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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 14:13

Si je me retourne, si je considère ce que j'ai déjà pondu et qui s'étale derrière moi, si je fais le compte de ce que l'agence over-blog enregistre sur mon compteur, je suis obligée de conclure qu'il y a déjà deux mois que je m'active en ces lieux et certes il y a du changement par rapport aux balbutiements du premier jour. D'abord je franchis allègrement désormais les barrages dits de confidentialité, je sais répondre aux questions personnelles, mot de passe, e-mail, je suis même toute prête à donner sans me tromper mon numéro de sécu, bref je me sens parfaitement rodée pour la vie quotidienne, à tel point que le choix de la casse, du style ou de la dimension s'accomplit   fièrement, avec des doigts bien dressés. Je n'ose dire que je suis capable de maîtriser tout ce que je vois avec effarement sur l'inamovible ligne qui barre mon espace réservé juste au-dessous de l"édition basique (pourquoi me refuse-t-on l'édition avancée, cela je n'en ai aucune idée, le saurai-je jamais?). Ajouter une image. Ajouter une vidéo.Ajouter une musique. Ajouter un lien. Et, même, supprimer le lien (en grisé, d'ailleurs: cela aussi, n'y ai-je pas droit?). Je suis donc bien, droite dans mes bottes comme disait un loser d'antan. Eh bien pour autant j'ai les mêmes angoisses en face de cette page blanche. Quelle idée d'avoir baptisé mon chapitre à venir "départ sur verglas"? Certes je voulais décrire ainsi la démarche précautionneuse qui serait la mienne tout au long de ces lignes quotidiennes (c'est mon fardeau, oui, mais je devrais dès le départ penser au Ouf merci Aspro! qui arrive jour après jour par-dessus le bonsoir aux chats chattes et chatons et qui me fait régulièrement l'effet du marteau qu'on tient enfin en l'air au lieu de l'abattre sur les abattis du pianoteur de clavier. C'est vrai, quand on s'arrête, ça soulage. "Mais alors, ma bonne dame, arrêtez-vous avant de commencer! Est-ce que ça ne serait pas là le meilleur remède à vos souffrances?" En effet. On me l'a déjà dit, quand je me plaignais du niveau indigne de certaines nouvelles envoyées fièrement  concourir pour un prix :" faut pas vous mettre du jury si ça vous ennuie".   Je crains bien de n'avoir pas encore atteint la sagesse requise). Avoir en effet toujours l'envie de continuer, ça doit bien être une espèce de maladie.
Verglas ou pas verglas, je voudrais bien avancer : j'ai même choisi cette devise plusieurs fois dans mes titres :" Avançons, avançons!" " Allez, on démarre!" Pour juste de petits soubresauts, pas vraiment de grandes avancées, malgré la sincérité de mes promesses et mes grands élans de bonne volonté. C'est que c'est un peu déprimant de ne pas savoir à qui s'adresser . J'ai beau vous imaginer dès que je ferme les yeux, je me trompe peut-être du tout au tout. Chenus? Niveau CM2? Dames patronesses? Oisifs cherchant l'aventure? Doctorants cherchant un sujet de thèse?J'aimerais bien pouvoir me dire que vous avez au moins lu un livre de moi, mais "tauta ouk' 'ubris;" comme on dit dans Euripide -" n'est-ce pas exagéré? "selon la traduction maladroite des hellénistes   en herbe niveau seconde ou, en plus affiné, "n'ai-je pas un ego qui dépasse les bornes" (et, je vous l'ai déjà dit, quand les bornes sont dépassées etc.). Je ne vous demande pas de m'envoyer chacun une photo, on me prendrait pour un site pédophile, j'aurais des ennuis.Tout de même, si vous me permettiez d'affiner un peu ma vision de mon public je crois que tout le monde y gagnerait. Allez, la commedia è finita, buona sera a tutti, a domani! Non dimenticare i gatti!

