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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 09:40

SCRUTER LE MATIN

 

          Y a des jours comme ça que c'est pas ça qu'est ça, comme on dit, quoi, c'est du ni fait ni à faire. Y va-t-y faire jour pour de bon, que voilà on a de loin dépassé les aurores même pour les traîniauds mais qu'on voit pas la moindre lueur jaune se pointer le nez là où ça devrait, au ras de la haie du jardin public? Ou y va-t-y brouillasser tous les sans cesse dans les gris cotonneux, qu'on dirait que ça sert à emballer les formes pour empêcher les coins d'être accrochés et rabotés? Y a sûr pas un soupçon d'envie de pluie, que pour qu'y pleuve y faut qu'y ait de l'eau ramassée et pas distribuée partout dans l'air, qu'on croit la sentir  sur la peau sans qu'y pleuve mais que pour autant y a pas la moindre humidité. En été c'est rare que le matin les eaux soient rassemblées dans les nuages au point d'être lourdes à en crever comme un fond de sac : si ça veut pleuvoir c'est depuis les petites heures, ça tombe de colère, en un gros coup qui s'arrête brusquement, ou alors d'avant les petites heures, même, sans bruit pour s'annoncer ni pour tomber, comme si c'était l'air qui devenait liquide et qu'y ait plus nulle part d'espoir de voir revenir de quoi respirer au sec comme avant. Et faudrait pas croire qu'un coup de vent se prépare pour nettoyer tout ça, passer un coup de torchon, débarrasser de tout ce qui gêne la vision ou la respiration : pour que ça vente faudrait comme une préparation, des courants qui passent, des frôlements d'air comme des voiles de fantômes par-ci par-là, le temps de se regrouper, de faire un peu de bruit, des fois même en s'aidant d'une porte qui se met à claquer. Alors ça se déclenche, v'là le vent qui se lève,  les arbres s'ébrouent, tout va être secoué. Mais ouatte! Rien de tout ça ce matin : à se demander comment on va passer la journée si on s'y retrouve pas selon une habitude ou une autre.

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 17:07

CONFRONTER LES TRACES DU TEMPS

 

          A l'âge que j'ai atteint, il m'arrive souvent de mesurer l'écoulement du temps par la simple confrontation de ce qui avait cours ou n'avait pas cours aux deux époques considérées. L'école, par exemple - de toute façon sujet majeur et nourricier dans ma famille - dans les différents paliers de son évolution me fournit mille références bien précises : les brodequins à la Doisneau, les chaussettes aux élastiques mangés, les blouses noires à ceinture de cuir, les bérets Tour de France et les passe-montagne pendant une période, puis la suppression des blouses,les blousons, les anoraks, pour l'entrée en Sixième les imperméables bleus, dès la Libération les modes rendant de loin les gamins tous pareils. Oui, les vêtements permettent la datation aussi sûr que le carbone 14...Mes anciennes élèves devenues profs sont à la retraite depuis longtemps : c'est là aussi un rappel pour faciliter le calcul. Mais ne négligeons pas la forme des baignoires au cours des décennies, le plan des appartements dans les grandes résidences, les modes d'habitat qui se succèdent (la nécessité d'avoir une cheminée, c'est si chic pour les réceptions, ou encore la suppression de toute paroi entre l'immense salle à vivre et la cuisine où l'on peut voir la maîtresse de maison agir pour préparer les plats - à plus ou moins court terme ce sera le glas de la gastronomie des dîners raffinés entre amis). Et que dire de la frénésie du barbecue qui a contaminé toutes les bourses et tous les milieux? Bref, chaque époque se caractérise par une manière de vivre, de s'alimenter, de se vêtir, de s'ennuyer ou de faire la fête, et avec un peu d'expérience (j'en ai, merci!) on peut arriver à compter le temps à partir des repères dont la mémoire a engrangé les images.

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 15:32

SALUT  MARIE- LOUISE!

