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7 juin 2019 5 07 /06 /juin /2019 19:58

LAURE A L'ŒUVRE, Chapitre D, pages 26 à 28

 

Vendredi 7 juin

 

Chapitre C

 

          Tout s’était emmanché si vite, décidé en tornade, qu’il s’était retrouvé chez elle presque installé sans en avoir réellement pris conscience. Elle l’avait invité à venir pour l’été – dans un premier temps, disait-elle : les prolongations n’étaient pas exclues (elle n’avait pas eu l’air de considérer qu’il pourrait s’en aller de chez elle avant la fin de l’été, mais lui sans rien dire se réservait le droit de partir si cela s’imposait) – en théorie pour lui servir de guide en informatique, histoire de trouver des solutions immédiates à tous les problèmes techniques qui gâchaient le bon déroulement de son travail d’écriture. Il avait bien compris qu’il lui serait utile, et surtout que cette proximité d’une aide compétente la rassurerait, l’inciterait à se lancer dans d’autres projets. Une stimulation comme une autre, une compagnie dans un domaine commun. Il devinait combien elle était affamée de discussion, de mises au point, c’était même le petit boulot rêvé pour quelques semaines. Il avait eu du mal à croire à sa chance quand elle lui avait téléphoné sa proposition. Une fois sur place, dans la chambre d’amis qu’elle lui avait abandonnée, il en avait fait le tour en se pinçant le bras. Par prudence toutefois il avait eu le temps de négocier l’installation dans son ancienne piaule d’un copain viré de chez sa logeuse, il ne voulait pas trop profiter de sa veine personnelle mais même en faisant le généreux il récupérerait de l’argent de poche en maintenant là-bas le pied à l’étrier pour la rentrée, il avait donc de quoi juger que la vie valait d’être vécue.

          Et avec elle ce seraient des vacances extraordinaires. Sur place, dans cette campagne boisée et agreste où il faisait toujours bon – le matin sous le soleil tout jeune, le soir quand le crépuscule faisait peu à peu place à la pénombre claire, en outre en août aux dates traditionnelles le 10, le 11, le 12 on verrait sans doute les étoiles filantes sans un voile de brume – il adopterait le tempo de la maison, il saurait quelles limites apporter à la cordialité à la bonne franquette qu’elle semblait vouloir imposer entre eux. Il ne laisserait pas non plus les élans de sa reconnaissance (il n’avait rien d’un ingrat, et la reconnaissance ici s’imposait étrangement) déborder de manière ridicule, déplaisante, déplacée. Il serait là d’abord pour travailler à sa demande, il pourrait peut-être même d’ici à quelque temps lui proposer de mettre en ordre des manuscrits anciens si elle le désirait, mais surtout il serait sans cesse prêt à discuter avec elle, d’un livre, d’un écrivain, d’un mouvement littéraire, dans l’une de ces discussions à bâtons rompus où sans en avoir l’air elle se faisait écouter tandis que lui absorbait de toutes ses oreilles.

 Certes il y avait ce régime, aux repas, qui supprimait la viande, et cela contrariait ses habitudes, bien qu’il acceptât le principe d’humanité sans discussion, avec même un peu d’envie de voir l’aisance de sa pratique à elle, et en caressant le vague projet de peut-être y adhérer complètement lorsqu’il aurait pris sa vitesse de croisière dans le renoncement – mais elle parlait aussi sans embarras de ses renoncements personnels, la tranche de foie de veau mince et légèrement farinée posée dans le beurre à peine fondu d’une poële et laissée à revenir tout doucement sans que jamais on n’entendît grésiller le beurre, juste un peu de vinaigre pour diluer les sucs au bout de quelques minutes, ou encore les rognons au madère, désormais interdits et restant marqués dans le souvenir ému des papilles autrefois gourmandes et délicatement entraînées au raffinement…Et cela passait, en fin de compte. Il n’avait jamais faim, il y avait d’abondance, il mangeait sainement, beaucoup de fruits, de fromages et de légumes, mon dieu ça ne lui déplaisait pas. Quand de temps à autre il lui prendrait une envie de pâté en croûte ou d’andouillette, voire d’un simple jambon-beurre, il trouverait en ville de quoi se payer sa fringale ; il n’avait qu’à penser à sa grand-mère Zora et à leurs premières années d’exil en France, au sortir de la guerre de Serbie, pour redevenir raisonnable, car ils n’avaient de son temps guère souvent de la viande ni même du lard au programme.