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 09:53
C'était le titre d'un film gentillet à la française, un peu cucul, tout en bulles et ne laissant pas de trace dans le domaine esthétique ni même à propos de la structure dramatique : genre "Cette sacrée vérité" sans le talent de Leo MacCarey, sentimental en diable, faux problèmes de couple, fausses querelles... bref il fallait bien Danièle Darrieux et François Périer pour maintenir l'intérêt pendant 90 minutes (parfaitement : autrefois avec 90 minutes on avait tout torché, exposition développement dénouement, acteurs et metteur en scène n'avaient pas besoin de davantage pour donner tout ce qu'ils avaient dans le sac. A présent, il nous faut de ces rallonges, de ces longueurs, de ces étirements! Personne jamais ne s'en tire à moins de deux heures et demie dans les meilleurs cas). Je n'avais nulle envie d'y faire référence aujourd'hui, c'est seulement que je voulais vous dire "au petit bonheur la chance" et que malgré moi j'ai dû faire une pause cinématographique, en quelque sorte. N'en tenez pas compte si ça vous gêne. 
Oui, au petit bonheur la chance, c'est une fois de plus le programme que je voulais vous annoncer pour la journée. Je vois dans la formule une avancée - une amélioration peut-être, qui sait? - sur les bâtons rompus qui semblent connoter comme une possibilité de châtiment. Là, que dans une même formule je puisse vous offrir la  chance et le bonheur (même s'il est petit, ce dernier), c 'est tout de même plus gentil. D'ailleurs, cela ne m'engage guère davantage que les voeux de Jour de l'An : tout ce qu'on vous souhaite est attendrissant, sincérité comprise, mais cela ne change rien à ce qui doit vous tomber dessus au fil des jours et des mois.  Je peux donc impunément vous annoncer le meilleur du texte à son de trompe, sans que cela vous empêche de ne trouver finalement dans mes colonnes que du rasoir, du barbant, du soporifique. Est-ce que pour autant, sous les pires calamités que l'année nouvelle vous apporte, vous auriez l'idée d'en faire porter le chapeau à ceux qui vous ont offert leurs meilleurs voeux de tout leur coeur? Certes non. Eh bien pourquoi cela ne s'appliquerait-il pas à moi?    Je vous promets du bon et du meilleur, or ne jugerez-vous pas à l'usage que je ne vous ai pas trompés sur la marchandise? Publicité mensongère etc., ça ne se cantonne pas uniquement dans le secteur des petits suisses, contrats d'assurance, avantages bancaires, remèdes pour faire maigrir etc.. Cela s'applique également - mais il n'y a pas de loi - aux choses de l'écrit, comme on dit doctement : on vous promet un  grand roman, plouf! c'est de la gnognotte. On vous annonce la vérité pure et simple dans une biographie, pan! c'est tout ce qu'on veut sauf la vérité. On porte aux nues un roman policier, plaf! c'est éculé et mal écrit de surcroît. Qui pour autant penserait à poursuivre les auteurs devant les tribunaux? Je suppose donc que je pourrai jouir d'une impunité absolue, même si ce que je vous livre n'est pas à la hauteur de ce que je vous promets. Cela me rassérène quelque peu, j'ai craint un instant de vous entraîner sur les voies de la perdition  en  perdant tout mon temps à des préambules qui ne portent pas loin. Aussi bien vous faudra-t-il vous faire à mes rythmes; je vous laisserai tout le temps de descendre au prochain arrêt, mais si vous vous ravisez et souhaitez reprendre le voyage, alors ne traînez pas : je serai repartie à toute allure. Juste le temps de faire mes politesses à vos chats, même pas le temps de vous inciter à faire de même, tant pis, aujourd'hui c'est comme ça. A demain.
                                                                                                                Lucette Desvignes
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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 11:18

