses qualités morales? Attention! çui-là c'est un méchant, un fourbe, un sadique. Celle-là c'est une pauvre fille, elle a pas d'énergie, elle a pas de squelette, elle va se faire avoir à tous les coups, et çui-là encore c'est un brave garçon, y va se faire rouler dans la farine, pas assez méfiant avec ses beaux yeux noirs et ses cheveux frisés, et la belle-mère, là, avec ses lunettes et son chignon, une vraie belle-mère tiens donc, on peut s'attendre au pire rien qu'à la regarder.... En plus, quand on vous décrit un détective que vous allez retrouver dans d'autres bouquins, c'est bien de lui donner un signe distinctif : par exemple une mèche qui a repoussé blanche au milieu de ses tifs couleur corbeau depuis qu'il a reçu sans en mourir un coup de couteau à la tempe, et si en plus de ça il est fait allusion à sa femme qui est muette c'est parfait : d'un livre à l'autre vous avez l'impression de vous retrouver en territoire connu. Et alors? Qu'est-ce que ça vous apporte? Est-ce que ça explique l'insistance à décrire le physique du gars de la morgue, du médecin légiste appelé sur place, du témoin, de la maîtresse du mort? Je vous dis ça en catastrophe à propos d'un polar, car c'est souvent dans les polars qu'on a cette pléthore de portaits de gens qui apparaissent pour une seule petite prestation et puis qui disparaissent parce qu'en vérité ils n'avaient rien d'autre à faire dans le récit, mais combien de romans prétendus littéraires vous peignent des portraits léchés pendant lesquels vous vous ennuyez mortellement? Vous me direz qu'il faudrait juger sur pièce : je n'en disconviens pas, c'est une bonne méthode pour raison garder. Mais vous devriez aussi me dire, vous, si vous me suivez dans mes exemples. Cinéma, théâtre, romans des autres ou de moi, j'aimerais être sûre que ça suit, derrière. Sinon, à quoi bon, mes belins-belines? Allons, une petite caresse aux minous qui attendent, et à demain.
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 09:30
On va tâcher d'avancer sur le personnage. Si vous trouvez que ça ne va pas assez vite, c'est bien votre faute : vous n'avez qu'à me demander des comptes, des modifications, des retouches. Vous savez bien que je ne serais que trop heureuse de me plier à vos desiderata. Mais je ne vais pas remettre ça à chaque instant : tenez-vous le pour dit! Si ça n'avance pas au rythme souhaité, c'est vous qu'il faut blâmer. Davantage de portrait, davantage de biotope, moins de bavardage, plus de solide - à vous de voir et de demander. Moi j'obéis, et si vous saviez comme j'ai le caractère bien fait, docile et tout et tout vous en seriez attendris. Donc le portrait du personnage : si vous avez bien retenu le message de mes commentaires, vous connaissez déjà mon aversion pour la peinture en pied des individus arrivant dans un récit. Dans un roman que je suis en train de lire tous les soirs, j'ai pu vérifier le bien-fondé de mes préceptes (encore que je ne sois pas sûre du tout que l'écrivain   ait pu les connaître voire s'en inspirer - c'est une rencontre de génies, tout simplement). Ainsi, on est en compagnie d'un individu, plutôt sympathique d'ailleurs, depuis presque le début du roman, on sait seulement qu'il est souple et sportif puisqu'il s'entraîne à être acrobate et équilibriste, et c'est seulement parce que sa partenaire médite sur leur étrange liaison qu'elle le considère de près et, donc, qu'elle voit ses traits et, donc, que l'écrivain se juge autorisé à les décrire. J'aime cette démarche; elle correspond si bien à la vérité de nos gestes et de nos découvertes, en relation avec l'intensité ou l'indifférence de notre attention aux autres...Les scènes à faire, au théâtre comme dans le registre romanesque, sont toujours un peu grotesques, comme s'il y avait des règles de fabrication de l'écriture. Ici il ne s'agit de rien de tel; au cinéma ce serait le moment d'un gros plan, alors que jusqu'à présent on n'aurait vu