Et puis il lisait, il se vautrait dans la lecture. Elle avait tant de livres et de tant de sortes qu’il se sentait un peu noyé, surtout en face des romans étrangers dont les programmes de Licence dans les universités françaises faisaient si peu de cas (mais même les enseignants devaient se trouver débordés par la masse de littérature  dont on ne pouvait éprouver la qualité que par la lecture approfondie et qui envahissait de ses traductions - et quel crédit accorder aux traductions ? voilà bien encore un autre problème – le marché librairie déjà si impuissant à jouer son rôle professionnellement). Il lisait pendant les heures de lecture où ils étaient séparés, il lisait goulûment, il dévorait, et cela lui donnait l’impression d’engraisser, comme si la nourriture spirituelle se traduisait tout de suite en termes de formes, de muscles, d’acquis adipeux. Et l’entretien sur le livre qu’il venait d’achever était toujours possible, aux repas ou à tout autre moment, elle était toujours disponible, toujours prête à porter ses jugements, tantôt motivés et raisonnés parce qu’il s’agissait d’un auteur difficile ou nouveau, tantôt enthousiastes (et alors il aimait son lyrisme, même s’il ne partageait pas toujours son engouement). Il avait l’impression qu’elle l’avait amené à vivre dans l‘ambiance des entretiens de Cerisy-la Salle où la cloche rythmait certes les activités mais où on baignait sans restriction dans un milieu que dominait la littérature en maîtresse tyrannique, éblouissante et vénérée.

Dans le domaine du pratique, il lui faudrait l’initier à l’aisance sur Internet. Elle se sentait presque coupable, penaude en tout cas, d’être si peu dégrossie – pas seulement des automatismes et des doigts, mais aussi, très évidemment ( et elle soulignait cette indignité avec une pointe de malice sur un fond de conviction un peu attristée), au niveau des neurones et des fonctionnements cérébraux. Retenir une chambre d’hôtel, établir un billet d’avion, commander des livres d’occasion, elle le faisait encore par téléphone, avec les délais et contrariétés indispensables. Tout heureuse déjà, déclarait-elle, d’appartenir à une génération qui avait installé le téléphone partout. Elle se rappelait les temps de son enfance où même la nuit il fallait courir chez le docteur et parlementer avec la femme du docteur à sa fenêtre (avec ses papillotes et son air grincheux elle semblait sortie d’un carnet de Daumier) pour décider l’homme de l’art à venir soigner son père. Ou bien encore, lui avait-elle raconté, lorsque la grand-mère d’Autun voulait parler à sa fille au téléphone, elle envoyait un avis d’appel téléphonique qui bouleversait toute la maisonnée car il était porté à domicile comme un télégramme annonçant un malheur, alors sa mère s’habillait et courait à la poste à l’autre bout de la ville, brandissant le papier qui délimitait une fourchette précise pendant laquelle le contact serait possible. Il y avait eu tellement de progrès en ce domaine, disait-elle, elle avait tellement bien vu ce développement se faire, qu’elle se sentait réjouie rien qu’à l’évoquer. Pour un peu elle se serait étonnée qu’on cherchât si fort à faire encore mieux : le lien avec le monde utile se réalisait sans faillir, qu’avait-on besoin de se transporter avec son portable dans la crainte de devoir rester seul quelques minutes ? Elle était tout de même bien obligée de reconnaître que le Web était une mine de renseignements qui dépassait de loin les humbles services rendus par le téléphone, et lui Vuk ne perdrait pas une occasion de lui démontrer cette supériorité à laquelle elle n’avait encore jamais eu l’astuce ou la compétence de faire appel.