Ne croyez pas que je veuille aujourd'hui dimanche me consacrer uniquement au cinéma.  J'aimais certes Carné, je l'aime encore un peu après qu'une dizaine de visions de ses divers films ait quelque peu épuisé les réserves que j'y voyais, et j'aimais surtout "Le Jour se lève" ( Gabin expliquant sa poisse et donnant comme exemple de son manque de pot  la casquette neuve que, gamin, il étrennait pendant un petit voyage et qui s'était envolée par la portière du train - "Et puis tout, quoi"...Jamais égalé). Non, pas de cinéma aujourd'hui. Le titre doit être pris dans son application la plus météorologique qui soit : j'avais prévu autre chose, et puis fffrrrttt, envolé comme la casquette de Gabin, donc un coup d'oeil par la fenêtre, le jour se lève par-dessus le brouillard givrant, une sorte de clarté se déverse sur mon clavier, c'est vrai, le jour se lève. Voilà pour la petite histoire, celle des coulisses de l'exploit comme on disait au temps où la télévision valait quelque chose.

Je ne sais pas encore, n'ayant pas établi de bilan en utilisant les méthodes appropriées, je ne sais pas encore si le jeu en vaut la chandelle, dans cette entreprise un peu farfelue qu'est mon blog. Des contacts, certes, j'en ai  quelques-uns, et amis ou inconnus (pas encore ennemis, mais cela ne saurait tarder) cela me conforte dans mon désir de continuer. Des ennemis, il y en a eu, en bisbille avec le concours de nouvelles de Chalon-sur-Sâone et déversant leur bile sur ma personne - mais j'étais allée les chercher sur un Forum dont on m'avait communiqué l'adresse avec insistance, je ne pense donc pas que le moindre de ces correspondants acerbes, de toute évidence frustrés par leur échec concrétisé par une distribution des prix où leur nom ne figurait point, se retrouve depuis lors intéressé par mon blog. De toute manière, les allusions que j'ai déjà faites sur ce blog aux commentaires qui se trouveraient à surgir sur mon clavier c oncernant la facture de la nouvelle ou son écriture - pour ne rien dire des allusions à l'évolution de mes ouvrages au cas où cela pourrait servir au lecteur de passage - n'ont rien pour retenir les habitués du forum précité : ils portent tous en eux la connaissance et la compétence , la maîtrise de l'écriture, la juste appréciation de leurs qualités personnelles, c'est évident. Ils n'auraient rien à glaner dans mes élucubrations quotidiennes.

Tant pis pour eux! on n'arrête pas une fusée qui vient de s'ébranler sur sa rampe de lancement  - ou alors on risque d'y laisser son maquillage.Je continuerai donc pour les belins-belines selon mon coeur. Il y a en tout de même quelques-uns, et qui sait si je ne laisserai pas dans leur souvenir quelque trace lumineuse? Ainsi moi, la Mère Cotivet ne savait pas que j'existais, et pourtant regardez quelle fidélité je lui ai vouée après trant de décennies! Elle en serait tout émue, la brave personne! (j'emploie à dessein le mot recommandé par les puristes américains afin de ne pas heurter les minorités si promptes à se sentir offensées : non plus chairman mais chairperson, exemple qui pourrait se décliner selon l'inspiration, ainsi tennisperson et non plus tennisman, clergyperson et non plus clergyman, cameraperson et non plus cameraman... ivresse des noélogismes! avec en outre l'avantage de ne pas faire d'impair sur le plan de la physiologie, et ça tombe bien pour la Mère Cotivet parce qu'aux derniers renseignements c'était un brave homme et non une brave femme). Les non Lyonnais vont vite se sentir fatigués, mais je promets de ne plus l'ouvrir sur la bavarde    patronnée par la tour métallurgique de Fourvière, promis juré. D'ailleurs qu'en dire d'autre? Je suis arrivée au fond de mon sac en ce qui la concerne. Mais attention,  hein! Seulement en ce qui la concerne. Pour tout le reste le sac est plein, même il déborde, n'ayez donc aucune crainte, le ravitaillement n'est pas près de s'épuiser, même si je n'ai plus le temps ni la place d'autres échantillons pour aujourd'hui. A demain. Pour le présent, bonsoir, caresses aux minous, je vous parlerai des miens davantage, comptez-y.

