Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 12:17

LE VOILE SE DECHIRE...

 

·      De même qu'avec des petits riens de ma vie - souvenirs menus, images bien ancrées, sensations diffuses non  effacées - enlacés aux réflexions incessantes sur ce que cette vie a bien pu être, j'ai fabriqué mon ouvrage dernier si dissemblable des autres, de même je vais tâcher de réunir aujourd'hui, mes belins-belines, toutes ces allusions faux tuyaux semi révélations de secrets affleurant voire presque sautant aux yeux dont je vous ai agacés depuis des mois. Derrière nous les tentatives, essais, amorces d'idées, schémas de projets peu prometteurs, méditation sur les structures d'un roman qu'on veut écrire sans savoir ce qu'on va pouvoir mettre dedans, donc proposer à l'attention des lecteurs ! Derrière moi l'attitude du chien du jardinier, comme disait mon père vigoureusement, qui peut pas y faire mais qui veut pas que les autres y fassent ! C'est fait, le but est atteint, l'objet a pris forme, couleur et vie, il ressemble enfin à quelque chose, même s'il a dû se constituer en plusieurs étapes. C'est un livre, c'est mon dernier livre (encore heureuse d'avoir pu le mettre au monde à quatre-vingt-quatorze ans), celui que je laisse derrière moi avec soulagement parce que c'est ma voix que j'y ai enregistrée. Vous l'entendrez si le coeur vous chante, histoire peut-être de chanter avec moi, sinon avec les paroles, du moins en continuum affectueux, en basse continue délibérée. Laure à l'oeuvre, ça  s'appelle. Parce que Laure,   c'est moi  : c'est la belle découverte des dernières pages du livre, mais je ne gâche rien pour quiconque voudra savoir à quelle sauce il va se faire man- ger.

Partager cet article
Repost0
27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 19:10

ANNONCES DIFFEREES

 

         

          Vous avez sans doute remarqué, si vous êtes des habitués du théâtre (mais même avec  ce piètre "Au Théâtre ce soir"  de la télé on ne vous prive pas de la traditionnelle annonce) qu'avant un imminent lever du rideau le brigadier, dans les coulisses, frappe ses trois coups avec générosité et sévérité, histoire de faire taire tous les bavardages ou bruits incongrus (il est bien vrai qu'au théâtre personne ne mange de bonbons comme il était encore coutume de le faire il y a peu au cinéma, donc on n'a pas à craindre les froissements de papiers, mais il y a toujours les raclements de gorge de dernière minute qu'il faut susciter et éteindre dans la foulée). On dit les trois coups, mais le brigadier ne ménage jamais sa peine et le soupir collectif est parfaitement perceptible lorsque, sur la vibration appuyée qui signe la clôture de sa fonction, le rideau s'ouvre majestueusement ou se lève avec la même dignité : vous voilà désormais dans un autre monde, on ne vous a pas pris en traître. Ces trois coups multipliés à loisir pour mieux faire naître les frissons de l'attente me rappellent quelque chose. Depuis des semaines et même des mois, je vous ai annoncé une surprise '(qui n 'en serait peut-être pas une, ai-je dit), un petit événement, une parution qui pourrait doubler nos rapports habituels et qui se pourrait parfaitement laisser de côté, mes belins-belines. C'était déjà en existence, même sans que les finitions soient faites, puis l'existence devenait implantation. C'est un fait, mes agneaux : le livre est publié, couverture et intérieur, tout complet, quoi, prêt à être lu. Vous avez pu en grignoter des morceaux au passage, mais maintenant vous allez pouvoir carrément y porter la dent, si toutefois le coeur vous en dit  -  ou comme on dit si joliment en Italie : "Se non piove e se non tira vento"... en faisant dépendre les décisions de bien des choses...

Partager cet article
Repost0
26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 08:50

CONTRADICTION (pour samedi 23 mai) :

 

          Pour un peu, je finirais par croire que j'ai l'esprit de contradiction, même après l'avoir sans révérence toujours épinglé chez ma chère mère (quand mon père voulait nous emmener en vacances à la Mer de Glace, il devait longuement vanter les mérites et agréments des plages atlantiques de manière à orienter le débat dans la direction tordue où il allait se conclure). On l'a d'ailleurs facilement dans la famille. Et avec l'âge, si j'en juge par les exemples dont je garde la mémoire,  la tendance serait peut-être de s'atténuer, tout au moins de ne pas se cramponner à une position à défendre avec bec et ongles. Sans doute aussi la relation distendue avec la conscience du temps dont je constate chez moi la pratique fréquente aide-t-elle au phénomène : ce n'est pas la première fois que je laisse sournoisement passer un jour de blog alors que, tel ou tel chômage férié s'imposant, je sens en moi une irrésistible démangeaison de bloguer. Tenez, ce grand week-end qui pour quatre jours remplit d'ivresse l'Hexagone entier (avec des nuances selon qu'on est rouge ou vert), parsème les étendues de gazon de groupes de dix (pas plus, c'est interdit) assis en cercle, installe des groupes de cinq sur les plages à l'intérieur de leurs petits compartiments numérotés, avec chemin pour aller à la mer et chemin pour en sortir, ou encore font docilement la queue (en respectant les gestes-barrières) pour entrer par cinq, pas plus, dans les musées en oubliant la promiscuité du métro ou des bus - eh bien pendant ce long week-end, donc, je ressens un prurit de la plus belle eau de vous écrire quelque chose,  comme si c'était mon devoir le plus strict, alors que je n'ai fichtrement rien à vous dire.