Oh elle se laisserait faire, puisqu’en principe elle l’avait enrôlé pour ça, mais elle proclamait souvent qu’elle avait, elle, au fond de la mémoire, une énorme banque de données. Toute la connaissance d’une vie transportable sans problème, en soi, à faire resurgir à volonté sans recours à une manœuvre complexe, n’était-ce pas encore mieux que la pratique de schémas utiles fournissant docilement les réponses à vos questions ? Et n’avait-elle pas une mémoire étonnante qui permettait d’arriver à la réponse à peine la question était-elle formulée ? Elle n’avait pas à avoir honte de ses mécanismes personnels, il était bien le premier à les reconnaître, et il sentait chez elle, malgré l’apparente docilité à écouter ses avis pour « faire des progrès » (et il était parfaitement convaincu qu’elle était sérieuse dans son désir d’apprendre), la résistance sournoise et ironique d’un optimisme attaché à des valeurs dépassées. Il montrait, lui, une politesse exquise, mais une inflexibilité adamantine lorsqu’il lui donnait la leçon : gestes à faire, cliquer ici, faire sortir tel panel intermédiaire, choisir tel circuit… Il voyait bien qu’elle était souvent perdue avant le milieu de l’explication, et sans se trouver diminuée le moins du monde malgré l’air contrit, le profil bas, l’humilité qu’elle adoptait en face de sa jeunesse à lui si sûre de son fait. Chacun d’eux savait parfaitement lire jusqu’au plus secret de l’autre pendant ces inversions de rôle où c’était lui qui montrait son savoir, et c’était une petite jouissance secrète qu’ils ressentaient tous les deux pendant ces transferts de science en terrain difficile.            (à suivre)

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 11:06

 

 

 

Qui c'est qui conduit, d'abord?

 

          Ne voilà-t-il pas, mes belins-belines, que j'ai l'air de m'arroger des droits en dehors des permissions accordées à tout le monde? Il n'y a pas d'occasion de pont au milieu de la semaine,  que je sache - eh bien j'ai fait un pont hier. Manière élégante et inoffensive de signaler que je n'ai pas écrit de blog, et certes je suis coupable, mais vous me pardonnerez peut-être à moitié cette faute avouée quand vous saurez que son origine n'était ni la flemme ni l'épuisement cérébral. Au contraire j'ai usiné des quatre pattes à la fois, avec un programme intra et extra muros qui m'a mis l'épée aux reins toute la journée. C'est que j'en arrive à la toute fin de la rédaction du livre consacré à la peinture de Michel DUFOUR,  mon grand copain frère depuis plus de quarante ans, et je ne sais pas si vous savez combien les finitions prennent de temps à force d'être minutieuses : surfiler les bords, vérifier les coutures, s'assurer que les boutons et les  boutonnières ne sont pas divorcés... C'est plus agaçant que constructif mais faut le faire...Donc je l'ai fait hier, à en perdre le boire et le manger, et ce n'est même pas totalement achevé, c'est vous dire s'il restait encore à faire. Pour autant je me sens dûment autorisée à déjà chercher un autre emploi. C'est ce qui se passe quand on est à la retraite, voyez-vous : on a perdu tous les repères calendaires, on ne comprend plus bien la notion de vacances, alors fatalement on enchaîne les petits boulots  (du moins mes petits boulots à moi ne coupent-ils pas l'herbe sous le pied des demandeurs d'emploi, qui eux connaissent l'angoisse et l'inquiétude car ils dépendent de ce qu'il y a sur le marché et, aussi, de la bonne volonté de l'employeur). Moi je dépends de moi, mes agneaux, et même si j'ai pour vous une considération infinie, il n'empêche que c'est moi qui suis au volant et que vous n'avez qu'à la fermer en vous calant sur les coussins de la banquette arrière.

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4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 08:50

RESURGENCE

 

          Qu'on s'inquiète ou qu'on s'étonne de la disparition des  grands partis politiques qui ont constitué de manière inamovible le paysage de ce dernier demi-siècle, cela peut en effet être un sujet de perplexité, pour ne pas dire plus. Le PC déjà depuis longtemps, le PS arrivé au terme de sa dégringolade, le PR qui paraissait indispensable à la respiration du pays, depuis si longtemps qu'il tenait la route sous les formes les plus variées,  et qui se réveille laminé, sans chef et sans repreneur disponible, ce sont certes là des évolutions qui se sont activées à peu près conjointement comme faisant partie d'un inexorable processus de "dégagisme". Pour autant j'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi le petit écran frétille de tous ses programmes depuis deux ou trois jours pour nous abreuver du resurgissement de la nièce en la brandissant contre la tante. "Elle est belle comme le jour", déclare un philosophe dont on attendait un jugement objectif qui aura du mal à respecter sa nature. On évalue son intelligence, ses capacités, l'opportunité de sa réapparition (juste au bon moment puisque à la porte à côté ça démissionne),  on répète en boucle qu'elle votera pour la tante en 2022, comme si dès lors, le soulagement enfin établi, on pouvait tout se permettre comme espoir pour la suite. Surtout qu'elle a un plan, un  souhait, un objectif, et qu'elle le déballe tranquillement comme on mettrait sa marchandise sur un étal. On se croirait au marché par beau temps, quand les commerçants vous harponnent gaiement de peur que vous ne les dépassiez pour vous arrêter à l'éventaire suivant. On ne s'y prend jamais trop tôt si on veut conclure une affaire.