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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 09:42

Le clin d'oeil quotidien, matutinal, jeté au blog de Chevillard dès le réveil (une manière comme une autre d'ouvrir l'esprit pour la journée) m'oblige en quelque sorte aujourd'hui - oui, m'oblige : non pas pour faire comme lui, bougre de bigre! c'est pas le style de la maison, mais il se trouve que certaines suggestions ont force de loi  - m'oblige, donc, à inclure l'étalage de mes goûts et préférences dans le domaine de la littérature. Cela n'aura pour vous aucune valeur de nouveauté : J'ai déjà eu l'occasion de les mentionner, d'en mentionner du moins quelques uns - les doigts de la main... - ceux qui m'ont causé mes grands chocs littéraires, sujets, style, structures, contacts profonds. J'avais à cette occasion l'autre jour négligé de mentionner Céline, et pourtant il fait bien partie de ces écrivains que vous recevez en pleine figure, presque en coup de poing - bien autant que la littérature américaine des années trente, si concrète si brutale si brute, pendant que nous en étions encore à Mauriac ou à Maurois, Paul Bourget et Henry Bordeaux à peine dépassés. Toujours une guerre de retard (qu'est-ce que je vous disais? Il y a des gens chez nous qui viennent seulement d'apprendre  qu'il y a une guerre en Palestine, et à en croire notre intox maison elle cause surtout des ravages sur le territoire israëlien, les terroristes ayant, les monstres, enfin trouvé un moyen de remplacer leurs cailloux par des roquettes qui tirent tout de même un peu plus loin que ce que les gamins étaient capables d'atteindre avec leurs pierres). Oui, il avait bien creusé un beau cratère là où il s'était posé en urgence, Céline. Tellement gros, même, que personne n'avait osé le suivre : se pencher sur les bords du gouffre paraissait déjà suffisamment dangereux. Il avait fallu du temps pour digérer cet apport, pour s'en nourrir (et pour beaucoup c'était indigeste, pas question d'en tirer sa subsistance, mais il y en avait toutefois quelques-uns à qui ce coup de poing en pleine figure - l'équivalent de cette littérature américaine en coup de poing dont je parlais plus haut - avait paru médication nourricière, vitaminée, allant jusqu'à la succulence). Une fois l'action du temps accomplie en sous-main, s'était ouverte la voie d'autres canons, d'autres effets à prévoir sur le lecteur, d'autres figures de style. Bien entendu le lecteur lambda était tenu en dehors de toute cette effervescence; il continuait dans ses classiques, y compris les classiques de gare, ça lui suffisait, au fond. On tenait moins compte de lui, de ses goûts, de ses capacités, de ses desiderata qu'on n'en tient compte de nos jours - c'est surtout, rayon éditeurs, les décideurs qui tiennent compte du niveau de ce cher public : n'est-ce pas lui qui paie, en fin de compte, ne doit-on pas le flatter dans le sens du poil? C'est pourquoi on est bien contraint de les entendre, les commerciaux ont la parole, et s'ils ne l'ont pas encore ils la prennent, ils ont le verbe haut partout, ils tranchent doctement pour les couvertures, les titres, la longueur, sur le siège arrière l'écrivain n'a plus qu'à se faire tout petit.      Et quand je dis : dans le sens du poil... C'est pas la bonne formule, ça, pour arriver à la jouissance générale. Vous devriez voir mes minets quand je les brosse à contre-sens... C'est alors qu'ils se tortillent, qu'ils ronronnent, qu'ils se mettent sur le dos pour que je n'oublie pas le ventre. Ce serait, je crois, un exemple à méditer: pour réussir l'entente entre lecteur et écrivain, c'est-à-dire pour établir entre eux un vrai grand plaisir partagé, il faudrait passer par-dessus les commerciaux et abandonner la formule du sens du poil. Tout le monde y gagnerait, j'en suis certaine. Maintenant, ce que j'en dis... A demain. C'est dimanche mais je ne ferme pas boutique ce jour-là, vous avez déjà pu vous en rendre compte. De toute manière, d'ici là, n'oubliez pas les chats, tonnerre!