Partager cet article
Repost0
25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 12:11

REVISIONS DE JUGEMENTS

         

          Je trouve attristant que la réputation bien établie d'une oeuvre, ou d'un artiste, d'un metteur en scène, d'un acteur ou d'un écrivain, que vous n'avez jusqu'alors jamais mise en doute en la prenant au contraire pour  argent comptant, doive être sévèrement revue et corrigée par un examen  décalé dans le temps. Cela vient de m'arriver pour deux noms connus de tous depuis des décennies et cela me met mal à l'aise. Le premier cas est celui de Franju, que je vénérais de tout temps à cause de son courageux Sang des bêtes. On vient de nous offrir un passage en revue complet de sa ^production, et je m'y suis précipitée - pour l'un des grands désenchantements de ma vie. Fantastique nul, jeu des acteurs mal dirigé, positions psychologiques plus que discutables, scénarios mal ficelés... Point n'était besoin d'entourer en son temps la projection des Yeux sans Visage de telles mises en garde contre les visions d'horreur. Le second cas, pénible à évoquer, c'est Le Bonheur, d'Agnès Varda. Que le choix affirmé d'une histoire, d'un milieu, de personnages et de sentiments tout simples puisse aboutir à la niaiserie, voire au grotesque (le remplacement, sans douleur  et sans délai, de l'épouse qu s'est noyée de  désespoir,  par la maîtresse qui continue à la doubler est artificiel et sans vérité psychologique) dans une atmosphère de satisfaction souriante voire béate, voilà qui déconcerte - pour ne pas dire plus. Oui, je regrette de ne pas m'en être tenue à mes vénérations à distance et peut-être en surface.

Partager cet article
Repost0
23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 14:03

MEA CULPA IMMEDIAT :

 

 

          Vous avez vu, mes belins-belines? Aucun texte n'accepte de vous être livré sans son jumeau. Je me résigne, je n'y peux plus rien... Aussi bien arrivons-nous tout bientôt à la fin  de votre pensum. Encore un petit peu de patience et nous y serons. On pourra alors discuter de tout autre chose que des caprices d'édition et de transmission qui auront encombré nos rapports informatiques depuis un an bien tassé. Je vous donne rendez-vous de pied ferme!

Partager cet article
Repost0
23 mai 2020 6 23 /05 /mai /2020 13:23

LAURE A L'ŒUVRE, chapitre U, pages 189 à 191

 

(vendredi 22 mai)

 

CHAPITRE  U

 

 

          Elle avait repris ses tremblements dans les mains. Et ça n’était pas dû au manque de potassium comme le pensait l’autorité médicale (Quand vous avez des fourmillements, comme à la reprise de la circulation après un engourdissement, c’est que vous manquez de potassium), ça n’était même pas dû à l’arthrose – bon, un chouïa peut-être bien, mais tout de même cela venait d’ailleurs. De profond. Comme dans une vieille guimbarde dont on a révisé rafistolé rajeuni le moteur : dès qu’on avait remis le contact elle se mettait à tressauter, elle attendait qu’on s’installât au volant pour courir la poste. Elle tressautait en douceur, elle ronronnait presque – oui, un chat qui avait  retrouvé sa place au chaud, qui se roulait en turban, qui s’appliquait à une petite toilette furtive avant de plonger dans le sommeil comme un bienheureux.