l'homme que de loin. Le cinéma pourrait nous enseigner beaucoup de choses, des vérités comme des trucs, des allures comme des façons de faire; il peut analyser la vérité des actions et des sentiments avec une grande finesse, voire une originalité bienvenue - il faut savoir chercher et trier, bien entendu; mais c'est une règle générale que cette activité de sélection qui nous est dévolue. Et le portrait lui-même, mâle ou femelle bonnet blanc blanc bonnet tout pareil la même chose, n'a pas intérêt à être déroulé dans son entier sous prétexte qu'on en est là. Je pense par exemple à ces yeux si clairs de Leni, dans "Vent debout", qui sont si pareils à ceux de la mère de Wollef, à tel point qu'il peut passer de l'une à l'autre dans ses évocations, les taches de son de Leni aidant seules à la différenciation; ou encore à ces cheveux si blonds du fils et du père,  qui permettent la superposition des images dans le trouble de la mère lorsque le père lui impose le dimanche soir la loi du seigneur - et un dimanche de Pâques, en plus... La forme du nez, la proportion du front, l'implantation des oreilles n'ont rien à voir avec l'importance subjective du regard ou de la chevelure au moment où l'attention, d'ailleurs stimulée par le désir (c'est le moment d'en tenir compte, de celui-là), se fixe sur lui ou sur elle. J'étais bien partie, hein? Eh bien voilà quand même la fin de mes palabres qui se profile à l'horizon. Rester sur votre faim jusqu'à demain, ça n'est pas terrible quand même, si? Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que vous me donnez à crier tous ensemble que vous aurez du mal à laisser passer le temps jusqu'au prochain entretien. Voilà comme je vous souhaiterais tous, mes belins-belines. Demain, nous allons démarrer en laissant pour cinq cents francs de gomme sur la piste, tombeau ouvert pôle position pas le temps de feuser on est déjà arrivé. Vous n'aurez qu'à bien attacher vos ceintures. Mais pour ce soir n'oubliez pas les chats. A demain.
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 16:51
Oui, je veux encore vous parler du personnage, mais juste avant j'ouvre une parenthèse (toute petite, promis juré) pour vous exprimer mon étonnement devant une option qui a semblé s'être offerte à moi au hasard de tâtonnements sur ce blog non encore totalement apprivoisé par mes soins. Par curiosité, j'allais flâner du côté de mon profil, c'était intéressant de découvrir ce qu'on savait de moi. Eh bien, mes belins-belines, grosse surprise! Je me suis vue en photo! Du diable si je me rappelle avoir donné mon portrait, moi dont chaque séance de pose dresse les petits poils tout le long de ma moëlle épinière, moi qui suis capable à distance de faire louper une couvée de singes! Oui, une photo de moi! sur le blog! Et, autre surprise, elle se tient tranquillement blottie sur ce territoire du profil que jamais personne ne va consulter, certainement. Elle se tient là en réserve, qui donc ira la voir? C'est le gros ébahissement de la journée, peut-être même de la semaine. Mais peut-être qu'il y a dans cette administration du blog si invisible elle aussi (sauf qu'elle m'annonce de temps à autre que j'ai un commentaire, mais toujours sans se montrer) une sommité qui contrôle, qui trie, qui surveille... Auquel cas on a charitablement décidé de reléguer cette photo dans les catacombes, de crainte de décourager définitivement mes lecteurs. Pour une fois que la suprise n'avait pas été trop désagréable! C'est vrai, je ne me trouvais pas trop mal sur ce cliché, on voyait surtout l'étalage de mes livres devant moi, j'étais au fond, pas trop de détails visibles, ça pouvait passer. Mais après tout, s'ils ont jugé qu'il valait mieux épargner la sensibilité des flâneurs de passage sur mon blog, ils ont sans doute eu raison. Fin de la parenthèse (vous remarquerez qu'elle s'est déroulée sans signes graphiques autres qu'adventices, c'est que j'ai l'art de la manier).