 

                                                                                                                     Lucette Desvignes

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 15:56
Je ne pensais même pas vous contacter ce soir, mes belins-belines (toujours cette Mère Cotivet à l'arrière-plan de mes rapports avec vous, tant pis pour vous si ça ne vous convient pas, mais à mon avis vous auriez tort de vous fâcher, car c'était une ben brav'femme que cette Mère Cotivet,et la langue gentiment pendue, qui faisait honneur à sa tour métallurgique de Fourvière - c'était en d'autres temps...). La confusion à laquelle je fais référence dans mon titre vient de mon ordi, ben brav' lui aussi sauf quand il se bloque. Et on dirait qu'il fait exprès de se bloquer quand je me mets en position de blogguer. Il est peut-être jaloux. Il y a tant d'arcanes, de souterrains, de mystères, de complexités, d'inconnues pour tout dire dans l'organisme de ce machin qu'on peut bien à chaque instant tomber sur une cause de panne encore inédite. Moi je semble avoir un don spécial pour déclencher des malheurs dès que je touche à un instrument de notre quotidien : calculette, portable, appareil photo, CD ou DVD - je veux dire plutôt le lecteur ... Même la radio, depuis qu'au lieu d'un grand parallélépipède noir que je ne manipulais pas trop mal j'ai dû passer au ballon de rugby métallisé argent  - impossible de le maîtriser, celui-là; je sais qu'en théorie il pourrait me donner des informations ou me jouer de la musique, eh bien bernique! Dans ces conditions vous devriez m'imaginer jouant du skype ou du kaspersky; j'ai beau m'appliquer, déchiffrer les partitions (Word pour les Nuls, Internet pour les Nuls, tout le monde connaît ça mais il y en a à qui ça apporte quelque chose, pas à moi), pianoter avec la longue expérience que j'avais des claviers dans ma jeunesse trop tôt enfuie, rebernique! Tout se bloque, tout se fige, ce qui devait s'allumer s'éteint, ce qui devait s'éteindre s'allume - et en rouge, et avec des grognements de tompette rouillée. Pauvre de moi là en face! Même le dépanneur y perd son latin, pour un peu je lui arrangerais un petit lit de camp dans un coin de mon bureau pour lui éviter les allers et retours fébriles entre son atelier et mon ordi. mais je n'ai pas encore oser le lui proposer, c'est un jeune garçon charmant, il va se demander où je veux en venir.
Donc c'étaient les ennuis de mécanique qui me bloquaient mon blog, mais finalement je vais pouvoir débloquer avant le coucher du soleil - pour votre bénéfice exclusif, mes belins-belines. Je n'aurai certes guère le temps de développer des thèses subtiles, je me sens encore un peu comme les mains dans le cambouis au sortir de cette effervescence et de ces bouderies, mais je vais tâcher au moins de vous annoncer ce dont je pourrai vous parler demain, puisqu'entre vous et moi s'est créé ce merveilleux salon où l'on cause. A bâtons rompus, c'est la meilleure formule. Sinon, c'est vous qui prenez les commandes, vu? (et quand le pilote vous dit ça en plein vol au-dessus de l'Atlantique, ça vous fait un choc, j'en suis sûre et certaine). Demain, oui, auch ein Tag, ça nous laisse de la marge. Demain on pourrait parler du personnage (encore?) ou du décor (encore?) ou de l'observation du biotope (mais c'est pas vrai ???). On verra bien. Je vous concocte sans problème quelque chose, je n'aurai hélas plus ni Deadwood ni Twin Peaks pour restreindre mes programmes de travail. Tout juste la force de vous saluer, de vous inviter à faire vos politesses à vos chats (moi je n'ai pas besoin de pense-bête pour y penser), de vous souhaiter la bonne nuit et de vous donner rendez-vous à demain.
                                                                                                  Lucette Desvignes 
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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 11:32