          Et ils étaient forts, ces tremblements, non pas pour attirer l’attention sur eux et se faire plaindre, mais bien avec une espèce de gaieté qu’ils voulaient communiquer, allez  debout là-dedans voilà que ça recommence. Oui il lui semblait que ça allait recommencer, ces trémulations n’avaient plus rien de tristounet ni d’accablant, elles signifiaient de l’encouragement, du positif. Une reprise du travail, un retour aux anciens rythmes, une disposition autre qui se percevait depuis le grand matin. Une espèce de frémissement, avec les muscles du bras qui s’y mettaient aussi, impossible de rester immobile, impossible même de rester en place. Il y avait le passage d’un courant qu’on ne pourrait arrêter. C’était comme, à peine le robinet tourné, l’eau d’arrosage du jardin qui parcourait le tuyau vide traînant par les allées : on pouvait suivre son cheminement avec ses hoquets ses chuintements ses élans, le tuyau reprenait vie, changeait de forme, se prélassait. Elle allait devoir suivre, elle se sentait gonflée, regorgeant de choses à faire sortir mais dans quel vrac ! Quel bric-à-brac allait sortir, qu’il allait falloir trier avant toute autre chose, de quoi s’affoler, oui,      avant de pouvoir remettre tout ça sur les bons rails – allons bon, le train à présent, il y avait eu la vieille caisse, le tuyau d’arrosage, maintenant le train à vérifier sous tous les angles pour que tout pût s’emmancher comme il fallait, en tout cas tout cela laissait présager qu’on en avait fini avec  l’inertie. Savoir si la direction serait la bonne, on ne pourrait en juger qu’après quelques heures, et encore, quelques heures cela faisait trop peu. Mais dans ces choses qui la gonflaient obscurément il lui semblait bien sentir un fil ou deux à dérouler, il  fallait les trouver, trouver le bout, une fois le bout trouvé cela irait, non pas tout seul, mais tout de même, cahin-caha en trébuchant cela n’importait pas, l’essentiel était d’avoir démarré, elle s’accommoderait du reste, elle saurait.

 

 

 

          Elle avait décidé de tricher, tricher avec elle-même cela n’allait pas bien loin, il fallait seulement y arriver. Elle allait faire comme si ces tremblements n’avaient rien de spécial aujourd’hui, qu’ils n’annonçaient pas un changement de tonalité. Comme si elle n’avait rien vu rien perçu. Comme si elle continuait à s’obstiner sans espoir – elle avait repris un bloc comme autrefois, Rhodia N°16, elle en avait toujours gardé un, ça s’était trouvé comme ça et puis elle se sentait redevable à ce format qui l’avait inspirée toute une carrière, elle ne l’avait jamais regardé depuis des mois mais elle savait où il logeait, et deux jours plus tôt elle était allée le chercher à la dérobée, elle l’avait relogé dans un tiroir plus accessible, bien à sa main en cas d’urgence. Il n’y avait pas eu urgence, les rouages manquaient encore d’huile à graisser les wagonnets, comme disait Rémi, et si elle avait ouvert le bloc pour se mettre en posture de croire, c’était là qu’elle allait faire semblant de ne rien sentir qui peut-être était en train de se déclencher. Une simple ménagère faisant ses comptes sur une page vierge, rien qui pût trahir que le vent avait tourné. Sur la première page elle n’avait pas commencé des calculs ménagers, mais c’était tout comme, de la prose de même tabac, histoire d’induire en erreur tout regard qui se serait penché par-dessus son épaule pour lire ses griffonnages (et c’eût été une belle première, car même Rémi n’avait jamais eu le droit de regarder ce qu’elle venait d’écrire – tout juste s’il s’enhardissait à demander comment allaient les choses : ainsi par exemple quand elle avait écrit la mort de Marrain, plusieurs jours de douleur intense, il l’entourait de prévenances pour soulager discrètement sa dolence, il  n’avait pas posé la moindre question, il semblait la protéger d’un rempart invisible qui tenait  le reste du monde à l’écart).

          Un genre de superstition, au fond. Avoir l’air de ne rien espérer pour ne pas contrarier les effluves maléfiques. Mine de rien, elle avait gribouillé une liste des souvenirs dont il avait été question tous ces jours, ces bribes de passé qui n’avaient pas encore connu la transcription et qu’il allait bien falloir capturer par une aile. C’était curieux d’ailleurs comme les images extraites des ténèbres se trouvaient souvent mêlées à des démonstrations du subtil travail de Marivaux sur les textes de théâtre anglais, celui qui aboutissait à un enrichissement du matériau dramatique ou psychologique dont il réussissait à faire revivre et rajeunir  une tradition scénique devenue exsangue…C’était qu’il était si présent à sa conscience et à sa mémoire, elle avait vécu une vie de recherche et de passion avec lui, Rémi l’avait parfaitement compris, il ne s’en offusquait pas au contraire il s’en faisait complice, ils avaient vécu à trois ces années intenses, et même depuis que Rémi  n’était plus là, depuis que l’état d’esprit spécial à la tension de la recherche avait eu le temps de s’apaiser, de prendre ses distances avec un quotidien auquel il avait été mêlé si longtemps, il en était demeuré de curieuses habitudes, des associations, des citations, des envies de démonstration dès qu’un problème s’amorçait, dès que de nouvelles oreilles avaient une chance de se tendre vers les semailles du bon grain. Oui, Marivaux était devenu de la substance  à elle, on ne pourrait sans la mutiler en arracher un grand pan à sa connaissance (ou à sa sensibilité, qu’en savait-on ? il s’était naturalisé jusqu’au profond d’elle, ç’avait été un phénomène insolite que bien peu de chercheurs devaient avoir connu, mais le fait demeurait : l’œuvre, l’auteur, l’homme avaient été assimilés jusqu’à devenir partie d’elle, pour elle c’était évident mais en dehors d’elle l’incrédulité s’imposait, tant pis, cela resterait un mystère inexpliqué, l’essentiel était qu’elle connût cette réalité et ne la mît pas en doute une seconde).