     Bon. J'ai l'air d'avoir perdu du temps, en réalité c'était encore de portrait qu'il s'agissait. On va donc pouvoir reprendre sans besoin d'une autre transition le fil du discours, passablement sinueux je vous l'accorde mais avec moi au gouvernail vous n'avez pas besoin d'avoir peur. Droite dans mes bottes, Je garde le cap, Allons de l'avant : je vous ai déjà dit que toutes ces belles formules me convenaient, même si je ne suis pas aussi célèbre que les losers qui les ont fièrement prononcées à la télé (ah! cette télé, mais qu'est-ce qu'on ferait donc, qu'est-ce qu'on serait donc, si elle n'existait pas? pauvres de nous, je n'ose y penser). N ous parlions du personnage. Et je vous avais démontré qu'il n'était en rien nécessaire de savoir dès l'entrée si le héros était frisé ou si l'héroïne avait les yeux bleus. Restes de dévotion à Balzac ou désir de tout de suite remplir un quart de page avant d'aller plus loin : les deux raisons sont possibles mais à mon avis guère plus acceptables l'une que l'autre. J'avais une fois, dans un bouquin qu'on m'avait proposé comme modèle (et c'était un éditeur, bouic!) suivi pendant plusieurs pages la description d'une loge de concierge, je m'étais bien ennuyée mais au moins je pensais que la concierge allait jouer un rôle dans l'intrigue, eh bien pas du tout! Une fois les clés obtenues, et peut-être aussi quelques renseignements sur les habitudes du locataire décédé, on n'avait plus fait la moindre mention de la bonne femme. Je me suis toujours demandé si le modèle ne m'avait pas été sournoisement proposé pour m'apprendre à écrire des pages sans objet, qui sont là juste pour permettre à une histoire de prendre place dans une collection de gros polars. Et qu'il se soit agi de P.D.James n'arrange pas nos affaires. Surtout pas non plus notre entretien sur le portrait : je reprendrai demain, car je devine que vous allez m'accuser de ne pas avoir parlé de portrait chez cette concierge, mais tout simplement de son biotope. Il y a beaucoup à demêler sur ce point. je me concentrerai dessus dès demain. Ne faites pas sortir vos chats cette nuit : il y a beaucoup de vent, le vent leur diminue les capacités d'appréciations des vitesses des autos, c'est par les nuits de vent qu'ils se font écraser, fermez-les bien cette nuit. Mais après tout, ce que je vous en dis... A vous de voir. 
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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 10:34
C'est un beau titre, pour une fois : on dirait du Pinget, c'est tout dire (Pinget, oui : si vous ne connaissez pas, vous auriez intérêt à vous documenter). Un des grands de Minuit ancienne formule : Claude Simon, Samuel Becket, Robbe-Grillet, Butor, peut-être même Sarraute ou Duras (mais moi je suis pas fan de ces deux dames, c'est peut-être parce que j'ai toujours préféré la compagnie des messieurs, c'est bien possible). Un beau titre, donc - mais tout dépend de ce qui va trouver place entre les deux couvertures, comme on dit en anglais (et, naturellement, à supposer que le tout soit agencé comme une chose publiable avant même de tenter d'être publiée : en matière de texte à lire, il y a loin de la coupe aux lèvres, je ne vous apprends rien). En fait, le personnage (avec ou sans son biotope, ça c'est un autre sujet) n'existe pas dès le démarrage de votre histoire. Vous le sentez en vous, bien entendu, il est là,  tapi, muet, presque comme une tumeur bénigne, comme une petite induration, si vous appuyez un peu il va se mettre à vous gêner. D'ailleurs, si vous essayez de le négliger, si vous faites comme si vous n'aviez pas vu qu'il guettait votre regard, il va se mettre à s'agiter, à prendre du volume, à vouloir sortir. Vous ne pouvez que laisser faire. Et il finit par vous apparaître, pas encore grandeur nature, encore très marqué par ses zones d'ombre, se dissimulant à votre curiosité. Furtif, farouche presque. Vous