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26 août 2019 1 26 /08 /août /2019 09:43
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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 10:51

 

 

Sérénité vespérale 

 

          Je ne sais pas très bien, naturellement, et même à vrai dire absolument pas du tout, pourquoi avant-hier jeudi mon engin a refusé de vous envoyer, d'abord le blog du 22, ensuite  la livraison de Laure à l'OEuvre du 16 en retard d'une semaine. L'agaçant bonhomme avec son doigt sur la lèvre pour se donner l'air contrit de tout foutre en l'air dans votre programmation personnelle '(mais il garde dans l'oeil une lueur vicieuse) ne sait que répondre Hum, je ne sais pas où trouver ce site et ne s'ébranle pas pour autant vers quelque activité efficace : s'il est écrit (mais où donc?) que vous devez rester coincé, il vous laissera coincé quelles que puissent être vos tentatives de vous dégager de son inertie. En même temps je voyais bien que je n'aboutissais qu'au tableau de bord, lequel me saluait aimablement comme si on ne s'était pas vus depuis des lustres, avec impossibilité de retrouver mes marques habituelles qui m'expédient la chose en deux coups de cuillère à pot. Je pensais à Richard III et à son "Mon royaume pour un cheval!" et j'aurais volontiers offert la tarte aux pommes délices que je venais de faire contre un accès normal à l'expédition de cette livraison en retard.  Et aujourd'hui, tout se met en place à peu près comme il faut : le blog d'avant-hier, le "Laure" du 16 bloqué piteusement, le "Laure" du 23. Sans le moindre génie de ma part (autrement, vous pensez bien que je m'arrangerais pour le faire ressortir). Je me demande toujours à quoi riment ces accès de mauvaise volonté informatique et pourquoi ils me prennent si souvent comme cible. Enfin  la soirée qui commence va être magnifique, l'air est caressant et presque coquin, les cîmes des frênes du jardin public sur lesquels je pose les yeux dès que je quitte mon écran bercent tendrement leur océan de samarres dorées. Comme j'aimerais l'été s'il était toujours apaisé, de la douceur des choses qui finissent, sans ses brutalités meurtrières...

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 18:05

          LAURE A L'ŒUVRE, Chapitre H, pages 62 à 65

 

 

(vendredi 23  août)

 

CHAPITRE  H

 

 

          Mais pas question de mettre en avant cette détermination à écrire qui était sa vocation et à laquelle il avait commencé à obéir – d’ailleurs on n’obéissait pas à un tel Diktat, on était bien obligé de suivre, est-ce qu’on résiste à une crue ? On se trouvait entraîné par les eaux déchaînées, on était roulé dans leurs remous avec brutalité, on eût cherché en vain un point d’ancrage un appui une branche pour s’accrocher à la rive, tout ce qu’on pouvait faire c’était s’abandonner à ces courants mystérieux, à ces forces obscures qui soudain avaient envahi votre existence et votre pensée. On allait se noyer sans doute, perdre la vie – mais l’épreuve, ce combat presque désespéré qui vous faisait aussi trouver en vous des forces inédites et miraculeuses, vous forgeait une personnalité nouvelle, pleine de complexités et de contradictions, d’espoirs et de découragements, d’orgueil et de modestie qui eux aussi se faisaient la guerre. Une magie, un bouillonnement vous emplissaient<. Vous n’étiez plus rien, vous étiez le monde.

          Il y avait en vous des choses qui remuaient, des choses sonores qui s’articulaient se bousculaient. Avortaient en bafouillages informes. Soudain giclaient comme expulsées hors d’un magma qui ne voulait plus d’elles, par caprice, sans pour autant exprimer une volonté de construction demeurée dans les limbes. Il se demandait alors qui s’agitait tout au fond, qui brassait les sons les remuait les étouffait, toute une cuisine de vocables dont on ne pouvait rien faire sinon attendre que l’ébullition cessât. Et parfois tout cessait, pesamment, sans explication. Mais parfois aussi, tel un air de flûte dont le tour était venu de s’élever pour planer au-dessus des rumeurs d’un orchestre encore en train de s’accorder, voilà qu’une phrase s’imposait, elle lui était offerte, il n’avait plus qu’à la prendre sans savoir d’où elle venait ni où elle allait l’entraîner. Le premier vers d’un poème peut-être, don des dieux. Ou le début d’une histoire, d’un déroulement de pensée, d’une idée à développer qui s’imposait, lancinante, tyrannique. Il avait l’impression de ramasser des morceaux de phrase tombés au hasard, il hésitait encore à en faire quelque chose, quelquefois les choses s’organisaient d’elles-mêmes, cessaient de le provoquer, s’assagissaient au point de se faire adopter en cessant leur petit jeu de Si tu m’attrapes.

          Du coup et en même temps une porte s’ouvrait avec autorité, comme si on l’appelait chez le médecin – au suivant ! – sans discussion ni dérobade possible. Au contraire il ressentait la valeur de l’offre qui lui était faite, invite pressante à participer à l’aventure parce que c’était elle parce que c’était lui. Il recevait l’hommage d’un cœur battant, à la fois enivré et matraqué sous le choc. Il se lançait avec brutalité, il fonçait. Les sons étaient devenues mots, ils s’enchaînaient avec aisance, il lui semblait que peu à peu cela changeait d’origine, qu’il avait droit à participer, qu’il devait même participer de toute nécessité. L’élan pouvait se propager comme une ride sur une surface d’eau, les sons se chargeaient de sens, on dépassait le niveau acoustique pour entrer dans le domaine de la pensée encore drapée dans l’arrangement sonore. Puis peu à peu on le laissait seul se débattre entre les éléments de ce medium inédit, submergé, retrouvant des automatismes sous des formes nouvelles. A présent c’était lui qui organisait les valeurs, la toute première fois il en avait pris le vertige.

Dès les premiers balbutiements (mais non pas, là encore : il n’y avait pas eu de ces misérables, pathétiques embryons d’expression comme ceux qu’on guette sur les lèvres maladroites d’un affligé de bégaiements ni même de cette bouillie sourdant avec entêtement d’une bouche enfantine qui découvre qu’elle peut produire autre chose que des bulles ou des bâillements) dès les premiers jaillissements, au contraire, même mal maîtrisés, même un peu erratiques, mais précisément aux antipodes de la surprise de la libération d’une force nouvelle qui aurait coulé hors par le biais d’une simple évolution animale, il avait deviné , oui il avait su qu’il saurait écrire. Qu’il aurait un style, à travailler certes selon ce qui s’imposerait, mais une manière à lui de disposer des mots et de leurs sonorités en même temps que de leurs significations et de leur pesanteur. Qu’il imposerait, issue des zones obscures dont il sentait l’agitation mais dont il ignorait les règles de fonctionnement, une sorte de respiration qui doublerait la sienne propre, qui pourrait s’amplifier jusqu’au délire et qui serait structurée selon les rythmes musicaux secrets portant sa marque. Une obligation d’écrire, en quelque sorte, ressentie dans tout l’être comme une contrainte épanouissante mais parfois épuisante, créant le conflit et l’agitation avec brutalité, combinant le martèlement des rythmes enfouis dans leur substance et, surprenant à chaque fois, le phrasé de la mélodie.