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 08:47

QUESTIONS JOUR APRES JOUR

 

          Dès qu'on pose un pied hors du lit, les questions affluent. Je voue une pensée pleine de tristesse et de partage d'angoisse à celles des malades peu sûrs de tenir jusqu'au soir comme à celles des mères de famille qui ne savent pas comment remplir les assiettes de la journée, c'est normal et cela doit être fait avec conviction. Mais, tout de suite  après, le troupeau des questionnements concernant notre actu civique se presse autour de nous, et je lui fais confiance pour alimenter notre quête jour après jour, même si je choisis à chaque fois un domaine où l'urgence,  ou l'indignation, ou le grotesque, ont quelque chance de retenir l'attention. Je me posais la question de savoir pourquoi la nouvelle voix du grand patron avait été nommée - à part bien sûr le fait qu'à la portée du boss il n 'y avait plus guère grand monde. Ce que je viens de glaner dans la presse explique bien des choses. A la journaliste lui demandant ce qu'elle pensait de la défaite du pouvoir aux européennes, la dénommée Sibeth Ndiaye, refusant de parler d'une défaite pour le parti gouvernemental, précise qu'il s'agit d'une "flexibilisation de réorientation du leadership référentiel en décalage du process". Bingo! J'ai la réponse à ma question : le Big Boss l'a mise sur le marché à partir du moment où elle maîtrisait sa langue de bois au point de lui donner des leçons!

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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 11:03

LE TEMPS DES ENQUETES

 

          Il y a des fois - et c'est même de plus en plus souvent - où on peut se demander comment fonctionne le temps pour la magistrature. Par ci par là on nous mentionne de loin des affaires qui ne trouvent jamais leur conclusion et qui pourtant mériteraient d'être approfondies jusqu'à la vérité (et éventuellement une condamnation quelle qu'elle soit), des Bigmalion, des Tapie,  des Balkany (émergée, celle-ci, des ténèbres de la prospérité impunie) au terme de décennies d'ensommeillement pépère. La palme revient pourtant à l'affaire Toscan du Plantier, où il a fallu attendre vingt-cinq ans pour condamner un meurtrier qu'on avait sous le coude - une affaire qui restait si mystérieuse, si complexe, qu'on pouvait douter de l'innocence des proches et imaginer leur éhontée protection par le pouvoir pour des raisons absolument incompréhensibles. Je peux admettre qu'en cas de crime  les enquêtes soient difficiles,  parfois confondantes (le fameux "Omar m'a tuer" est devenu un aliment de plaisanterie à la portée de tous) et on doit louer les services de police ou de gendarmerie qui ont l'an dernier su boucler au mieux (et même, tout bien calculé, au plus vite) le meurtre de l'épouse pendant son jogging ou celui de la petite Maelis enlevée pendant une soirée de noces à trois heures du matin. Mais pour les affaires "de bisness" pour lesquelles il s'agit avant tout de malversations, de pots de vin, de fausses factures, de détournements de fonds, de blanchiment d'argent sale... .Les mensonges, les coups tordus et leurs preuves sont assez patents pour qu'on puisse activer un peu le cours des choses... Non?

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31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 10:04

A la tâche sans compter

 

 