On le dit souvent dans le domaine de la poésie : Le premier vers est donné par les dieux. Afin d' éclairer la lanterne de ceux de mes belins-belines pour lesquels ce serait là une découverte, j'évoquerai cette brutale incitation à continuer l'inspiration : un vers apparaît sur votre écran intérieur, on ne sait pas d'où il vient, mais il a la sonorité le sens la beauté qui vous conviennent exactement à ce moment précis, vous le dégustez avec délices, vous voudriez en prolonger l'impact, et au fond ce qui s'impose à vous comme seul moyen de faire durer le plaisir c'est de continuer le poème. Là commence la difficulté. C'était sans doute un autre que vous-même qui avait mis au monde cet alexandrin superbe (il y a toute chance que ce soit un alexandrin, c'est ce qui se passe chez moi en tout cas, même si par la suite, fidèle au grand Totor, je m'emploie à le désarticuler, ce grand niais), un autre, oui, car vous n'aviez jamais oeuvré de l'esprit en cette direction, vous êtes le premier étonné de cette association de syllabes si frappante, bref vous êtes ravi du cadeau mais vous ne savez pas trop qu'en faire. Et même si vous vous mettez en posture d'en faire quelque chose, la fin ne justifiant pas les moyens dans le domaine de la poésie, vous aurez du mal à accrocher derrière cette motrice séduisante les wagons de votre labeur. Vous voyez où se situe ma métaphore, question niveau.

Mon propos est clair cependant : quand vous recevez (d'où que ce soit, n'analysons rien pour l'instant)cette incitation à bien faire, vous ne pouvez guère rester indifférent, quitte à vous arrêter rapidement devant l'intensité de l'effort qu'on réclame de vos faibles forces. Ce qui ressort de l'aventure, c'est que l'on vous a distingué, appelé, invité. Je pense souvent à ce qui constitue le point de départ régulier, assez charmant d'ailleurs, des enquêtes déjantées de "Chapeau melon et bottes de cuir" - autrement dit la fameuse série anglaise "The Avengers" , par confrontation avec "The Defenders" (où Perry Mason - Raymond Burr dans son fauteuil roulant règle tout par le jeu de la loi) ou avec "The Persuaders", le célèbre "Amicalement Vôtre" qui fut pendant des décennies le clou des séries projetées sur nos étranges lucarnes. Point de départ régulier, certes, qui fait dire par  John Steed dans les premières secondes de chaque épisode, sur le même ton enjôleur et merveilleusement courtois : "Mrs Peele, we are needed" - "Madame Peele, on a besoin de nous". Mrs Peele ne dit jamais non, et les voilà embarqués dans les déroulements les plus loufoques qui soient. Voilà, il y a eu invitation.On a envie de continuer. On ne peut pas songer à ne pas continuer. J'essaie toujours de continuer quand j'ai reçu le don du premier vers. Je n'ai pu me retenir de continuer quand j'ai constaté qu'une nuit d'état second m'avait fait cadeau du début des "Noeuds d'Argile".