Il avait déjà assez écrit, assez relu de temps à autre  des pages imprimées d’un œil critique qui voyait avec sûreté les corrections à faire et, avec une humilité touchante, les progrès ou les acquis, assez déjà pour pouvoir analyser les raisons profondes qui dès le départ lui avaient fait comprendre qu’il saurait écrire, qu’il aurait un style, et que c’était bien autre chose de partir de cette source invisible et mystérieuse pour amener sur le papier des phrases entières, des paragraphes entiers marqués à son sceau et où il pouvait se reconnaître, que de décider un beau jour de se mettre à écrire  histoire de faire comme tout le monde, ou, comme tant d’auteurs ayant reçu non pas le don mais le coup de pied au cul qui convenait au moment où il convenait, de se lancer dans un best-seller ou, du moins, un coup littéraire et médiatique, lequel allait leur apporter une montagne de sous qu’ils iraient faire se détendre aux îles Caïman ou, plus près, en Suisse voire tout simplement au Luxembourg, ces lieux touristiques réputés pour de saines vacances.

Un point de non retour, atteint, marqué. Just toeing the scratch, pensait-il, touchant la ligne de départ – ou la limite de déplacement – du bout de l’orteil. Non certes on ne regardait pas vers l’arrière quand on en était là, c’était vers l’avant qu’on se tendait, qu’on se courbait, qu’on s’apprêtait à lancer sa boule. Et la boule pouvait, selon le choix, soit rouler lentement, fermement, directement jusqu’à toucher le petit, ce qui lui assurait la prééminence, soit avec violence atteindre le regroupement des boules déjà en place et faire éclater leur masse dans un jaillissement en toutes directions. Une déflagration imparable. Une explosion en feu d’artifice… Il avait pratiqué les deux formules, lui Vuk, sans même bien s’être rendu compte de rien. Sur un parcours d’une seule traite d’abord, avec une obstination qui se soutenait toute seule, presque en apnée jusqu’à la fin de l’effort, se retrouvant haletant en bout de ligne, découvrant des choses désormais existantes auxquelles il n’avait jamais accordé un regard, trouvant du même coup, peu à peu, que leur venue à la lumière était indispensable et réussie. Mais aussi se prodiguant en étoile, comme enivré d’avoir tant de buts à la fois, essayant de l’un puis de l’autre, ravi à chaque fois, à chaque fois renouvelé recréé confirmé.

          Et sans besoin d’instaurer une hiérarchie. Chaque essai transformé avait sa valeur propre, signifiait, témoignait. Relevait d’une exigence particulière, défrichait son terrain sans s’occuper de rien autre, s’imposait une fois atteinte sa formulation de conclusion. Et il s’était émerveillé de se découvrir à son aise partout, sans chercher à relier ses écritures entre elles, chacune avec son genre, sa teneur, sa portée. Avec ses couleurs, ses résonances, sa tonalité. Les dossiers s’étaient multipliés dans ses tiroirs, les contenus s’enrichissaient. Sans le préméditer, simplement parce qu’il s’enfilait dans une tenue ou dans une autre, le style changeait, vocables structures rythmes. Il laissait faire, dès le début il avait laissé faire. Et à chaque fois l’arrivée en bout de ligne lui causait la même surprise, entraînait la même observation un peu inquiète sourcils froncés, le même examen qui se prétendait impitoyable (l’était-il ? comment le savoir ?). Et à chaque fois aussi, sauf certains jours où il aurait souhaité tout jeter par la fenêtre, la même nuance étonnée et caressante de satisfaction timide, le sentiment d’avoir fait ce qu’il avait à faire comme il devait le faire.

          Il ne se sentirait pas honteux ni incertain devant elle, à montrer (exhiber ? ou peut-être tendre à moitié, à peine, à regret et en rougissant ?) des preuves tangibles de son activité si longtemps maintenue dans l’ombre. Il ne craignait même pas le jugement de Laure, ce jugement à l’emporte-pièce qui pouvait si aisément vous couler à jamais dans vos tentatives (oui, le couvercle par-dessus, à ne pas rouvrir puisque tout serait mort en dessous). Ce qu’il redoutait, c’était de lui paraître trop sûr de lui, la forfanterie proclamée, sa réserve naturelle devenant hautaine – et ce serait si facile de dériver dans ces eaux-là, il suffirait de s’emmancher maladroitement, tout serait compromis et il se haïrait d’en être arrivé là car tout serait de sa faute. Certes si c’était fait, si elle avait été tenue informée de sa nouvelle position dans les cadres de la société, tout serait plus clair à présent.

          Mais il ne fallait pas non plus qu’elle s’imaginât pouvoir l’aider ! Elle ne verrait peut-être pas qu’il n’en était déjà presque plus au niveau de l’expérimentation à partir de données étrangères, qu’il en était déjà arrivé à travailler sur sa matière à lui, sans recours aux éléments annexes autres que ce qui sourdait en lui en abondance sans jamais amoindrir son ardeur. Bien sûr il y avait tout ce qui se captait pour se déposer en lui, en strates menues et colorées, sans même son accord – de même que s’étaient déposées en lui peu à peu depuis les premiers bredouillements de l’enfance les acquisitions glanées de tout part, en forme de souvenirs ou d’images, de sonorités aussi, souvent, et auxquelles il n’avait eu qu’à laisser s’ajouter les connaissances assimilées année après année è-au hasard de ses itinéraires culturels. Mon verre est petit mais je bois dans mon verre. Et en vérité ce serait délicat à établir, et pourtant il lui faudrait bien se poser en s’opposant, comme on se forme au quotidien en se frottant à la vie .Elle resterait sans doute sur sa surprise, sur son attente, sur un geste venant de lui.

          Quant à lui donner dans l’immédiat la moindre page écrite… Rien que d’y songer il frissonnait. Pas question. Ce qu’il avait écrit était écrit, existait d’une vie autonome, ouverte à des relectures, à des corrections, à des ajouts mais de sa main à lui. C’était comme lorsqu’il dessinait, la main travaillait toute seule, s’élançait, le sujet se peuplait – il songeait par exemple à ce dessin qu’il avait donné pour la distraire à grand-mère Zora, l’année de sa mort, un dessin si vivant, presque irréprochable, cette meute de manifestants sous une banderole de revendication, ces têtes aux physionomies si différentes, ce mouvement de foule qui marchait comme un seul homme – il l’avait esquissé en quelques secondes, sans jamais avoir reçu le moindre conseil ni avoir suivi la moindre règle. D’instinct. Et c’était d’instinct aussi qu’il écrivait, mais à dire le vrai il y avait derrière lui la masse des lectures qui l’avaient impressionné et modelé. D’ailleurs, le seul fait de montrer ce qu’il avait écrit allait le dépouiller en partie de sa primauté de possession. C’était peut-être ce que ressentait une mère lorsque, après l’accouchement,  elle voyait l’enfant offert aux regards de tous, alors qu’elle l’avait jalousement gardé en elle, rien qu’à elle, si longtemps.