 

          Il ne faudrait pas vous imaginer, mes belins-belines, que parce que je ne vous parle plus de Marie-Louise j'ai rompu tout commerce avec elle. Il est vrai que je ne l'ai pas mentionnée depuis déjà pas mal de temps, mais cela ne veut rien dire. Elle n'avait pas déployé ses grandes pattes noires lorsque mon aide ménagère l'avait aperçue dans la rainure de ma fenêtre (l'effroi que son corps replié avait suscité en elle était déjà considérable, qu'eût-ce été si elle s'était trouvée face à face avec le corps au complet?) et j'avais dû agir comme agent protecteur : chez moi on ne tue pas '(on peut détruire les toiles, certes, mais pas au-delà). Six mois au moins sans l'apercevoir, puis elle a dû entendre parler du déconfinement car voilà deux apparitions en trois jours. Rien de fanfaronnant ni de provocant, mais tout de même pas non plus une fuite éperdue : une démarche un peu pressée de ménagère qui vaque à ses affaires et qui n'a pas une seconde à perdre pour admirer le paysage ni pour le moindre fondamental de la civilité puérile et honnête. Je ne sais pas si elle me voit (d'autres fois elle m'a regardée). En tout cas je suis soulagée d'apprendre qu'elle semble avoir quitté le partage avec moi du bac à douche : j'aurai à présent moins peur d'une étourderie matinale qui puisse lui être fatale. Et avec l'âge elle a sans doute installé ses rhumatismes dans de douillettes épaisseurs de tricots : à moi de raisonner mes gestes dès que je voudrai prendre une petite laine.

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 11:40

 

 

RANGEMENTS

 

          Une fois les dossiers remis en état de marche, c'est-à-dire étiquetés du bon côté (mais vous devinez ce que cela représente déjà comme temps pour manoeuvre balai, même tout en bas de l'échelle), il faut les remplir astucieusement, et non en style fourre-tout. A proprement parler il faut reprendre en mains chaque papier qu'on a décidé de ranger et non point se déterminer à vue de nez - donc une relecture est souvent nécessaire, aussi superficielle soit-elle. On peut méditer d'ailleurs si l'emploi des subdivisions, autrement dit le recours aux sous-dossiers, ne serait pas une sage précaution dans l'intérêt des recherches ultérieures, mais en vérité on travaille aux pièces, dans le présent, et on peut parfaitement laisser l'avenir se débrouiller tout seul. On découvre facilement des papiers inclassables (trop pleins d'idées de génie probablement pour être réunis sous une même bannière) et du même coup on découvre aussi qu'on n'a pas conçu le dossier adéquat , ce qui amène à improviser un dossier dans lequel on enfile tout ce qui ne va pas ailleurs. Je ne sais pas si entre eux ils pourront s'entendre, mais je crains bien qu'avec une étiquette qui englobe mainte chose on n'ait aucune idée de la spécificité du dossier. Enfin la tâche peut se déclarer terminée : les dossiers tiennent debout appuyés les uns aux autres,  la masse des papiers a été réduite. L'ordre ne frappe pas l'oeil pour autant : il va bien falloir que je trouve un endroit raisonnable pour ranger tous ces dossiers.

 

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 10:17

BRICOLAGE

 

          Deux jours déjà sans vous faire le moindre signe! La faute en est à cette frénésie de rangement de mes papiers, opération qui couvait depuis des mois sans jamais connaître le plus petit commencement d'exécution. C'est que le plan adopté cette fois-ci est grandiose. Je ne sais si je réussirai à enfermer tous les PQ qui traînent dans leurs boîtes spécifiques, mais l'idée est là : avant de ranger les papiers, il faut leur avoir préparé un habitat définitif. D'où mon atelier de réfection et aménagement d'une longue série de dossiers sur lesquels poser des étiquettes confectionnées selon les besoins.  Je dois dire que la confection des étiquettes, véniel petit détail de la constitution d'un dossier; a déjà mobilisé mes forces d'impatience pendant près d'une journée. Car une fois imprimées en le corps adéquat (en-dessous du 26 ce serait miteux) , il s'agissait de les coller, à cheval sur la tranche du carton, débordant largement de chaque côté. Pas facile à négocier avec l'outillage actuel (j'aurai toujours, je le vois bien, la nostalgie de la Stickwell de mon enfance, parfumée aux amandes amères) Et je suppose que vous vous attendez à me voir coller cet étiquetage à l'envers,  de manière qu'en soulevant le rabat le contenu se déverse gaiement ? Gagné!  En même temps que l'étiquette a été collée sur la tranche du fond, celle qu'on ne voit pas quand les dossiers sont rangés bien en place? Gagné encore! Vous devriez venir m'aider, au lieu de rire de moi...