ne voyez pas son visage  - et pourtant, calculez un peu le nombre de romans que vous avez lus qui vous infligeaient le portrait des individus au fur et à mesure qu'ils apparaissaient dans le récit : pour certains auteurs c'est une manie que cette sage application des principes balzaciens, dans la lignée des "sourcils à racines perdues" (?? on frissonne d'avoir à rencontrer ça dans un thème d'agrégation) ou des mensurations en pouces du mollet du Père Grandet, mais pour certains autres -  pas forcément les meilleurs oh là là -  cela occupe de l'espace, et s'ils ne savent pas pour eux-mêmes la couleur du poil, la stature, le poids, le teint, on les sent malheureux, aliors qu' une fois le portrait bien avancé ils ont l'impression que l'histoire avancera du même pas . Gageons que vous aussi, la plupart du temps, vous êtes bien contents quand on vous précise à quoi ressemblent les individus mâles et femelles qui surgissent tout d'un coup dans les paragraphes de ce que vous lisez. Ce doit être la fréquentation des magazines des salons de coiffure qui vous a formés intellectuellement, ma parole : pas une ligne de texte sans son image, on peut même se passer complètement de lire le texte du moment qu'on a vu de qui il s'agit (mais on sait tout sur le mâle ou la femelle : tour de taille, tour de poitrine, longueur de jambes, renflement des deltoïdes, musculature des pectoraux, accessoirement aussi le début ou la fin des liaisons avec l'ivresse ou la consternation les accompagnant - "Entre eux deux c'est fini!" ou "Sera-ce la grande passion cette fois-ci?" - si c'est là que vous tirez vos principes de lecture donc votre goût pour la lecture des romans, eh bien à la bonne vôtre! Vous ne méritez même pas que je vous entretienne de la naissance du personnage, je ne reprendrai que demain tant je suis découragée de vous amener à quelque chose. Il me reste juste la force de saluer vos chats. A demain, je vais tâcher de vous retrouver mais, vous savez, ce sera un  gros effort de ma part, et seulement parce que j'ai le sens du devoir bien enraciné. Je vous parlerai encore du personnage, si vous voulez vous abstenir, faites, faites...
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 11:05
     Je ne sais si vous connaissez cette impression pénible d'écartèlement entre deux sollicitations. Entre deux devoirs peut-être - vous vous sentez tiré à hue et à dià, ici vous lever pour donner à manger aux chats qui feulent et tortillent du croupion et viennent voir dans votre chambre ce qui se passe ce matin (c'est un devoir envers eux), là vous prélasser parce que c'est dimanche, que personne ne viendra vous voir de toute la journée, donc que vous êtes totalement libre de traîner en robe de chambre si le coeur vous en dit (c'est un devoir envers vous-même). Il peut aussi, je vous le concède, se produire des instances plus tragiques : par exemple, avoir à choisir entre les obsèques de votre voisin sur place (finalement il vous était bien indifférent) et celles d'un vieil ami (mais on l'enterre au fin fond de la Creuse et vous êtes sans voiture). Ou encore, et c'est plus réjouissant seulement en théorie, écartelé entre deux mariages : le même samedi, le fils d'amis au début de l'après-midi au nord de Dijon, et dans le Beaujolais le fils d'amis en fin d'après-midi. Si vous réussissez à tout faire (et j'imagine que vous vous appliquerez davantage pour faire les deux mariages plutôt qu'assister aux deux enterrements), bravo! Se retrouver entier, oui je dis bien l'étirement terminé, les deux morceaux recollés, la conscience satisfaite, c'est alors une jouissance mémorable. J'ai connu, avec consternation, le cas d'un ami très cher dont la fille se mariait dans l'Utah le jour même où se mariait le fils de sa nouvelle femme au nord de l'Ohio - pas question de recourir à l'avion, il avait fallu trancher, et cette fois-ci la décision avait été cruelle à prendre.