 

 

                                                                                  ('à suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 17:49

LAURE A L'ŒUVRE, Chapitre H, pages 59 à 61

 

 

(vendredi 16  août)

 

CHAPITRE  H

 

 

          Se pouvait-il qu’elle n’ait rien deviné de son activité secrète, si mal – si bien peut-être, après tout – défendue dans le silence ? Quand il avait mentionné la diversité d’études qu’il avait choisi de faire (elle avait bien remarqué que ses goûts personnels dominaient, elle l’avait même amené à préciser qu’il n’avait pas mis au premier plan le souci de se faire une place au soleil le plus tôt possible, même que, surpris de cette sagacité, il avait mis en avant qu’il avait une bourse et que grâce à elle il avait pu aller dans plusieurs directions), avait-elle songé que cette variété relevait d’une insouciance non encore sortie de l’adolescence ? ou d’un caprice de dilettante ? ou d’une instabilité foncière qu’auraient peut-être occultée des résultats brillants ? Elle ne pouvait ignorer à présent que ses avancées régulièrement enthousiastes se situaient dans le domaine des langues et des lettres, ni que sa passion des littératures ne pourrait  tôt ou tard que déboucher dans l’écriture – la sienne, à force de baigner dans celle des autres…

          Il aurait pu lui Vuk, dès son arrivée chez elle, lui laisser entendre qu’il avait trouvé son mode d’expression. Qu’il s’était lancé. Qu’il savait ce qu’il ferait plus tard, ce qu’il deviendrait si les petits cochons ne le mangeaient pas. Il aurait pu lui cacher son caractère ombrageux, il aurait pu marquer sa place, il aurait pu lui laisser entendre, dans la foulée, qu’en fin de compte il ne se hérisserait point contre les encouragements ou les conseils. Laure aurait donc pu voir en lui un laborieux de la plume possédé du même mal qu’elle, qui  ne se contenterait plus de goûter chez les écrivains leurs manières de rythmer leurs mots en y enlaçant la pensée mais qui avait, avec fièvre et le cœur battant, rejoint leur bataillon pour marcher, sinon du même pas qu’eux – haïssable idée – du moins dans le peloton de tête ou de queue : peu importait, puisque même sans leur parler ni les regarder il marcherait avec eux.

          Une plume en face d’elle – l’idée même de les mettre dans les deux plateaux d’une même balance lui paraissait monstrueuse. Son plateau à lui, pourtant, à cause du poids de l’autre, risquait de faire s’envoler la plume, mais non, elle avait tenu, elle avait résisté au mouvement de l’air, elle existait. Il pensait à ces inscriptions de croyants, rattachés sans doute à une secte ou une action militante, qui ponctuaient les bas-côtés des grandes routes italiennes : « Dio c’è ! ». Un cri, une provocation, une affirmation d’existence. Il aurait pu, en d’autres termes naturellement mais avec la même ferveur, attirer l’attention sur son statut en train de se définir. J’écris, j’ai commencé à écrire, je ne veux qu’écrire – toutes ces affirmations soigneusement proclamées à soi-même, en secret, avec d’autant plus de force et de panache qu’en dehors de lui rien ne suintait. Rien n’avait suinté encore. C’était sans doute une erreur, il s’en rendait compte maintenant. Il avait trop attendu pour se libérer de ce secret, il aurait pu, il aurait dû sans doute lui en faire part dès les deux ou trois premiers jours de son séjour chez elle, une fois non point la glace rompue (y avait-il donc eu de la glace ?) mais la confiance installée, réciproque, entre eux deux. Il n’avait rien dit alors, et maintenant elle se demanderait pourquoi il avait tant tardé – car il allait le dire incessamment. Il fallait reconnaître que la jouissance en avait été si profonde, si ample, si nourricière, qu’il avait reculé le moment d’en parler. A deux ou trois reprises déjà il avait frôlé cette annonce timide, voilée, sans y procéder. Malgré lui des expressions jumelles entendues sur les chaînes de télé au moment des résultats sportifs s’imposaient, sarcastiques : les athlètes avaient tutoyé le podium, ils n’avaient pas réussi. Lui, sans tapage, il avait tutoyé l’occasion de se situer dans le paysage humain, mais il n’avait pas poussé son avantage jusqu’au bout.

          Oh ce n’aurait pas été dans l’intention de se faire mousser, il avait tout à craindre de son étonnement, de ses questions, de ses offres de service qui le froisseraient peut-être, voire de ses félicitations. Tout de même, il se serait installé dans leur contexte culturel un peu plus clairement – non pas but à but comme disaient dans Marivaux (il allait finir par en acquérir une teinte solide, à force, c’est qu’ils vivaient presque en compagnie  du dramaturge) les valets qui, profitant des circonstances, copinaient lourdement avec leurs maîtres, mais en quelque sorte comme les jeunes loups du Livre de la Jungle quand ils se risquaient à dire au vieil Akela, le chef de la meute : « Nous sommes du même sang , toi et moi ». Pas de la même fratrie, mais sûrs l’un et l’autre qu’ils se partageaient quelque chose. Il n’aurait pas accepté dès cet instant de montrer ce qu’il avait entassé dans ses tiroirs depuis déjà des mois, non d’ailleurs pour jouer la vieille coquette se faisant prier pour exhiber ses vétustes appas, mais encore dans un mouvement de défense, pas envie de partager si vite, peur de perdre quelque chose de cette possession qui lui avait été dévolue, peur d’émietter son bien, peur de le regarder d’un œil soudain trop dépréciatif pour continuer à croire en lui. Il n’aurait peut-être même pas eu envie de laisser deviner qu’il avait déjà beaucoup écrit dans des directions différentes, non parce qu’il hésitait à s’engager ici ou là mais à force d’ivresse de l’écriture, qui l’exaltait jusqu’à découvrir en soi des ressources ignorées jusqu’alors.

          Il y avait déjà longtemps qu’il avait commencé à écrire, mais lui-même n’y attachait aucun prix, il y pensait plutôt avec un attendrissement condescendant, c’était sans doute là ce que n’importe qui aurait pu mettre sur le papier quand une démangeaison de fin d’adolescence se serait imposée, comme un prurit auquel il fallait céder d’urgence pour mieux s’en débarrasser. C’était plus tard qu’il avait reconnu cette force en lui, ce jaillissement presque douloureux qui confinait à l’enivrement. Sentir sortir de soi, du fond de soi,  de ces choses mal définies et autoritaires qui tourmentaient comme au moment d’une naissance – laquelle était expulsion hors d’un monde pour projection brutale dans un autre – et, tout en les découvrant avec étonnement parce qu’elles étaient inconnues, presque étrangères, les trouver indiscutablement proches, personnelles, vraies… Avec une forme indépendante de toute volonté, jaillie soudain peut-être en cadeau des dieux, à observer dans l’émerveillement parce qu’on pouvait enfin les voir, ces choses obscures dont on n’avait perçu jusqu’alors que le grouillement ténébreux. Une alchimie robuste et secrète avait agi, qu’il avait eu simplement l’impression de transcrire dans une bousculade éperdue, craignant de ne pas suivre le rythme imposé, craignant d’en perdre au passage, craignant surtout de perdre le fil. Il s’était retrouvé pantelant, épuisé, à la fois vidé et grandi. Les tempes bourdonnantes, le cœur palpitant. Incrédule et convaincu. L’idée ne lui était jamais venue d’écrire en serbe : ses essais, doutant d’eux-mêmes ou fougueux, n’avaient pas eu à hésiter pour trouver leur médium. Il aurait peut-être pu découvrir plus facilement des sources d’inspiration dans sa terre natale, mais il la connaissait si mal, elle avait revêtu pour lui une coloration tellement sinistre et ravageante que malgré la paix revenue, malgré la reprise à tout-va d’un tourisme ayant retrouvé son élan et sa fascination pour le public, il se sentait détaché d’elle comme si elle avait été la terre d’un grand-père mort depuis longtemps, c’est-à-dire avec des liens patents mais plus rien de sentimental ni même de proche.