          Tout un tissu emmêlé, donc, du souvenir dont elle n’avait encore jamais tiré parti, du matériau encore inabouti puisque non utilisé et qu’il conviendrait peut-être en un premier temps de faire aboutir. Ses mains la démangeaient de plus belle. Oui, on recommence. Elle se rappelait les formules encourageantes des premiers ministres périmés : Il faut aller au charbon. Retroussons nos manches. Et même encore, tellement perdu dans le passé qu’elle ne savait plus qui c’était, Misoff et son Suivez le bœuf ! Les encouragements à marner et courber l’échine. Eux restaient à bord de la berline, bâillant d’inactivité, regardant par la vitre de la portière si le paysage changeait, si l’heure avançait, quand la nuit allait tomber, et les roues demeuraient enlisées jusqu’au moyeu dans la boue et c’était le char de l’Etat, mais eux restaient au chaud et à l’abri. Elle n’avait pas besoin d’encouragements de cette sorte, elle savait quand il fallait donner son effort majeur, elle était prête à manipuler et manier ce tissu emmêlé qui n’appartenait qu’à elle et dont elle seule pourrait tirer quelque chose.

          Il s’agissait surtout que pour l’instant personne ne s’en mêlât. Pas d’encouragements, de toute évidence,  mais pas non plus de remarques, pas le moindre sourire de sympathie, pas le moindre échange de regards. Toute seule, comme l’ancêtre – son père, Jean le Juste. Tout seul dès la petite enfance, de sa volonté propre et pour ne pas avoir à dire merci. Se retirer sans bruit mais sans ostentation non plus, afin que l’absence ne se mît pas à crier, il fallait faire doucement, ne pas attirer l’attention. Une fois enfermée – enclose, se dit-elle, comme l’amour de moi de la chanson de la passerose à l’inusable tendresse -  une fois seule, seule avec l’effort à faire, la détermination à prendre, le déclic à enclencher. Tout suivrait, d’un élan mesuré d’abord parce qu’il y avait la masse à ébranler – les haleurs de la Volga devaient patiner dans la boue jusqu’aux mollets peut-être au moment de la reprise, c’était le plus dur, une fois le corps détendu et retendu ils trouvaient le rythme, pour elle c’était une autre tâche, elle avait honte d’évoquer ces malheureux en les associant à son effort à elle, c’était indécent – ensuite sans heurt peut-être, il fallait le souhaiter en tout cas, sans heurt sans à-coup comme on sentirait fonctionner ses muscles après une séance d’entraînement qui aurait huilé tous les rouages…

 

                                                                                                 (à suivre)

LAURE A L'ŒUVRE, chapitre U, pp.192 à 194

 

(vendredi 29 mai)

 

CHAPITRE U

 

          C’était ce vrac qui la fascinait, car ce serait une masse hétéroclite qui se présenterait à elle, qu’elle voyait déjà, à la fois informe et mouvante, douée d’une vie animale et d’une respiration autonome, se dérobant peut-être à la préhension mais pourquoi pas aussi se prêtant à la caresse de la main tendue vers elle. Sonore aussi, pleine des échos de tous ces entretiens de l’été qui avaient constitué leur quotidien – un quotidien si tonique, bousculant un peu son repos voire son désir de silence, mais animant ses journées en leur donnant une forme sinon un but… Oui, tous ces échos qui traînaient dans sa mémoire, si proches, décousus sans doute mais faciles à reclasser à regrouper, et même sans envie de remise en ordre en fin de compte, puisque tout s’était déroulé de soi-même, comme une croissance naturelle végétale qui se ramifie et se déploie. Ils étaient passés d’un sujet à un thème avec une telle aisance, les objections les illustrations les insistances s’enchaînant, les exemples se contredisant à l’occasion pour aboutir à des conclusions renforcées et convaincues. D’un auteur à un livre, d’un style à une poétique dont ils avaient précisé les contours, d’une impression personnelle à une analyse d’écriture – et puis, au fur et à mesure qu’ils en étaient arrivés à disserter sur ces problèmes d’écriture qui, à lui comme à elle (et de sa part à lui c’était tout de même miraculeux qu’il en fût ainsi) constituaient un souci permanent, elle avait deviné ce qu’il se préparait à lui révéler, qu’il écrivait, qu’il était rongé d’un désir d’écrire, qu’il ne rêvait que d’écrire, qu’il était prêt à tout sacrifier pour pouvoir y accrocher son être.