     Ce dont je vais vous entretenir est certes moins chagrinant, mais tout de même. Je suis écartelée entre deux '(j'élague pour faire bref, mais en vérité c'est un écartèlement à la roue, chaque membre tiré par un  cheval, donc quatre membres, quatre chevaux, écartèlement deux fois plus important) entre deux, dis-je pour faire bref, tâches aussi urgentes l'une que l'autre. D'un côté cette supervision des textes traduits pour la publication en anglais chez Mellen, avec méthode différente de contact pour chaque traducteur : livraison en vrac brut de décoffrage ou travail léché assorti de questions relevant de la syntaxe ou de l'arrière-plan culturel (vous sauriez traduire Ouf Merci Aspro! au débotté, vous?) . De l'autre cette nouvelle qui veut voir le jour, qui me harcèle comme un furoncle en formation dans un endroit sensible, qui s'impose à moi en traits fulgurants (on doit bien dire "en éclairs fulgurants" à la télé, j'en fais le pari), qui vient par la traverse à chaque instant alors que je suis plongée dans d'autres vieux textes - ce qu'on traduit de moi ce sont des textes publiés   en France depuis longtemps - et qui me bouscule sans ménagement. Je n'ose pas vous en parler dans le détail, d'autant que je ne sais pas encore vraiment où la future va m'emmener. Mais vous seriez étonnés de voir comme mes gugusses (sont-ils déjà des personnages? peut-être bien que oui, finalement) se meuvent dans leur biotope (coucou! le revoilà!) avec des adhérences perceptibles non seulement à l'oeil mais surtout au toucher.Je vous en dirai plus dès demaiin  si vous m'êtes fidèles, Caressez les minous, vérifiez la fermeture de vos portes, bonne nuit.
                                                                                                         Lucette Desvignes
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 14:42
J'ai encore dans l'oreille le ton de Desproges - calme, désabusé,  meurtrier - lorsqu'il disait  "Marguerite Duras n'a pas écrit que des conneries; elle en a aussi fait des films" . J'aimerais pouvoir le prendre - ou quelque chose d'approchant - pour dire à propos de la télé que de temps à autre, quand la lune s'est renouvelée au beau ou que les coquecigrues reviennent dans leurs nids,  on peut y apprendre des trucs. Ainsi moi (et c'est parce que je suis toute fière de ces découvertes que je fais de la pub pour la télé) ainsi moi j'ai vu, de mes yeux vu, et entendu, de mes oreilles entendu, que le commerce des montres haut de gamme n'avait pas souffert de la crise le moins du monde, bien au contraire. J'aurais pensé qu'avec la quantité de montres de tout poil et toute couleur qui se trouve distribuée à chaque achat sur catalogue l'horlogerie au contraire avait eu toute chance d'en prendre un coup. Mais, mes belins-belines, c'est tout simplement qu'on ne parle pas des mêmes articles, vu qu'on n'est pas tous du même monde. Moi je me contente (et je dois même dire que le plus souvent j'en suis heureuse comme tout, un vrai pou sur une vieille cravate) de ce que l'un ou l'autre de mes catalogues m'offre  en "cadeau gratuit" (nouvelle parenthèse : depuis les cadeaux bonux on a admis le renforcement sans peur du pléonasme, ces  cadeaux- là sont gratuits, puisqu'on vous le dit, c'est pas comme les autres). Une montre avec sa pile "fournie" , vous n'avez qu'à décoller le plastique qui recouvre le verre - protection, protection - et libérer le remontoir pour mettre l'heure exacte à votre cadran. Tic tic tic, ça se met en marche, vous en avez pour quinze mois (en théorie ce serait dix-huit mois côté pile, mais le bracelet de la montre rend l'âme avant elle). Parfait : quinze mois ça me convient, tous les quinze mois j'exhibe une montre neuve, j'en ai toujours une en réserve qui attend son heure et cependant j'en ai déjà donné généreusement. C'est vous dire que je n'ai pas de bijoutier attitré, ne me demandez pas les noms des célébrités dans le genre. Eh bien j'en ai vu, j'en ai vu sur les étranges lucarnes... A en rester éberlué pour un bon bout de temps. Je dois dire d'ailleurs que ça n'était pas vraiment les montres qui me fascinaient : moi je m'emberlificoterais plutôt au milieu de tous ces cadrans, pour l'heure pour la date pour la température ambiante pour les prévisions météorologiques, probablement pour tout un tas d'autres choses encore que je n'ai pas suivies ou comprises. Mais ce sont les prix, mes belins-belines! Les prix que j'ai entendus! Des prix pour des cadeaux qui ne pouvaient être offerts à leurs mousmés que par des parachutés en platine, en revenant du verre de l'amitié qui saluait leur départ à la retraite avec du biscuit plein les poches (j'espère au moins que pour cette émouvante fête de famille les ouvriers ne s'étaient pas cotisés pour ajouter leur petit quelque chose au présent destiné au patron démissionné ou démissionnaire, histoire de lui témoigner leur reconnaissance pour les services rendus en haut de l'échelle et avant de recevoir leur feuille de licenciement en bonne et due forme).Je croyais mal entendre, eh! bien non. Le pire (oh oui, autorisez-moi à dire le pire) c'était quelque chose comme deux millions d'euros, rien d'étonnant à ce que le vendeur ait refermé sa vitirne à double tour après l'avoir montré aux téléspectateurs. Quand je vous le disais, qu'à la télé des fois y a quelque chose à ne pas louper. Allez, à demain, bonsoir à tous, bonsoir aux chats.