          D’ailleurs il ne lui avait jamais semblé qu’une autre langue que le français eût pu convenir pour ce qu’il sentait obscurément en lui capable de germer, de s’affirmer, de s’épanouir. Il y avait des richesses qui ne se partageaient pas, des secrets réservés aux uns et pas aux autres, des  terrains de fouilles et d’investigations qui se prêtaient aux recherches tandis que d’autres se fermaient, ne rendaient pas, ne répondaient pas. Bref il n’allait pas toujours réfléchir à ce qu’il aurait pu avoir envie d’écrire s’il avait démarré en serbe – démarrer avec les souvenirs d’enfance et de petite enfance n’était pas une solution valable, il savait que cela n’entraînait pas loin, c’est ce que faisaient tous les retraités qui occupaient leurs loisirs à servir le brin de plume qu’ils s’imaginaient posséder – et c’était seulement une réflexion au passage qui soulignait non sans charme qu’il était l’héritier de plusieurs opulences. A lui de faire

(à suivre)

 désormais. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          LAURE A L'ŒUVRE, Chapitre H, pages 62 à 65

 

 

(vendredi 23  août)

 

CHAPITRE  H

 

 

          Mais pas question de mettre en avant cette détermination à écrire qui était sa vocation et à laquelle il avait commencé à obéir – d’ailleurs on n’obéissait pas à un tel Diktat, on était bien obligé de suivre, est-ce qu’on résiste à une crue ? On se trouvait entraîné par les eaux déchaînées, on était roulé dans leurs remous avec brutalité, on eût cherché en vain un point d’ancrage un appui une branche pour s’accrocher à la rive, tout ce qu’on pouvait faire c’était s’abandonner à ces courants mystérieux, à ces forces obscures qui soudain avaient envahi votre existence et votre pensée. On allait se noyer sans doute, perdre la vie – mais l’épreuve, ce combat presque désespéré qui vous faisait aussi trouver en vous des forces inédites et miraculeuses, vous forgeait une personnalité nouvelle, pleine de complexités et de contradictions, d’espoirs et de découragements, d’orgueil et de modestie qui eux aussi se faisaient la guerre. Une magie, un bouillonnement vous emplissaient<. Vous n’étiez plus rien, vous étiez le monde.

          Il y avait en vous des choses qui remuaient, des choses sonores qui s’articulaient se bousculaient. Avortaient en bafouillages informes. Soudain giclaient comme expulsées hors d’un magma qui ne voulait plus d’elles, par caprice, sans pour autant exprimer une volonté de construction demeurée dans les limbes. Il se demandait alors qui s’agitait tout au fond, qui brassait les sons les remuait les étouffait, toute une cuisine de vocables dont on ne pouvait rien faire sinon attendre que l’ébullition cessât. Et parfois tout cessait, pesamment, sans explication. Mais parfois aussi, tel un air de flûte dont le tour était venu de s’élever pour planer au-dessus des rumeurs d’un orchestre encore en train de s’accorder, voilà qu’une phrase s’imposait, elle lui était offerte, il n’avait plus qu’à la prendre sans savoir d’où elle venait ni où elle allait l’entraîner. Le premier vers d’un poème peut-être, don des dieux. Ou le début d’une histoire, d’un déroulement de pensée, d’une idée à développer qui s’imposait, lancinante, tyrannique. Il avait l’impression de ramasser des morceaux de phrase tombés au hasard, il hésitait encore à en faire quelque chose, quelquefois les choses s’organisaient d’elles-mêmes, cessaient de le provoquer, s’assagissaient au point de se faire adopter en cessant leur petit jeu de Si tu m’attrapes.

          Du coup et en même temps une porte s’ouvrait avec autorité, comme si on l’appelait chez le médecin – au suivant ! – sans discussion ni dérobade possible. Au contraire il ressentait la valeur de l’offre qui lui était faite, invite pressante à participer à l’aventure parce que c’était elle parce que c’était lui. Il recevait l’hommage d’un cœur battant, à la fois enivré et matraqué sous le choc. Il se lançait avec brutalité, il fonçait. Les sons étaient devenues mots, ils s’enchaînaient avec aisance, il lui semblait que peu à peu cela changeait d’origine, qu’il avait droit à participer, qu’il devait même participer de toute nécessité. L’élan pouvait se propager comme une ride sur une surface d’eau, les sons se chargeaient de sens, on dépassait le niveau acoustique pour entrer dans le domaine de la pensée encore drapée dans l’arrangement sonore. Puis peu à peu on le laissait seul se débattre entre les éléments de ce medium inédit, submergé, retrouvant des automatismes sous des formes nouvelles. A présent c’était lui qui organisait les valeurs, la toute première fois il en avait pris le vertige.

Dès les premiers balbutiements (mais non pas, là encore : il n’y avait pas eu de ces misérables, pathétiques embryons d’expression comme ceux qu’on guette sur les lèvres maladroites d’un affligé de bégaiements ni même de cette bouillie sourdant avec entêtement d’une bouche enfantine qui découvre qu’elle peut produire autre chose que des bulles ou des bâillements) dès les premiers jaillissements, au contraire, même mal maîtrisés, même un peu erratiques, mais précisément aux antipodes de la surprise de la libération d’une force nouvelle qui aurait coulé hors par le biais d’une simple évolution animale, il avait deviné , oui il avait su qu’il saurait écrire. Qu’il aurait un style, à travailler certes selon ce qui s’imposerait, mais une manière à lui de disposer des mots et de leurs sonorités en même temps que de leurs significations et de leur pesanteur. Qu’il imposerait, issue des zones obscures dont il sentait l’agitation mais dont il ignorait les règles de fonctionnement, une sorte de respiration qui doublerait la sienne propre, qui pourrait s’amplifier jusqu’au délire et qui serait structurée selon les rythmes musicaux secrets portant sa marque. Une obligation d’écrire, en quelque sorte, ressentie dans tout l’être comme une contrainte épanouissante mais parfois épuisante, créant le conflit et l’agitation avec brutalité, combinant le martèlement des rythmes enfouis dans leur substance et, surprenant à chaque fois, le phrasé de la mélodie.

Il avait déjà assez écrit, assez relu de temps à autre  des pages imprimées d’un œil critique qui voyait avec sûreté les corrections à faire et, avec une humilité touchante, les progrès ou les acquis, assez déjà pour pouvoir analyser les raisons profondes qui dès le départ lui avaient fait comprendre qu’il saurait écrire, qu’il aurait un style, et que c’était bien autre chose de partir de cette source invisible et mystérieuse pour amener sur le papier des phrases entières, des paragraphes entiers marqués à son sceau et où il pouvait se reconnaître, que de décider un beau jour de se mettre à écrire  histoire de faire comme tout le monde, ou, comme tant d’auteurs ayant reçu non pas le don mais le coup de pied au cul qui convenait au moment où il convenait, de se lancer dans un best-seller ou, du moins, un coup littéraire et médiatique, lequel allait leur apporter une montagne de sous qu’ils iraient faire se détendre aux îles Caïman ou, plus près, en Suisse voire tout simplement au Luxembourg, ces lieux touristiques réputés pour de saines vacances.