          Tout ce qu’il avait exposé en ce sens – théorie, réflexion, approches intelligentes et méditées – résultait déjà de longues heures d’approfondissement. Curieusement, au lieu d’avoir suscité chez elle des remarques constructives, des analyses judicieuses appuyées sur l’objectivité, le sujet avait ouvert pour elle un chantier où la curiosité dominait. Elle voyait   se développer sous ses yeux un territoire auquel elle n’avait jamais prêté attention, lancée qu’elle était (et totalement, absolument, sans la moindre réserve) dans son domaine à elle où le passé apportait sa contribution exclusive et où pour le servir elle avait sa manière à elle, qui lui avait convenu dès qu’elle s’était imposée, pensée souvenir et lyrisme enlacés sans jamais laisser filtrer le moindre jour entre eux. C’était un champ littéraire qui devait compter, elle ne le niait pas, mais elle ignorait comment les développements dramatiques s’y organisaient, et cela ne la souciait en rien, elle sentait qu’elle demeurait en marge, elle se posait juste la question de savoir comment s’agençait la structure romanesque – probablement de la manière traditionnelle, c’étaient seulement les atmosphères, les décors, les échelles, les thèmes d’exploration qui différaient. Juste une pensée au passage, puisqu’elle en était encore à la phase initiale, mais rien de plus : ce n’était pas dans ce matériau qu’elle allait trouver pâture, elle le savait.

          Mais tout de même cela créait autour de cette activité en train de se chercher un climat positif. Elle se rappelait la voix sonore de son père lorsque, par exemple lorsque la corvée de marrons tombait sur la cuisine et que chacun était convié à travailler du couteau pour fendre les écorces rétives qui glissaient sous la lame (sous peine de ne pas en avoir autour du rôti de porc bien aillé et parfumé à la sauge lorsque le rôti serait prêt à servir), il considérait avec une tendresse amusée les efforts de sa progéniture et sous couleur de les assurer de sa sympathie il se mettait à déclamer « Et toute la terre est comme un chantier… » - ce qui ne diminuait pas l’injustice de l’effort mais établissait l’égalité de tous devant les tâches ménagères. C’était vrai que l’atmosphère s’allégeait, bon, tout le monde devait en mettre du sien ? alors  allons-y, une fois terminé ce serait terminé. On en mettait un coup pour en finir, son frère et elle se remettaient même à plaisanter entre eux, à mi-voix et en langage codé ; avec un ou deux petits rires étouffés tout en s’activant du couteau…

          Voilà encore une bribe de souvenir qui affleurait, qui contribuait à l’activité ambiante de ce matin. C’était intéressant que tout fût en fin de compte mélangé, pris dans le désordre en somme, souvenir réflexion récit, tout ce qui se présentait dans l’ordre où il se présentait. En soi le déroulement de ce mélange avait une force, créait de la force au fur et à mesure, sans qu’on eût à attendre une formule structurée pour accrocher dessus les éléments qui survenaient au hasard. Jean d’Ormesson venait de dire par le biais de l’imprimerie qu’il partirait sans doute sans avoir tout dit. Etait-ce son objectif de bavard impénitent, qui avait toujours quelque chose à dire sur tout et n’importe quoi ? Il avait le même âge qu’elle, ils avaient fait ensemble  (en 86 probablement, oui, Le Livre de Juste était paru depuis quelques semaines, et c’était le second tome de sa saga à lui, Le Vent du Soir, qui l’avait fait venir dans les studios de France 3 pour ce tête-à-tête de 36 minutes, à une époque où il y avait encore par-ci par-là des émissions littéraires de qualité) ils avaient fait ensemble une grande demi-heure d’entretien sur la saga, puisqu’elle venait de terminer « Les Mains nues » et que lui en était à son second volume. La saga des châteaux, la saga des paysans : ç’avait été facile de les opposer, mais tout s’était déroulé dans la plus grande courtoisie, avec cette cordialité de bon aloi des discoureurs du XVIIIème dans les salons de Mme de Lambert ou de Mme de Tencin, où chacun s’arrangeait pour briller – ses connaissances, son esprit, son aisance à dire – sans coups bas ni rivalité sournoise.