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 10:58

LA SOURCE, nouvelle reprise

 

          Je n'avais pas aimé La Source à sa sortie, il y a plusieurs décennies. Devant la ferveur de la critique qui accompagne le festival Bergman de ces temps-ci, j'ai tenté de réviser mon jugement. Après tant d'années et de probables changements de vision...J'ai apprécié l'image, le décor, le choix spécifique des personnages dans leur visage et leurs vêtements pour servir d'illustration à cette vieille légende racontant l'origine du jaillissement de la source. J'ai revérifié (mais c'est là sans doute ma réaction personnelle à Bergman) mon absence totale de complicité avec le contexte psychologique qui ne relève jamais du sentimental et qui permet à chaque protagoniste de rester impassible pour n'importe quel dire. J'ai bien sûr remarqué l'emploi des gros plans - le père, la mère, la servante jalouse, les chevriers criminels avec leur saleté, leurs dents gâtées, leurs rictus - mais comment ne pas évoquer de manière automatique les gros plans humains, frappants de vie et de signification, qui donnent leur chair aux films d'Eisenstein en des séquences inoubliables, emblématiques? Quant à l'histoire contée, sans doute peut-on lui imputer les faiblesses de la version bergmanienne ( les habits de fête revêtus pour porter des cierges à l'église, la surprenante gloriole de la damoiselle en face des misérables primitifs), mais elle reste banale dans son sujet et son développement, avec le surgissement miraculeux de la source au moment où s'opère la prise de conscience de l'horreur de la vengeance. Résultat des courses : je n'ai guère changé dans mon jugement, au risque d'être blâmée pour mon insensibilité à l'esthétique bergmanienne...

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 10:52

LES LONGS COUTEAUX

 

          Rien ne peut être plus tentant qu'un documentaire sur un sujet dont vous savez quelque chose mais pas trop : assez pour être aguiché, trop peu pour être juge critique, avec la conscience qu'il n'est jamais trop tard pour combler ses lacunes et tenter de ne pas mourir idiot. Chaque chaîne de télé a sa spécificité en ce domaine; tantôt des reportages sur des sujets inédits, tantôt des séries sur les animaux exotiques ou les découvertes sur les moeurs des insectes. La BBC s'est fait une réputation inébranlable sur les habitants des jungles et brousses africaines, mais d'autre part elle propose des séries sur les peintres ou les mouvements artistiques européens qui méritent l'attention. Sauf que pour l'art on nous montre le présentateur en même temps qu'il se rend dans tel ou tel musée, et qu'on n'a rien à cirer, quand on se passionne pour le Caravage, de le voir doublant ou interrompant la projection de l'oeuvre à admirer. Avec ARTE, les reconstitutions d'époque témoignent d'un souci louable de vérité, sauf que les résultats sont parfois grotesques et toujours peu convaincants. Hier soir j'ai été intéressée par de très nombreuses archives sur les premières années de Hitler comme chancelier, et j'ai beaucoup appris sur les haines et la férocité des exécutions entre factions rivales : Hitler lui-même a participé à la suppression de ses meilleurs amis (dans lesquels il voyait des rivaux toujours possibles) pendant cette Nuit des longs couteaux où il s'agissait  d'épurer la doctrine du nazisme et d'en imposer une version unique et autoritaire. Oui, j'ai appris des choses,  mais le commentaire, distribué entre divers historiens pas toujours intéressants, n'a jamais atteint la qualité annoncée.

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 12:28

L'EMPRISE DE LA DATE

 

          Avec mon histoire de parapente, je me suis embrouillée dans mes dates.