Un point de non retour, atteint, marqué. Just toeing the scratch, pensait-il, touchant la ligne de départ – ou la limite de déplacement – du bout de l’orteil. Non certes on ne regardait pas vers l’arrière quand on en était là, c’était vers l’avant qu’on se tendait, qu’on se courbait, qu’on s’apprêtait à lancer sa boule. Et la boule pouvait, selon le choix, soit rouler lentement, fermement, directement jusqu’à toucher le petit, ce qui lui assurait la prééminence, soit avec violence atteindre le regroupement des boules déjà en place et faire éclater leur masse dans un jaillissement en toutes directions. Une déflagration imparable. Une explosion en feu d’artifice… Il avait pratiqué les deux formules, lui Vuk, sans même bien s’être rendu compte de rien. Sur un parcours d’une seule traite d’abord, avec une obstination qui se soutenait toute seule, presque en apnée jusqu’à la fin de l’effort, se retrouvant haletant en bout de ligne, découvrant des choses désormais existantes auxquelles il n’avait jamais accordé un regard, trouvant du même coup, peu à peu, que leur venue à la lumière était indispensable et réussie. Mais aussi se prodiguant en étoile, comme enivré d’avoir tant de buts à la fois, essayant de l’un puis de l’autre, ravi à chaque fois, à chaque fois renouvelé recréé confirmé.

          Et sans besoin d’instaurer une hiérarchie. Chaque essai transformé avait sa valeur propre, signifiait, témoignait. Relevait d’une exigence particulière, défrichait son terrain sans s’occuper de rien autre, s’imposait une fois atteinte sa formulation de conclusion. Et il s’était émerveillé de se découvrir à son aise partout, sans chercher à relier ses écritures entre elles, chacune avec son genre, sa teneur, sa portée. Avec ses couleurs, ses résonances, sa tonalité. Les dossiers s’étaient multipliés dans ses tiroirs, les contenus s’enrichissaient. Sans le préméditer, simplement parce qu’il s’enfilait dans une tenue ou dans une autre, le style changeait, vocables structures rythmes. Il laissait faire, dès le début il avait laissé faire. Et à chaque fois l’arrivée en bout de ligne lui causait la même surprise, entraînait la même observation un peu inquiète sourcils froncés, le même examen qui se prétendait impitoyable (l’était-il ? comment le savoir ?). Et à chaque fois aussi, sauf certains jours où il aurait souhaité tout jeter par la fenêtre, la même nuance étonnée et caressante de satisfaction timide, le sentiment d’avoir fait ce qu’il avait à faire comme il devait le faire.

          Il ne se sentirait pas honteux ni incertain devant elle, à montrer (exhiber ? ou peut-être tendre à moitié, à peine, à regret et en rougissant ?) des preuves tangibles de son activité si longtemps maintenue dans l’ombre. Il ne craignait même pas le jugement de Laure, ce jugement à l’emporte-pièce qui pouvait si aisément vous couler à jamais dans vos tentatives (oui, le couvercle par-dessus, à ne pas rouvrir puisque tout serait mort en dessous). Ce qu’il redoutait, c’était de lui paraître trop sûr de lui, la forfanterie proclamée, sa réserve naturelle devenant hautaine – et ce serait si facile de dériver dans ces eaux-là, il suffirait de s’emmancher maladroitement, tout serait compromis et il se haïrait d’en être arrivé là car tout serait de sa faute. Certes si c’était fait, si elle avait été tenue informée de sa nouvelle position dans les cadres de la société, tout serait plus clair à présent.

          Mais il ne fallait pas non plus qu’elle s’imaginât pouvoir l’aider ! Elle ne verrait peut-être pas qu’il n’en était déjà presque plus au niveau de l’expérimentation à partir de données étrangères, qu’il en était déjà arrivé à travailler sur sa matière à lui, sans recours aux éléments annexes autres que ce qui sourdait en lui en abondance sans jamais amoindrir son ardeur. Bien sûr il y avait tout ce qui se captait pour se déposer en lui, en strates menues et colorées, sans même son accord – de même que s’étaient déposées en lui peu à peu depuis les premiers bredouillements de l’enfance les acquisitions glanées de tout part, en forme de souvenirs ou d’images, de sonorités aussi, souvent, et auxquelles il n’avait eu qu’à laisser s’ajouter les connaissances assimilées année après année au hasard de ses itinéraires culturels. Mon verre est petit mais je bois dans mon verre. Et en vérité ce serait délicat à établir, et pourtant il lui faudrait bien se poser en s’opposant, comme on se forme au quotidien en se frottant à la vie .Elle resterait sans doute sur sa surprise, sur son attente, sur un geste venant de lui.

          Quant à lui donner dans l’immédiat la moindre page écrite… Rien que d’y songer il frissonnait. Pas question. Ce qu’il avait écrit était écrit, existait d’une vie autonome, ouverte à des relectures, à des corrections, à des ajouts mais de sa main à lui. C’était comme lorsqu’il dessinait, la main travaillait toute seule, s’élançait, le sujet se peuplait – il songeait par exemple à ce dessin qu’il avait donné pour la distraire à grand-mère Zora, l’année de sa mort, un dessin si vivant, presque irréprochable, cette meute de manifestants sous une banderole de revendication, ces têtes aux physionomies si différentes, ce mouvement de foule qui marchait comme un seul homme – il l’avait esquissé en quelques secondes, sans jamais avoir reçu le moindre conseil ni avoir suivi la moindre règle. D’instinct. Et c’était d’instinct aussi qu’il écrivait, mais à dire le vrai il y avait derrière lui la masse des lectures qui l’avaient impressionné et modelé. D’ailleurs, le seul fait de montrer ce qu’il avait écrit allait le dépouiller en partie de sa primauté de possession. C’était peut-être ce que ressentait une mère lorsque, après l’accouchement,  elle voyait l’enfant offert aux regards de tous, alors qu’elle l’avait jalousement gardé en elle, rien qu’à elle, si longtemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          LAURE A L'ŒUVRE, Chapitre H, pages 66 à 70

 

 

(vendredi 30 août)

 

CHAPITRE  H

 

 

 