                                                                                                    Lucette Desvignes
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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 09:48

Cette formule si difficile à orthographier pour le clavier français (il eût fallu un circonflexe renversé sur le a final, pour bien faire, pour l'empêcher de se prononcer a comme chez nous) m'est parvenue de Roumanie, sur une petite carte de Nouvel An. Fla nquée, bien sûr, de deux chats adorables, chatons encore, angoras, l'un blanc et l'autre gris - bref, l'amour. Et le sens est inclus, "Toujours ensemble!". Belle trouvaille pour symboliser l'amitié, perpétuer la reconnaissance, proclamer la tendresse indéfectible. J'aime la laisser trôner sur mon bureau, tout contre mon clavier  sur lequel je m'active tant d'heures dans la journée (c'est vrai : moi qui étais si rétive au progrès, qui méprisais le rendement informatique tant que j'avais mon bloc et mon bic, qui prétendais même que le processus de l'écriture ne serait pas le même si je cédais à la tentation de l'ordi, me voilà accro, pour parler comme les jeunes branchés! Dans mon entourage on a tout fait pour me dissuader de me lancer dans cette entreprise de rénovation de mon expression : je n'aurais jamais la patience, la présence d'esprit, la compétence technique, je mouillerais ma chemise heure après heure dans les premiers temps, certes une fois qu'on est bien rodé ça peut être merveilleux l'informatique, mais pour atteindre à ce niveau-là, il faut bien reconnaître la vérité : beaucoup d'appelés, peu d'élus etc. etc... jusqu'au jour où, telle la chèvre de fort tempérament, j'ai décidé toute seule de me lancer,  d'où l'achat, l'installation de manière à ne pas restreindre l'espace vital de mes chats, l'apprentissage, les tâtonnements, les transpirations abondantes, les occasions de désespoir, les envies violentes de tout envoyer par la fenêtre. Et puis finalement, mes belins-belines, le contact avec vous, palier terminal succédant à nombre d'étapes intermédiaires et progressives avec avancées, reculs navrants, folle gloriole, accablements profonds, bref, la vie en raccourci, la frappe de mes textes en beauté avec d'insouçonnées facilités de disposition et d'arrangement, les problèmes à résoudre - seule ou avec le dépanneur, brave jeune homme si dévoué - et les mystères qui résistent à toute analyse logique, si compétent que soit l'homme de l'art). Ouf! Je ne clos la parenthèse qu'ici, bien à sa place, contenant un développement logiquement déroulé   de A jusqu'à Z : qu'on ne m'accuse pas de ne pas savoir comment gérer mes parenthèses, je le prendrais fort mal je vous assure. Maintenant, qu'on m'accuse d'aimer les parenthèses, d'en user, voire d'en abuser, ça c'est une autre paire de manches, je vous laisse totale liberté de m'en gourmander - étant bien entendu qu'il résulte de nos accords   la totale liberté de mon côté d'en user et abuser jusqu'à plus soif.
   
Vous voyez déjà la confiance absolue que je mets en vous. Me voilà qui parle d'accords, comme si vous aviez une consistance autre que celle d'ectoplasmes! Je vous prête des intentions qui, même si elles supposent la protestation, le mécontentement, la rouspétance, supposent du même coup entre nous des liens de fidélité à la conjugale (vous savez bien : joug accepté pour la vie, grommellements autorisés, conflits). C'est que j'espère bien vous retrouver demain : de toute façon, si vous êtes indisponibles ou inexistants,  j'ai assez d'imagination pour vous recréer. Je vous vois là devant moi, foules mêlées et attentives, assez fanatiques pour avaler les parenthèses que je vous inflige - d'ailleurs, vous savez, quand on arrive à la fin de la parenthèse, c'est exactement comme quand on arrête de se donner des coups de marteau : c'est un merveilleux soulagement. Allez, bon courage pour la journée - 'elle a encore le temps de vous agresser sauvagement; si ça doit se faire, d'ici au coucher du soleil - et bonne nuit par là-dessus, après les mamours aux chats bien entendu.