          Eh bien, mes belins-belines, moi qui suis toujours la dernière informée, du diable si j'allais me douter qu'on vous donnerait ce vendredi de l'Ascension pour faire un pont aussi vaste que possible dans une semaine de sept jours! Il faut dire que ce mois de mai vous avait laissés en manque : rien pour le 1er, rien pour le 8, pleurez plus, la compensation est belle. Tout le monde sur les routes sans s'occuper des taxes sur le carburant, même que le record des embouteillages a été atteint, plus de mille kilomètres de bouchons sur tout le territoire, au moins pendant les bouchons y a pas de morts et c'est déjà quelque chose. Mais moi, non point fine mouche mais plutôt la naïveté incarnée, j'avais bien sans le vouloir prévu la livraison de Laure à l'���uvre pour ce vendredi puisque je vous en avais livré six pages d'un coup dans l'impossibilité d'arrêter mon moulin avant qu'il ait fait partir la réserve préparée pour le 29. Or nous y sommes, et vous n'avez à vous plaindre de rien, si ce n 'est d'une avance à l'allumage mais ça s'arrange. Vous me direz que je pourrais aussi m'abstenir de tout contact avec vous puisque ce vendredi se trouve chômé, d'ailleurs pas pour tout le monde, loin de là! Mais j'aime bien prendre le temps de mettre les pendules à l'heure en précisant ma contribution à votre existence citoyenne (je devrais dire civique, mais j'aime tellement mieux employer un nom comme adjectif! j'ai l'impression que je fais un pied de nez à l'Académie française, dieu que c'est bon!). Et puis il s'agit de régler mes comptes avec l'ami qui m'a indiqué par quel tour de passe-passe imprimer le E pris dans l'O de L'OEUVRE  : j'ai pris des notes, j'ai procédé à des répétitions, mais je n'ai à chaque fois que le choix entre un petit carré, un petit carré avec des cryptogrammes chinois ou des salutations japonaises. Vous pouvez voir supra que j'ai opté pour la simplicité.

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29 mai 2019 3 29 /05 /mai /2019 10:00

DES OFFRES GENEREUSES

 

          depuis quelques mois, bien régulièrement, bien poliment aussi, une voix d'homme dont la gravité et la belle articulation vous porteraient volontiers à croire au sérieux de la chose m'incite à accepter cet Euro qui doit me permettre d'isoler ma maison de la cave au grenier. J'espère que beaucoup de particuliers ont profité de cette offre généreuse, je serais désolée que le pouvoir de conviction de ce monsieur fût sans effet. De la même manière - mais c'est une dame qui a pris le relais sans pratiquer aussi bien le velours vocal - on tente avec insistance de me persuader que je peux rénover un habitat ancien aux frais du gouvernement. Ce que c'est attentionné, tout de même, de la part du pouvoir, de se mettre si tendrement à la disposition des humbles! La France du bas de M. Raffarin n'est donc pas si invisible, si méprisée,  si mal aimée qu'on le dit? Mais où va-t-on pouvoir prendre l'argent de ces transformations visant au bien-être,  si

tant de millions sont déjà retenus pour faire taire les agitations couleur de primevère? Vous me direz que ce ne sont là que poussières par rapport  aux sommes fabuleuses qu'on cite dès qu'il s'agit d'évoquer les endroits où se niche la grosse galette, et qu'il est plus facile de distribuer quelques miettes aux oiseaux que d'attaquer les belles boulangeries où se fabrique le pain (et ce n'est pas moi qui ai composé les paroles de cette comptine : "la boulangère a des écus qui ne lui coûtent gu-è-ère", ce qui établit déjà  au niveau des rondes d'école maternelle qu'il y a des "haves" et des "havenots", vérité monolithique qu'aucune jacquerie n'a jamais pu même seulement égratigner). Et le pouvoir sait bien où se niche la grosse galette et il pourrait certainement mener l'attaque, mais il faudrait d'abord qu'il fût décidé, c'est-à-dire qu'il n'eût pas peur et qu'il en eût envie.

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 12:37

FACE AUX RESULTATS

 

                    Nul doute que la lumière indécise de lundi matin n'ait révélé des traits tirés, des yeux gonflés par l'insomnie et les larmes, des humeurs massacrantes, des désolations inconsolables. A l'intérieur de chaque groupe piétiné règne le désespoir, pour certains même une bonne dose de honte s'y mêle, à cause de la ridicule prétention d'avant coup et du manque de lucidité des  fières annonces qui sonnaient déjà comme  la victoire. Trente quatre listes,  pensez un peu! Comment ne pas avoir réfléchi aux scores de misère guettant  les petites listes, lesquelles ne relèvent de rien autre, bien souvent, que d'une crispation personnelle  autour d'un  naïf leadership ou d'une formation politique éculée dont personne ne se rappelle même le nom? Tout compte fait, il n 'est pas certain que les yeux des têtes de liste malchanceux se soient ouverts avec la circonspection nécessaire, les visages et attitudes sur les plateaux de télé de dimanche soir   révélant à nu la consternation, la déconvenue, l'humiliation. Du côté anecdotique, les échanges d'insultes et de gros mots que le meneur de jeu ne réussissait pas à faire cesser malgré les menaces d'expulsion dévoilaient des paroxysmes de haine et de violence jusqu'alors inédits. Mais le plus beau, à mon avis, c'était la farandole dansée pour le petit écran, dans les sourires et la joie, par les macroniens qui venaient de prendre la pilule : c'était bien la grotesque confirmation que depuis des mois ils ne comprennent rien à ce qui se passe et qu'à force de faire contre mauvaise fortune bon coeur, à force de ne plus pouvoir voir ni à gauche ni à droite (puisqu'il n'y a plus d'après eux ni gauche ni droite) ils se contentent selon l'ordre d'en haut de "relever les coins", comme on disait dans le scoutisme pour cacher la douleur et vaillamment continuer à marcher alors qu'on venait de se faire une magnifique entorse.