          Le moment venu – et malgré son optimisme demain n’en était pas encore la veille – il allait tout faire pour que ses pages mises en ordre et en cohérence soient publiées, parce qu’il sentait, parce qu’il savait qu’alors elles se mériteraient. Et il se débattrait tout seul avec les problèmes effrayants qu’il lui faudrait alors négocier, il n’accepterait pas - ou à contrecœur - l’aide qu’elle serait toute prête à lui prodiguer, fût-ce matériellement par les contacts avec les  éditeurs parmi lesquels elle avait assuré sa carrière. En tout cas il n’accepterait pas de se situer dans sa mouvance, ni selon les affinités littéraires, même si la mode était solidement installée de créer des clans ou des réseaux où le piston s’imposait tout seul, autour d’un nom porte-bannière flottant au-dessus d’un regroupement de chanteurs, de comédiens, d’écrivains, de n’importe quoi en fin de compte pourvu que le nom figurât quelque part sur les programmes d’activités des membres. Il se battrait tout seul, comme Laure l’avait fait en son temps ; et tant pis s’il connaissait les déboires qu’elle avait connus. Cette part de risque lui convenait. Il avait aimé, dans l’un des grands romans où elle sortait de l’ombre ses racines tutélaires, ce personnage d’un gamin de quatre ans qui serait plus tard son père bien-aimé et qui, matin après matin, refusait qu’on lui accrochât ses bottines. Tout seul, disait-il en écartant la main protectrice. Tout seul, c’était bien une belle devise. On n’était pas obligé de la brandir avec ostentation, on pouvait tout aussi bien la garder pour soi, la pratiquer en ne rendant des comptes qu’à soi. S’il devait lui apporter un beau jour un livre tout frais sorti des presses, il se sentirait affreusement timide jusqu’à l’angoisse, tremblant d’excitation et d’émotion, il le poserait devant elle sans un mot, il saurait que ce serait pour elle le cadeau le plus bouleversant du monde parce qu’elle y découvrirait la ferveur qu’il lui avait vouée et dont ils étaient si conscients l’un et l’autre même s’ils n’en parlaient jamais. Elle regarderait sans la toucher cette couverture qui à la fois serait la concrétisation d’un rêve et en même temps délimiterait le secret, l’enfermant entre ses deux faces comme une dernière protection toute prête à céder, conçue pour céder. Il y aurait entre eux une circulation de bonheur, une ivresse de légèreté, l’émotion de se savoir si bien appariés alors que cet appariage, cette fusion, s’étaient réalisés en franchissant tous les obstacles. N’auraient jamais dû naître. Etaient nés pourtant, étaient faits pour durer.

« Nous sommes du même sang , toi et moi… » Par-delà toutes les appartenances physiologiques qui n’existaient pas entre eux, c’était beau de pouvoir se prévaloir de la parenté avec les loups. ..Mais précisément la formulation de cette relation qu’il établissait si effrontément sans doute le fit soudain frémir, comme s’il recevait brusquement une averse d’été survenue sans crier gare. Cette vision du futur – et pas nécessairement d’un futur proche, il en avait bien conscience – lui parut presque indécente dans son culot. Qu’avait-il donc tant mis sur le papier, lui, qui lui permît de traiter de pair avec un écrivain chevronné, reconnu, massivement productif ? Et, en outre, pas encore au bout de son rouleau, loin de là. Il se rappela de lui-même à la modération, à la sagesse. A la modestie, salutaire position après les envolées dans le rêve. En revenant au niveau de ses petites affaires à lui, il lui sembla qu’il s’ébrouait. Un chien qui sort de l’eau, une poule qui vient d’échapper à un danger imaginaire, un cheval repu qui sort la tête d’un sac d’avoine… autant d’évocations sympathiques se passant dans la pleine lumière de l’été avec des bruitages naïfs et joyeux. Il se sentait d’humeur à reprendre ses écritures sur le mode menu, et non en mineur car l’invasion de la lumière d’été dans son domaine mental le réjouissait, comme au sortir d’une pénombre tristounette qui l’aurait débilité trop longtemps.  Certes, Mais tout de même l’averse soudaine, brutale, rafraîchissante comme une pluie d’orage sous les tropiques l’avait rappelé à la réalité. Non point mineur, mais menu. Il fallait faire avec ça.

Il estima qu’il avait dépassé la période de rodage, oui, il avait déjà prouvé son potentiel de réalisation dans plusieurs directions, assez vaillamment pour s’estimer prêt – prêt à se montrer mais timidement, prêt à se soumettre au jugement d’autrui mais sans s’y décider tout à fait. Il se sentit encore fragile, comme une plante qu’on aurait entourée de soins pendant sa période de croissance et qui devrait à présent affronter l’air du dehors, le vent, le froid, les giboulées ravageuses. Sa censure personnelle était dure, il la jugeait telle et s’en félicitait. Il la mettait à l’œuvre une fois les grands élans terminés, une fois que, sans le lyrisme qui réussissait si bien à Laure et que pour sa part il fuyait comme la peste, il avait achevé une page lourde de sens et peut-être de force – il n’osait guère encore trancher sans hésiter un peu, mais il lui arrivait de se relire le cœur battant, et alors il lui semblait qu’il s’épanouissait, comme s’il avait acquis une dimension autre. Il se découvrait alors différent de ce qu’il avait cru être, il se découvrait des pensées inédites, des phrasés inattendus, des associations d’idées qui filaient dans des directions vierges, il découvrait tout cela, c’était lui qui l’avait écrit, il lui fallait s’en persuader d’abord avant d’exprimer un jugement.

          C’était même sa personnalité qui changeait – sans changer sans doute à l’extérieur, ni dans son allure ni dans ses comportements, ou alors y avait-il modification de ce qu’il était avec Laure sans qu’il en ait pris conscience, de ces modifications subtiles dont Laure par exemple aurait immédiatement flairé l’existence ? C’était un peu comme s’il avait en lui plusieurs personnalités, qu’il hébergeait en donnant à tour de rôle le premier rang à chacune, sans même trop voir comment les choses s’agençaient, cela se faisait entièrement en dehors de sa volonté, il était l’une puis l’autre, une autre encore, peut-être se poussaient-elles pour arriver devant, en tout cas c’était celle qui avait pris la première place qui s’imposait pour tenir le crachoir, c’était elle qui s’exprimait, elle possédait une voix un ton des nuances, il suivait parce qu’il se trouvait enveloppé dans ses plis, il n’avait aucun pouvoir pour y résister, il devait l’écouter la suivre l’accepter telle qu’elle était, puis c’était une autre qui se faisait entendre, comment pourquoi il n’en savait rien mais elle s’imposait aussi fort que la précédente, c’était cette direction-là alors qu’il fallait suivre, là encore bâillonné roulé enveloppé, il,écoutait il entendait il n’avait plus qu’à transcrire, pas question de perdre le fil sinon la magie serait rompue.

          Une ivresse s’insinuait en lui, venant du fond ou du tréfonds, parce qu’il sentait bien que les unes et les autres naissaient de lui. Un même sortilège que pour la naissance de Vénus Aphrodite née de l’écume de la mer – jolie formule poétique pour résumer ce qui, selon Hésiode ou les premiers philosophes s’efforçant à penser le monde, désignait la beauté émergeant de cette interminable masturbation du cosmos des premiers âges. Ce qui se passait au niveau de la Création de l’univers était de même nature que ce qui se passait au niveau de la conception artistique, c’étaient les mêmes circuits, les mêmes courants, les mêmes rythmes. Un brassage difficile à définir, peut-être même innommable, dans les profondeurs où se traînaient d’autres choses également innommables, avortées, non nées, informes, peu à peu prises dans ce mélange en spirale qui aurait sans doute acquis de la force pour monter si d’autres brassages contraires, d’autres courants, d’autres rythmes, n’avaient fait durer l’alchimie. Un ébranlement sourd de l’ensemble, un malaxage indépendant du temps. Des bribes de souvenirs, des bribes d’émotions, des bribes ,de chansons ou de phrases – des images qui se noyaient, surgissaient comme portées par une houle secrète puis s’enfonçaient, déformées, décolorées, mortes pour renaître ailleurs sans qu’on pût les reconnaître. Des pistes semblaient se dessiner, invitant à la quête pour s’interrompre tout de suite et se dissoudre. Rien ne ressortait de ce brassage, il n’était pas destiné à être décelé, il fallait seulement le deviner comme une lourdeur qu’on porte en soi – attendre qu’elle se décidât à remonter au jour, à s’imposer comme prête à naître, brassages terminés sortie imminente imparable, et alors il fallait suivre dans cette maïeutique non organisée qui ne dépendait pas de vous.