                                                                                                                                    Lucette Desvignes

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 11:34

Le numéro 13 de la revue "Studies on L.D. and French Contemporary Literature" - donc   année 2003, facile à calculer - portait comme titre cet emprunt à l'un des derniers livres de Georges Duhamel . Vous voyez où je veux en venir : c'est la suite logique des derniers entretiens qui touchaient aux bêtes et insectes divers éparpillés ça et là dans mes bouquins. Les critiques universitaires blanchis sous leur armure de chercheurs en écriture et localisant leur quête entre mes nouvelles et mes romans ont eu pour la réalisation de ce numéro l'occasion d'analyser le fond et le tréfonds de mes liens avec ce monde animal et végétal auquel je me sens rattachée de toutes mes fibres. De même que je ne pourrais envisager de vivre sans chats ni jardin ni plantes en nombre dans les trois pièces entre lesquelles je me partage, de même je ne pourrais me passer d'en parler lorsque j'écris. Je ne le fais pas exprès, en accomplissement docile d'un principe de fabrication de l'écriture romanesque qui depuis les grands classiques du XIXème impose la présence de la nature (pratiquement toujours sous l'apparence de "la scène à faire") au moment des paliers important de l'action ou de l'intrigue.  Je ne suis aucune règle, non mais des fois! Je suppose qu'après avoir passé une existence universitaire à tripoter la littérature d'autrui (et, mes belins-belines, vous m'entendez bien, de tout le monde : les grands les très grands les ratés les médiocres les figurant sur les listes d'estime on se demande bien pourquoi, tous je vous dis, tous, et de tous les pays où la civilisation de l'écrit a fini par triompher de la civilisation de l'oral - c'est vous dire si ça remonte à loin) après cette accumulation de strates où l'ennui accompagnait souvent l'enthousiasme de la découverte, vous comprenez que je n'aie plus besoin de principes de directives de règles, ni même de dérogations qui impliqueraient que je m'oppose à une règle. Non, je ne me plie docilement à rien du tout. Il y a en moi un fond de classicisme, de mesure peut-être, qui suffit à donner du poids à ce que j'écris, et tout le reste est littérature...Je peux donc me lancer dans le lyrisme avec un total élan, il reste fondamentalement terrestre, terrien même devrais-je dire (et là je ne peux m'empêcher de penser à Wollef débarquant aux Amériques, puis surtout s'installant en Pennsylvanie, en terrien, heureux du contact avec la terre l'herbe la forêt les collines la rivière, plein d'une rancune tenace contre l'océan, ce lieu des tempêtes et de l'incertitude, de l'infini monotone, de l'instabilité, de l'emprisonnement, de l'impuissance humaine; il y a beaucoup de moi qui est passé dans ces pages, il paraît que cela se sent, m'a-t-on dit à plusieurs reprises). Vous voyez qu'à un détour de chemin près on va retomber sur le biotope. Quand je vous disais qu'on en reparlerait, de celui-là....

       Mais pas aujourd'hui si vous le voulez bien. Je n'ai naturellement pas d'autres chats à fouetter  que     cette apostrophe quotidienne à des auditeurs-lecteurs totalement invisibles donc aléatoires et hypothétiques (vous voyez si j'ai du vocabulaire, hein? prenez-en de la graine, vous qui êtes peut-être là) - ou qui n'êtes pas là , auquel cas ce serait bien le moment de présenter mes civilités à votre chat si y a personne chez vous. A demain si vous n'avez rien de mieux à faire.