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 09:57

LENDEMAIN DE VOTE

 

          On peut toujours s'étonner - et en discuter - de la manière dont le destin d'un pays sort des urnes : en fait, rien ne donne un tel sentiment de puissance personnelle pour un individu que se retrouver seul dans un isoloir, avec en main (avant de le faire passer dans sa petite enveloppe) le bulletin qui va témoigner pour lui de sa colère,  de son  inquiétude, de sa rancune, de son espoir, de sa confiance. Les résultats ne sont pas toujours ceux qu'on attendait, et il y avait cette fois-ci cette curieuse manière pour le président de lier son destin à celui de son parti - grosse imprudence étant donné le contexte météorologique rudement menaçant de ces derniers mois. Je relève deux choses dans toute cette redistribution des cartes. D'abord que la chute, disons la disparition à peu près définitive des anciens grands partis entre lesquels  autrefois balançait le coeur de la nation, se confirme de manière surprenante : on ne veut plus les voir,  ceux qu'on connaît trop, qui n'ont jamais rien fait d'utile et n'ont pas encore vu que les choses et les rapports ont changé. Ensuite qu'un regroupement d'idées et de convictions fidèles à elles-mêmes,  ballotté per fas et nefas tant qu'on n'a pas pris conscience que son leit motiv unique exprime à la fois une vérité et la menace d'un grave danger, a finalement des chances de se faire prendre au sérieux : ces derniers temps,  chaque liste électorale avait inclus son petit couplet sur le climat parce que le vent soufflait écolo, mais où était la foi profonde? où était la vigueur spécifique de pensée et d'expression qui depuis des années chez les Verts se dressait face à la marée des magouillages politiciens ou des colères ponctuelles? Ce n'est que justice que le souci de la planète ait primé dans les inquiétudes des votants, et qu'on puisse enfin prendre avec autorité le taureau par les cornes.

 

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25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 10:38

LE CHOIX JUSTE AVANT L'URNE

 

          On ne peut pas savoir l'impact qu'aura sur les intentions de vote cet attentat ridicule d'hier à Lyon, si mal agencé, si grotesquement artisanal malgré l'évidente intention de blesser avec ses clous et cette grenaille. Il a simplement dissuadé notre courageux premier de se rendre en province pour une ultime fois avant les urnes, et ce ne sont certes pas les paroles sèches et coupantes, comme sorties d'un robot présidentiel, qui vont pouvoir faire changer quelque chose. On a l'air de penser que tout est joué dans l'affrontement au sommet, et c 'est peut-être vrai, mais il y a eu tant de palabres, d'exposés, de mises en garde, de commentaires sur le petit écran  depuis quinze jours que ce beau kaléidoscope d'opinions pressantes fait l'effet d'une fête à Neuneu avec tir au pigeon mais sans distribution de sucettes. Il serait passionnant - mais qui pourrait réaliser cette en quête de la dernière minute? - d'apprendre la proportion des votants qui, après avoir solidement adopté des positions de toute évidente raisonnées, convaincues, confirmées lors de chaque débat, correspondant à peu près exactement au profil politique de chacun, changent de bulletin contre toute attente au moment de passer aux urnes. Un geste venu des profondeurs? Une réaction nerveuse incoercible? Une étourderie? Une image fugace,  un fugace souvenir  d'un mot qui avait ulcéré  au passage et qu'on  croyait avoir pardonné, mais faut croire que non puisqu'il se refait entendre, jailli de la mémoire où on le supposait bien enfoui et s'imposant dans une optique vengeresse? Oh il y en aurait, de ces revirements, d'autant plus imparables qu'ils sont plus difficiles à expliquer dans leur essence et qu'ils laissent leur acteur pantois, au point que parfois il ne sait plus bien pour qui il a voté en fin de compte, tant le choix du bulletin s'est fait dans un brouillard...

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