          Vous, vous étiez le scribe. Essayant de ne pas trop être nerveux devant cet afflux soudain de matière qui sortait de vous, dont vous ne connaissiez ni le visage ni la teneur et dont pourtant vous seriez le seul responsable. Le  verbe jaillissait, sans aucun rapport avec ce que vous aviez vu ou pensé ou entendu les dernières heures, et pourtant vous aviez dû engranger assez d’éléments créateurs pour qu’il ait pu s’en être nourri, à s’affirmer avec une telle autorité. Et vous ne pouviez  que  le contempler une fois affirmé hors de vous, vous preniez connaissance de  ce qu’il signifiait et à chaque fois c’était une vague surprise, une incrédulité passagère de votre paternité puis un gonflement de tout l’être d’avoir réussi cette mise au monde.

          C’était dans cette direction qu’il lui fallait continuer, peut-être avec plus de conscience, moins de fatalisme, en tout cas l’élan qui avait été impulsé ne venait pas de votre volonté, encore un de ces cadeaux des dieux sans lesquels personne n’aurait jamais rien écrit. Il avait déjà eu assez d’expérience de la chose lui Vuk – cette chose indéfinissable, indescriptible qui se contentait d’être et qu’il fallait bien accepter comme telle – pour prendre conscience de l’individualité qui s’était arrangée afin de  prendre la première place. Celle qui s’était avancée en bousculant les autres, en les écartant sans doute férocement pour qu’elles ne revendiquent pas une part d’air extérieur, de venue à la lumière. Celle qui avait pris toute la place disponible, s’imposant à la transcription, haussant le ton, sans même de l’arrogance mais tout simplement écrasant tout ce qui n’était pas elle.

          Il y avait donc en vous des forces insondables dont vous auriez facilement nié l’existence avant d’en avoir fait l’expérience. Et certainement que bien des humains resteraient incrédules, ricanant peut-être – mais aussi bien n’étiez-vous pas l’un de ces humains. Vous étiez vous, cela suffisait pour que vous sachiez où vous situer, donc ce que vous étiez capable de recéler en vous de mystérieux et d’étonnant. Car il y avait toujours un élément inattendu dans ce qui sortait de vous de cette manière, lorsque vous aviez laissé s’exprimer – comment faire autrement ? – la voix qui avait dominé les autres. C’était vous et ce n’était pas vous, et pourtant même dans le plus inattendu vous vous reconnaissiez. Vous étiez en somme l’alpha et l’oméga du processus : rien ne pourrait se passer si vous n’étiez pas le centre de ce bouillonnement mais il se produisait en dehors de votre volonté, il s’était préparé en dehors de votre connaissance, depuis des mois et des années, et ce qu’il se démenait pour mettre au monde vous ne l’adoptiez qu’une fois né, même pas le temps de le reconnaître au passage il était déjà visible, avec des formes et des couleurs, et vous saviez qu’il était de vous.

          Et tant de choses différentes qu’il fallait reconnaître, admettre, adopter… Tant de voix s’étaient fait entendre, s’organisant dans leur ordre personnel qui vous admettait à peine comme partie prenante… Vous preniez tout ce qui sortait lorsque l’élan vous mettait en branle à titre secondaire, il vous fallait du temps pour que votre censure se mît à l’œuvre à son tour, mais bien souvent quand l’élan avait été irrésistible et bousculant dans sa violence, vous vous contentiez de vous sentir justifié, le cœur battant de la découverte, hésitant encore un peu à vous réjouir. C’est que vous n’étiez jamais sûr de vous reconnaître dans ce que vous veniez de transcrire, il fallait un moment avant d’en admettre la paternité et de l’assumer.

          C’étaient ces individualités distinctes qui l’émerveillaient le plus. Combien recélait-il donc d’entités, d’identités, pour qu’elles pussent se traduire en si visibles contrastes ? Il en avait déjà à l’occasion discuté avec Laure, elle parlait si volontiers de la manière dont la création se réalisait en elle – pour ce du moins dont elle pouvait avoir connaissance ou intuition – et autant il avait été attentif, parfois même subjugué qu’il était par la description qu’elle tentait de donner du phénomène, autant il se persuadait que pour lui – s’il arrivait à se lancer dans la même voie, non pour l’imiter mais parce qu’il ressentirait à son tour quelque chose dont il lui faudrait se libérer coûte que coûte – le processus serait totalement en contraste, car il ne traiterait pas des mêmes sujets, il ne se laisserait entraîner que dans des voies différentes, il créerait à sa manière, dans sa direction à lui.

          Et lorsqu’il lui aurait fait part de cette activité secrète, soit en la suggérant seulement soit en allant jusqu’à lui en montrer des preuves – mais il faudrait certainement attendre encore quelque peu, même si l’entente entre eux se consolidait et s’affinait de jour en jour – le niveau, et peut-être la profondeur voire la subtilité de ces échanges allaient s’affirmer : elle chercherait avec d’autant plus de précision à lui faire part de ses impressions au cours de ces phases exaltantes et opaques où on en était réduit à sonder les ténèbres pour tenter de comprendre comment se faisait l’arrivée à la lumière. Il était arrivé sur son orbite à un moment idéal : non seulement elle pouvait disposer de toute son œuvre achevée pour expliquer éclairer commenter, mais encore il y aurait ce dossier des inaboutis, comme elle l’appelait, sur lequel ils allaient travailler incessamment. Il ne savait pas encore bien comment, mais elle l’avait dit avec force : à partir de ces bribes à peine suggérées ils allaient tous les deux mettre la main à la pâte.

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 16:53

[i]LES BOITES A LIVRES

 

          La création des boîtes à livres dans les quartiers semble avoir rencontré un besoin essentiel qui jusqu'à présent ne s'était pas manifesté, trop dépassé qu'il était par d'autres urgences absolument et davantage  indispensables. Je ne crois pas, par exemple, que le panier de la ménagère ait jamais contenu le moindre livre parmi ses musts, ni même qu'il en soit fait mention - et à mon avis c'est significativement alarmant, mais le combat est inégal... D'où le caractère intéressant et puissamment social de ce système, qui fonctionne en permanence près de chez moi. Que faire des ouvrages qu'on ne veut pas garder, pas relire, pas même feuilleter, qu'on a hérités depuis des lustres et conservés par piété (ou par flemme d'appeler un soldeur) et qui ne servent qu'à encombrer des rayons qu'on souhaiterait libérer... pour y entasser d'autres bouquins (du moins c'est comme cela que ça se passe chez les gens qui lisent)? L'idée que des gens du quartier viennent avec régularité voir ce qu'on a déposé à leur endroit dans ces boîtes et qu'ils  attendent cette provende gratuite pour connaître quelques heures d'agréable oubli est réconfortante. J'y ai déposé l'an dernier deux gros volumes de philosophie dont je n'avais que faire, et j'ai pu y vérifier, en revenant un quart d'heure plus tard pour rapporter un nouveau chargement, qu'ils étaient partis l'un et l'autre, ce qui m'a réjouie. Naturellement le niveau de lectorat est irrégulier, et d'autres lecteurs se satisferont de la petite bière qu'on leur offre ; des petits romans, des nouvelles sans grand intérêt, des biographies...Je me sépare avec difficulté d'un roman que j'ai profondément aimé, d'une découverte que je viens de faire d'un champ littéraire nouveau - la Corée, la Thaïlande, Israël, l'Islande...