          Une de ses amies qui avait dévoré l’écran lui avait dit le lendemain comme l’académicien avait sans cesse eu l’air séduit, admiratif, en écoutant la dame qu’on avait jetée aux fauves – et c’était vrai. Il lui avait dit en coulisses, au moment des signatures du livre d’or, qu’on aurait bien dû lui envoyer Le Livre de Juste, qui méritait amplement un grand prix du roman de l’Académie française. Cause toujours, mon petit, avait dit Rémi le soir même, en apprenant cette promesse de Gascon qui en outre ne s’engageait en rien puisque les dates de réception des ouvrages étaient dépassées ou que de toute façon les jugements étaient déjà peaufinés avant même la rentrée… Ils avaient  aussi parlé aimablement de Ravello, puisque alors il allait y cacher ses amours secrètes (entre noblesse d’Empire comme de juste, pas question de déroger), et ils avaient ri parce qu’elle avait souligné son besoin à lui de se loger dans la somptueuse hostellerie historique tandis qu’elle et Rémi, année après année et se contentant d’une étoile de moins au Michelin, jouissaient manifestement du plus beau panorama. Etait-ce de fragments de ce genre que D’Ormesson avait rempli son dernier volume ? Plus sûrement d’allusions aux têtes couronnées fréquentées volontiers, ou aux grosses têtes de la droite, ou à de menus faits ou commérages traînant dans les couloirs de l’Assemblée et dans les milieux diplomatiques. Ce serait bien étonnant qu’il mentionnât le conflit israëlo-palestinien… Elle n’irait certainement pas voir de quel matériau il s’était servi cette fois encore, mais elle songeait que cette forme de littérature parlait volontiers au lectorat mondain, et c’était une raison de plus de ne pas se cramponner à un schéma narratif comme à une obligation hors de laquelle il n’y aurait point de salut possible.

          Elle s’était enfermée après le petit-déjeuner, elle avait annulé l’heure de pratique informatique dont elle n’avait pas la moindre envie aujourd’hui, elle  avait un grand pan de matinée devant elle, pas d’interférence, juste le tête-à-tête avec les tremblements des mains qui la poussaient à se décider. Mais oui, mais oui, on y va, ce n’est pas une question de mauvaise volonté, allons allons ! En se morigénant elle établissait une sorte de dialogue d’où les idées pleines de sens allaient surgir sans doute – non pas d’un seul coup brutal, comme Athéna sortant casquée et armée de la cuisse de Jupiter, mais plutôt de manière insidieuse, une idée en entraînant une autre, une réflexion méritant d’être approfondie, un enchaînement d’images ou de couleurs qui se développerait irrésistiblement, le tout se tressant avec tout ce qui le touchait, l’effleurait même seulement : c’était ainsi que venait la force, elle se propulsait hors de ces étreintes encore floues mais dont de l’extérieur on sentait la palpitation, c’était comme une gestation un peu sauvage, aboutirait-elle à cette Aphrodite anadyomène, sortant de la mer, oui, née de la semence paternelle d’Ouranos qui n’arrêtait pas de féconder l’univers marin en turbulence ? Elle connaissait ses classiques, Hésiode, Hérodote, avec ces descriptions étonnantes de bouillonnements orgasmiques, mais c’était le résultat qu’il fallait voir, la beauté pure s’élevant lumineuse de ce cloaque putride. Putride, d’ailleurs au rayon mythologique certes, mais pas au-delà, car chez elle ce mélange d’images et d’embryons d’idées, ce brassage de lambeaux indistincts qui allaient finir par se rassembler et se ressembler, s’ils étaient opaques dans leur nature et capricieux dans leur mouvement,  n’avaient rien de putride, ils tendaient d’instinct vers la lumière, ils ne dédaigneraient pas de faire connaître leur cheminement une fois sortis exprimés enregistrés sous leur forme concrète et définitive, c’était ce qu’elle avait si souvent essayé de faire pour Vuk en répondant à ses questions, en fouillant le terrain avec lui, comme deux archéologues côte à côte dans leur combinaison unisex qui triment sur le même filon rocheux avec des précautions infinies pour tempérer l’ardeur du pic ou de la pioche.

          Il y avait au fond d’elle tout un fatras en train de bouger, ces matériaux brouettés et pelletés joyeusement toutes ces semaines, depuis l’arrivée de Vuk et le démarrage de leurs entretiens interminables. Inclassables en soi, mais autonomes dans leurs amalgames, fermentant comme des pâtons qui prennent la forme donnée par le tranchant ou la paume de la main ou qui, laissés à reposer un instant, se mettent à se gonfler dans des envies d’indépendance personnelle. On ne pouvait pas savoir encore quelle direction cela allait prendre, on n’en était qu’aux premières trémulations dans les profondeurs, qu’aux pulsations soudain brutales avant retombées au calme, qu’aux éclats brusques qui s’étouffaient d’eux-mêmes dans l’instant, comme s’ils avaient peur d’en avoir trop fait ou trop dit – et pourtant rien n’était encore dit ni fait, tout était à faire et à dire. Le coup d’œil jeté sur la première page du bloc Rhodia N°16 sorti des limbes, et sur laquelle pour conjurer les mauvaises influences elle n’avait que griffonné des thèmes de propos abordés naguère avec effusion, n’avait en rien l’air d’un début d’écriture, elle avait bien triché avec elle-même, les puissances obscures aux aguets ne devineraient pas qu’elle allait se lancer.