                                                                                                                                 Lucette Desvignes

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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 09:59
Et aussi dans mes textes, oui, c'est tout plein de bestioles. Non seulement les chats et les chiens, mais également des insectes. Je ne parle pas simplement des contes de Noël, qui par définition (et rarement mettant en scène le père Noël de la tradition) sont remplis de chiens et de chats auxquels ils donnent la part belle (et avec des chevaux aussi, des bêtes de zoo ou de ménagerie - toujours pour les plaindre, naturellement - et même une fois avec des ratons-laveurs), mais des autres textes, romans ou nouvelles, où les bêtes (puisqu'on les appelle comme ça : on n'est pas obligé de mettre dans l'intonation une nuance de mépris, on peut même au contraire y mettre tout le lait de la tendresse humaine, comme disait le grand William autrefois) sont présentes, en compagnes fidèles voire comme centres d'intérêt. Ainsi à  côté de Pépère, le compagnon de Marrain si plein d'intuition, à côté de Tambour le vieux chien de l'auberge d'Antoinette, à côté du Gris ou de Cadet, les petits bidets si pleins d'entrain sur les routes de la Bresse ou du Clunysois, à côté de ce vieux chat mité que Jeanne serre avec emportement sur son coeur quand on lui dit qu'il est plein de puces, il y a Fusil et sa manière à lui de détecter les vampires, il y a la scolopendre -  la bestiole à laquelle il ne faut pas d'eau, à ne pas confondre avec la fougère qu'il faut arroser d'abondance...Il y a la chienne de Pompéi, la pathétique moribonde à laquelle personne ne prête la moindre attention alors que tous les touristes s'apitoyent et mouillent leur larme sur la chienne de plâtre du musée du volcan. Il y a le chat blanc, il y a le chat triste, il y a la chatte anonyme...Y en a-t-il, y en a-t-il, chantonnerait Pinget de nouveau. Permettez que Pinget se mêle à mes récapitulations certainement incomplètes. C'est que je suis plongée dans la révision des traductions en anglais qui vont constituer le troisième volume de l'édition américaine des contes et nouvelles dont le cinquième tome doit voir le jour fin décembre : alors, imaginez un peu, des animaux, j'en vois de toutes les couleurs, puisque ledit volume sera intitulé "Talking with the Animals", d'après une chanson à succès... Et mes "Petites Histoires naturelles" où un soupçon d'ironie à la Jules Renard assaisonne chacun de mes minuscules poèmes grouillent de bestioles de tout poil, même celles sans poil, les grenouilles, les moustiques, les dityques, les bourdons, les fourmis, les coccinelles, la couleuvre, le merle, la loutre... (pardon! emportée par mon élan, voilà que je dépouillais déjà la loutre de sa fourrure, comme s'en rendent coupables les dames de la bourgeoisie). J'en mettrais bien volontiers d'autres, mais ce trou d'eau au fond de mon jardin n'est pas si grand que ça : voyez-le dans le détail, vous verrez ses limites, et si je parle de bébés porcs-épics c'est uniquement parce que je pense à eux quand je vois mes bébés hérissons, n'allez pas croire que mon trou d'eau ressemble à un marigot, non il est tout ce qu'il y a de bourguignon. Je ne suis pas allée au pays des baobabs ou des arbres bouteilles, mais je crois que j'entrerais en agonie si je ne voyais plus par ma fenêtre, tout en pianotant sur mon clavier, de l'herbe, des arbres, des arbres, des arbres. C'est pourquoi les forêts canadiennes me parlent, elles sont si pleines de fraîcheur, de verdure, de solitude. La Baxter wilderness, par exemple, dans le Maine je crois, est le lieu de la sylve primitive où vous comprenez que les Indiens puissent y révérer le Grand Manitou : c'est bien là le seul endroit que je connaisse où l'on sente le Grand Esprit se mouvoir au-dessus de la forêt  tout juste créée.
   Eh bien, mes belins-belines, si je me mets à devenir métaphysique, où allons-nous, mais où allons-nous? Vous, au fond, je ne sais pas. Mais moi je dois viser le rectangle jaune-orangé qui veut dire "Imprimer l'article", et avant, bien entendu, je vous salue et vous dis A demain. Les chats, les chats...surtout ne les oubliez pas.                                                   Lucette Desvignes.
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