Pourtant de temps à autre je fais ce don de manière réfléchie, pour éviter de considérer cette boîte à livres comme une forme pratique de déchetterie littéraire.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

 

 

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 16:33
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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 11:09

NOUVELLES TENDANCES

 

          J'apprécie fort que parmi les tendances de comportement  que la clientèle des supermarchés et consorts pratique comme un seul homme et sans se rendre bien compte des mots d'ordre auxquels elle obéit  puisse figurer le recours aux petites entreprises de fabrication alimentaire, avec tendance plus ou moins avouée à prendre le pas sur les grandes marques dont on ignore tout, provenance, composition, datage etc. De plus en plus les légumes arrivent sur les gondoles, non seulement tout frais, après un voyage d'un kilométrage limité, mais avec le nom du producteur et toutes ses coordonnées : si on voulait se plaindre on le pourrait. De même au rayon des fromages, où à côté des grandes firmes jusqu'à présent impossibles à déboulonner des fromageries locales montrent le nez, brandissant leur responsabilité à la connaissance de qui se trouverait à critiquer leur qualité. Même progression de la transparence du contact pour la charcuterie : boudin ou pâté de foie,  andouillette ou fromage de tête,  vous savez maintenant qui a fabriqué tout ça, vous pourriez aller vérifier l'opération portes ouvertes permanente un jour où vous n'avez rien à faire. Et le beurre Merci? Il s'appelle comme ça pour vous remercier de recourir à un petite laiterie du Jura qui essaie de placer sa marchandise localement et sans anonymat. Oui, je me réjouis de cette tendance qui va sans doute devenir une mode puis une habitude régulière. Mais je m'afflige de la réflexion d'un gamin en face d'une cagette de tomates cultivées comme autrefois : " Qu'est-ce qu'elles sont vilaines, c es tomates! Des grosses, des petites, des encore avec du vert! Faut en prendre des autres, Maman, regarde là-bas comme elles sont bien rondes, et toutes pareilles!" Si la mère ne rectifie pas le tir, alors oui, on peut s'inquiéter.

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 12:23

L'AIDE A LA PERSONNE

 

          Le recours à l'aide ménagère est la marque de l'âge chez les vieilles dames et les vieux messieurs (une pensée au passage pour les vieilles dames et les vieux messieurs qui, dépourvus de moyens, sont bien obligés malgré parfois des handicaps désolants de se passer de cette assistance onéreuse). J'ai eu cette année d'étranges et variées expériences avec un personnel dont, accoutumée que je suis à une Fatima absolument exceptionnelle, je ne savais prévoir ni les caprices ni les roueries. Je prête donc le flanc à de nouvelles  aventures pendant que ma Fatima est au Maroc (un procès pour récupérer des terres prêtées depuis  trente ans à un frère qui désormais les proclame siennes, un voyage coup de vent  pour la circoncision des triplés arrivés en février dans la famille comme un cadeau des rois mages, visite au père mourant depuis deux ou trois ans et à la mère grabataire - le Maroc, pour elle, n'est pas un somptueux lieu de vacances) et j'aurai peut-être de croustillants détails à vous raconter, tels par exemple l'installation de l'une de ces prétendues aides sur mon lit avec une de mes chattes dans les bras. A la question "Mais que faites-vous là?" une réponse aussi logique qu'insolente : "Ben vous le voyez, je caresse les chats..." - ou encore la transformation par ses soins de la chambre d'amis en salon de coiffure avec tous ses accessoires bien en place, et même sa serviette : s'est-elle fait un shampoing?). Quant aux pannes de voiture et accidents bizarres qui justifient d'étranges retards, ou aux non moins étranges symptômes digestifs qui conditionnent une cessation d'activités tout ce qu'il y a de précoce et d'urgent,  j'espère en recueillir d'autres échantillons à partager avec vous.

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19 août 2019 1 19 /08 /août /2019 12:17

PATISSERIE CONSOLATRICE

 

          Dans l'attente éperdue de l'attention charitable et compétente qui voudra bien vous faire parvenir le Chapitre H de Laure à l'OEuvre en panne de livraison depuis vendredi, je me sens dégoûtée de ce monde informatique qui ne consent qu'à s'entrouvrir pour moi, malgré mon application et mon désir de bien faire. Je me demande parfois si mon opiniâtreté à continuer dans cette voie ne relève pas tout simplement de ce qu'il est convenu d'appeler la patiente obstination des imbéciles, suggestion qui m'empêche de cocoriquer avec orgueil une fois mon oeuf pondu (dans la mesure d'ailleurs où ce sont des cocoricos qui annoncent la ponte). Les besognes terre à terre qui restent à ma portée dans le répertoire haut de gamme me consolent vaguement, pas davantage. Et pourtant la belle tarte aux pommes délices que je viens de faire pour l'amie invitée pour le thé - celle, vous savez, qui amènerait Gombrowitcz à revenir sur ses dédains de la traditionnelle tarte aux pommes du traditionnel (dit-il) dessert français - est sortie du four sous sa frangipane réussie et me prouve que je peux encore faire quelque chose de mes dix doigts arthrosés. Manière de pouvoir espérer, comme dit Laure en fin de chapitre, ne pas avoir  bêtement à attendre Atropos en se tournant les pouces.

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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 18:33

UN NOUVEAU SCANDALE

 

          Ah mes belins-belines, j'avais pourtant pensé à vous dire qu'hier la livraison de Laure à l'OEUVRE chapitre H était restée coincée dans ma machine à sous (non d'ailleurs qu'il n'y ait eu préparation sérieuse et attentive de la tâche hebdomadaire : je peux même vous dire que la programmation est réalisée jusqu'en avril, d'un vendredi à l'autre, et qu'on n'en est encore qu'au chapitre N, c'est vous dire). Je tenais à vous préciser que je ne faisais pas le pont et que la livraison serait dûment faite dès que j'aurais trouvé une aide charitable, bien qu'en ces temps de vacances l'aide soit quelque peu dispersée. Mais qu'est-ce que j'apprends? La ministre chargée de la protection animale et un autre devant assumer à peu près les mêmes fonctions humanitaires sont allés ensemble voir de la tauromachie! Démission, les ignobles, démission immédiate! Vous avez le droit d'aller vous repaître du sang des taureaux (et malheureusement pas assez souvent du sang des matadors que j'appelle régulièrement de mes voeux) en tant que citoyens mêlés à la foule des arènes, mais pas en tant que ministres, c'est-à-dire "serviteurs" de la nation. surtout si votre job est de développer les sentiments humanitaires ou du moins de ne pas encourager les autres. Démission,  oui, démission immédiate! J'espère que vous allez constituer la première crise de la rentrée, presque en avant-première,  et que les protestations vont se mettre en branle pour compliquer encore un agenda présidentiel dont on se demande, à froid, comment il  va pouvoir s'en sortir, ce boss qui veut non pas gouverner la France mais la soumettre.

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