          Et pourtant cela partirait d’un seul coup, elle aurait un peu avant savouré une idée qui pouvait s’exprimer avec aisance, avec ampleur, d’une manière un peu claironnante à la fois sonore et captivante, accrochant l’attention, comme un chantre s’essayerait dans une église vide, avec précaution et scrupule mais en même temps avec détermination, le son moulé à la sortie des lèvres mais encore retenu, encore à raffermir à amplifier à modeler. Ou encore vous face au printemps, une fin de mars empiétant un peu sur le calendrier des températures, face au vent qui soulèverait les cheveux, caresserait la peau, ferait ciller les paupières, face au vent qui serait une brise curieuse et pénétrante, s’insinuant par les narines pour gonfler tout ce qui pourrait se gonfler à l’intérieur, les poumons la gorge la conscience d’être en vie – jusqu’à vous sentir élargie agrandie allégée prête à l’envol, et la bouche s’ouvrant libérerait un grand cri chaleureux et tendre.

          Oui, ça se passerait ainsi, il suffirait d’attendre, mais sans la passivité des muscles encore endormis, il faudrait être aux aguets, sentir monter les choses en soi telles une marée qu’on ne saurait comment endiguer si même on en avait envie ; il faudrait guider ces choses qui voudraient sortir sans savoir comment s’y prendre, il faudrait coopérer aider à la naissance à la sortie, il faudrait être au four et au moulin, partout à la fois, mais elle le pourrait, les mains qui tremblaient savaient aussi s’activer sur le clavier (elle avait sorti ce bloc Rhodia N°16 pour la montre, oui, même pour elle, car depuis déjà longtemps elle n’écrivait plus sur ce papier lisse à petits carreaux, elle avait dû se mettre à l’ordinateur, voilà, c’était fait maintenant, c’est sur le clavier qu’elle allait démarrer et ses doigts pouvaient encore s’y activer sans peine ni reproche), oui du côté des mains il n’y avait rien à redouter et du côté de la tête en fin de compte rien non plus, elle avait su depuis son enfance que d’après les théories de la phrénologie elle possédait ces deux cornes tronquées de Moïse, ces deux protubérances qui donnaient à son front ce relief d’intello, ces deux bosses du merveilleux si bien baptisées et interprétées par Franz Josef Gall : le merveilleux l’imaginaire le sorti des profondeurs n’avait plus qu’à se mettre au travail, elle aussi n’aurait plus qu’à suivre, allons,  à l’œuvre, Laure !

 

 

 

 

                                                                                  (à suivre)

 

 

 

 

                                       

Partager cet article
Repost0
22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 10:41

CONTRADICTION

 

          Pour un peu, je finirais par croire que j'ai l'esprit de contradiction, même après l'avoir sans révérence toujours épinglé chez ma chère mère (quand mon père voulait nous emmener en vacances à la Mer de Glace, il devait longuement vanter les mérites et agréments des plages atlantiques de manière à orienter le débat dans la direction tordue où il allait se conclure). On l'a d'ailleurs facilement dans la famille. Et avec l'âge, si j'en juge par les exemples dont je garde la mémoire,  la tendance serait peut-être de s'atténuer, tout au moins de ne pas se cramponner à une position à défendre avec bec et ongles. Sans doute aussi la relation distendue avec la conscience du temps dont je constate chez moi la pratique fréquente aide-t-elle au phénomène : ce n'est pas la première fois que je laisse sournoisement passer un jour de blog alors que, tel ou tel chômage férié s'imposant, je sens en moi une irrésistible démangeaison de bloguer. Tenez, ce grand week-end qui pour quatre jours remplit d'ivresse l'Hexagone entier (avec des nuances selon qu'on est rouge ou vert), parsème les étendues de gazon de groupes de dix (pas plus, c'est interdit) assis en cercle, installe des groupes de cinq sur les plages à l'intérieur de leurs petits compartiments numérotés, avec chemin pour aller à la mer et chemin pour en sortir, ou encore font docilement la queue (en respectant les gestes-barrières) pour entrer par cinq, pas plus, dans les musées en oubliant la promiscuité du métro ou des bus - eh bien pendant ce long week-end, donc, je ressens un prurit de la plus belle eau de vous écrire quelque chose,  comme si c'était mon devoir le plus strict, alors que je n'ai fichtrement rien à vous dire.