Au fond je me demande bien pourquoi : quelle interaction entre un parapente et la date? Mais vous connaissez mes relations avec le temps, mes confusions des jours de la semaine, et avec mes lenteurs à rédiger correctement mon blog à la date voulue je peux facilement sauter un jour. Dans le même ordre d'idées mais de nature bien différente toutefois, je me rappelle l'entêtement de ma mère à s'en tenir à son calendrier personnel donc professionnel. Plusieurs années de suite elle se trouvait chez moi au moment du Carnaval, et la célébration chalonnaise de la liesse populaire  (qu'elle abhorrait d'autre part, le bruit des haut-parleurs, les fanfares, la foule, le cortège des chars, les confetti, les serpentins, tout ce mouvement animant les rues) lui apparaissant comme un devoir civique, elle prenait le train le mardi-gras pour déboucher sur le boulevard en pleine bataille de confetti. Certes elle s'esquivait vite sur une voie latérale, mais tout de même elle savait qu'elle allait voyager debout la plupart du temps à cause de la surpopulation du train "spécial fêtes"qui rameutait les fêtards dans la capitale des Burgondes. Tout cela pour s'enfermer chez elle en gardant les volets fermés afin de tamiser le boucan - scénario bien rodé chaque année, automatisme de la décision pendant les années de retraite. J'ai toujours supposé que, puisque les classes vaquaient exceptionnellement ce jour-là il lui fallait obscurément justifier son appartenance à l'enseignement chalonnais, donc participer sur place à l'événement bien que le haïssant de toutes ses forces. Sur place, oui, n'en pensant pas moins, mais le petit doigt sur la couture du pantalon...

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 12:21

L'EMPRISE DE LA DATE

 

          Avec mon histoire de parapente, je me suis embrouillée dans mes dates. Au fond je me demande bien pourquoi : quelle interaction entre un parapente et la date? Mais vous connaissez mes relations avec le temps, mes confusions des jours de la semaine, et avec mes lenteurs à rédiger correctement mon blog à la date voulue je peux facilement sauter un jour. Dans le même ordre d'idées mais de nature bien différente toutefois, je me rappelle l'entêtement de ma mère à s'en tenir à son calendrier personnel donc professionnel. Plusieurs années de suite elle se trouvait chez moi au moment du Carnaval, et la célébration chalonnaise de la liesse populaire  (qu'elle abhorrait d'autre part, le bruit des haut-parleurs, les fanfares, la foule, le cortège des chars, les confetti, les serpentins, tout ce mouvement animant les rues) lui apparaissant comme un devoir civique, elle prenait le train le mardi-gras pour déboucher sur le boulevard en pleine bataille de confetti. Certes elle s'esquivait vite sur une voie latérale, mais tout de même elle savait qu'elle allait voyager debout la plupart du temps à cause de la surpopulation du train "spécial fêtes"qui rameutait les fêtards dans la capitale des Burgondes. Tout cela pour s'enfermer chez elle en gardant les volets fermés afin de tamiser le boucan - scénario bien rodé chaque année, automatisme de la décision pendant les années de retraite. J'ai toujours supposé que, puisque les classes vaquaient exceptionnellement ce jour-là il lui fallait obscurément justifier son appartenance à l'enseignement chalonnais, donc participer sur place à l'événement bien que le haïssant de toutes ses forces. Sur place, oui, n'en pensant pas moins, mais le petit doigt sur la couture du pantalon...

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 10:07

MASQUE MON BEAU SOUCI...

 

          J'aurais tant voulu qu'après avoir constaté l'adéquation des formes (à défaut d'autre qualité ou possibilité d'utilisation) on se mît à appeler poétiquement "parapente" le dôme à plis qu'on se colle au visage depuis quelques mois! Mais le progrès a toujours tant de mal à s'imposer! La télé qui sert de vademecum, voire d'opium,  au bon peuple n'emploie jamais le mot, alors qu'elle nous noie sous des milliers d'emplois du mot "masque". Quelle que soit la couleur du temps, quels que soient les événements du jour, le thème des commentaires en boucle c'est le masque. On nous montre (encore) comment le porter, le laver, le repasser. On confronte le chirurgical à l'artisanal, le papier au tissu à fleurs, le port extérieur selon les portions de rues désignées sur le plan. Surtout, dans toute cette effervescence qui dure depuis des lunes, on continue à révéler - les sommités médicales comme les philosophes ou les hommes d'affaires  -  si on veut le porter ou non, si ça sert à quelque chose ou non, si c'est une atteinte à la liberté individuelle ou non. On discute de son prix (à l'unité ou à la tonne), on bagarre pour sa gratuité (le MEDEF est d'accord si c'est l'Etat voire l'individu qui met la main à la poche). On proteste d'avoir à payer un milliard par mois à la Chine pour ses envois de charité qui continuent, alors que nous avons notre propre production  dans les usines qui ne fabriquent plus de voitures. Je me demande pourquoi personne encore n'a suggéré que la relance pourrait se faire en faisant tourner à plein régime les usines de masques qui du même coup nous libéreraient d'une pesante compassion internationale.

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