Partager cet article
Repost0
20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 10:06

ETAT PRESENT DES AFFAIRES

 

          Mes belins-belines, il me semble que je ne vous ai pas regardés dans les yeux depuis bien longtemps. Pourtant, avec ce Covid-19 qu'on en était arrivés à tutoyer et appeler par son prénom avant de faire le compte des morts, c'était bien le moment de se serrer les coudes (mais est-ce que se serrer les coudes entraîne qu'on se regarde les yeux dans les yeux? Je n'en suis pas si sûre). Enfin disons, quoi, on se sentait proches les uns des autres,  sur le même bateau, à vrai dire, sur la même galère, à voir toutes les équipes de soignants marner en face de nous dans les pires conditions (moi je m'en suis arrêtée à soixante-deux pour le nombre de soignants, infirmières, aides et médecins, qui ont perdu la vie au champ d'honneur parce qu'on ne leur avait rien donné pour se protéger tout en les suppliant d'oeuvrer pour des salaires de misère,  et je sais que la liste s'allonge). Et puis, il est advenu cette fin de printemps insolente qui joue les atmosphères estivales, et dès lors plus moyen de retenir les clients à la maison. Au contraire, avec l'aération des foules, les mesures extérieures d'hygiène (comme les marques extérieures du respect à l'armée : on les récite dans sa tête avant de les appliquer, mais cela sert-il à quelque chose?) vont avoir du mal à survivre.. On  semble avoir tout repris comme avant, il n'y a plus que les bistrots et les restaurants à ouvrir, les réserves de vacances s'enlèvent comme des petits pains, la grande liberté règne sur les écoles, qui reprennent, qui reprennent pas, que les élèves boudent, dont une fraction, échappant à tout contrôle,  a pris la poudre d'escampette - et qui les rattrapera jamais, ces réfractaires de la plus belle eau? Bref, tout semble avoir repris, il n'y a que la reprise qui manque à l'appel.

Partager cet article
Repost0
16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 12:54

SEMAINE DE DEMARRAGE

 

          Les pétales de la première semaine du déconfinement se sont ouverts tour à tour, chacun donnant l'impression qu'il allait nous apporter quelque chose de spécial, les écoles qui reprennent, les nouvelles règles des transports ou des magasins, les plages qui s'offrent, les campings qui ont fait toilette. Je ne vois pas trop ce qui reste pour ce samedi sauf - c'est le réflexe acquis de longtemps - sauf les gilets jaunes. La semaine dernière, en avant-première, ils s'étaient montrés pour dire "Ne croyez pas que nous sommes morts ou découragés! N'avez-vous jamais entendu parler de l'Hydre de Lerne?" Le jaune en était bien net, bien brillant, bien astiqué, mais le nombre n'y était pas : c'étaient tout juste quelques éclaireurs apaches ou cheyennes venus tendre le nez pour voir les dispositions du futur champ de bataille, le gros de la troupe n'était pas prêt en- core. Je verrai à 14 heures - leur heure d'ébranlement solennel - ce qu'il en sera advenu aujourd'hui. S'ils étaient raisonnables (je veux dire efficaces, gagnants) ils devraient s'abstenir quelques jours encore, le temps de voir si toutes les promesses personnalisées et chiffrées que M. Macron a prodiguées aux soignants exténués sur les lignes du front sont tenues, et vite, et immédiatement. Sinon, alors là ils pourront se déployer, grossis de renforts nouveaux, avec peut-être même de nouveaux scénarios tricotés :  et ils y aura des applaudissements sur leur chemin : de cela personne ne doute.

Partager cet article
Repost0
15 mai 2020 5 15 /05 /mai /2020 09:57

QU'EN SERA-IL-DE NOTRE ETE?

 

          Pourquoi perdrait-on en chemin ses bonnes habitudes? Vous avez eu double ration de texte vendredi dernier, vous avez donc droit à un peu de repos ce vendredi 15 pour digérer un tantinet. Je saute ainsi à pieds joints par-dessus la livraison déjà effectuée pour vous communiquer une impression d'ensemble que j'ai glanée à la télévision : tous les gens contactés ont l'air libérés, heureux, prêts à profiter du beau temps (là où il se manifeste), ne pensant plus qu'à réserver pour les vacances et pas certains du tout de se décider pour l'hexagone malgré les paysages admirables de montagnes, de vieux villages, de bâtiments ignorés dont on découvre la superbe beauté ou les côtes marines fascinantes dont le petit écran est spécialement prodigue. Les vacances chez nous, en prolongement logique du confinement, arrangeraient tout le monde, pourtant : déplacements limités, suppression de vols coûteux, découverte de régions, dépenses sans doute réduites,  relance de l'économie nationale, aide solidaire sympa aux petits commerçants locaux... Certes, mais est-ce là le tableau qui se prépare pour l'été? On peut en douter, même si le contexte brouillé de cette première semaine de relâchement ne permet pas de deviner les grandes lignes à venir.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de lucette desvignes
  • Contact

Recherche

Liens