La place va me manquer pour de plus longs développements. Je voudrais seulement insister sur la "key note" d'aujourd'hui, sur notre gain (à trier de toutes ces lignes, mais le travail n'est pas très pénible, si?) sur notre gain quotidien : le début, le départ, de ce qui, avec beaucoup de chance, deviendra par la suite poème ou nouvelle ou roman qui tiendra debout, tout seul, vous arrive tout à coup (tout par un coup, comme on dit si joliment chez moi) comme une gifle si vous en êtes choqué, ou, si vous êtes réceptif, comme un signe du hasard, clin d'oeil, appel, offrande... Vous voyez la différence avec l'application à torcher un beau début bien structuré bien gominé qui soigne la ponctuation et les accords de participes... Bon. Aujourd'hui on a parlé du premier vers, ou des premières pages. C'est mieux que rien, dites donc! On va continuer demain, seule chose à faire. Mais auparavant... Les chats, les salutations chez vous, la fixation du Rendez-vous pour demain sans faute. Les chats d'abord, n'oubliez pas!

     

 

 

                                                                                                         Lucette DESVIGNES

 

 

 

"Le premier vers est toujours envoyé par les dieux". Afin de faire participer au débat les belins-belines qui n'en auraient jamais entendu parler, je signale que tout à coup (tout par un coup, comme on dit si jooliment par chez moi) un vers vous arrive sur l'écran de votre cinéma intérieur, un vers soudain dont les sonorités, le balancement, le sens, la beauté peut-être vous frappent durablement. Vous le goûtez, vous vous le répétez tout bas, vous en sentez tout l'impact,  vous l'avez reçu comme un cadeau. D'où vous arrive-t-il? Impossible de le savoir, surtout si vous n'êtes pas coutumier ou coutumière du fait (n'analysons rien pour l'instant, mais j'y reviendrai, promis juré). Et qu'en faire? Il vous semble, tout Béotien que vous êtes, que vous ne pouvez pas en rester là. Alors quoi? Eh bien il faut continuer sur cet élan qui vient de vous être imposé. C'est alors, naturellement, que les difficultés vont commencer. Elles pourront être si insurmontables que vous lâcherez pied, que vous abandonnerez toute tentative de lui faire honneur. Vous finirez par douter de vous - d'où pouvait-il bien venir, cet arrangement de syllabes et de sons qui paraissait vouloir dire quelque chose? Vous n'aurez pas de réponse. C'était peut-être un bel alexandrin - chez moi ce serait le cas, un alexandrin superbe, voluptueux, plein d'échos (même si par la suite, en fidèle disciple de notre Totor national, je fais tout ce qu'il faut pour le désarticuler, ce grand niais). Un début, en quelque sorte. Une motrice, derrière laquelle il faudrait accrocher des wagons : vous voyez où j'abaisse mes métaphores pour être sûre que vous allez pouvoir me suivre.

Un cadeau, donc. Une offrande, mystérieuse et pleine de grâce. Mais aussi une invitation, et même non initié vous devinez qu'on vous sollicite, que le cadeau n'est pas gratuit malgré ce qu'en claironnent les catalogues et offres de bonus, qu'on attend de vous quelque chose. Cela me fait penser à ces premières séquences toujours les mêmes, pleines d'un certain charme, dans lesquelles Chapeau melon vient solliciter la participation de Bottes de cuir - autrement dit le distingué John Steed lorsqu'il vient sonner chez Mrs Peele : "Mrs Peel, we are needed" - Madame Peele, on a besoin de nous". C'est le sésame de nouvelles aventures parfaitement loufoques, celles qui ont fait le succès increvable de la série anglaise "The Avengers" (par confrontation avec d'autres séries anglo-saxonnes de même tabac : "The Defenders", où Perry Mason - Raymond Burr même en fauteuil roulant règle tout par l'utilisation subtile de la loi, et "The Persuaders", devenu pour des décennies le délectable "Amicalement vôtres" de nos étranges lucarnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 09:36
Ce qui s'est passé hier pour nous en France à partir de 16 h (et encore : je n'ai pas assisté à la messe matinale, avant couronnement) m'a détournée du grave sujet qui nous occupe, à savoir l'intervention d'une invention éhontée dans le rassemblement des documents  reconstituant la vie d'un individu qu'on a choisi de faire revivre pour le monde. Le faire revivre, d'accord : il y a toujours des oisifs que cela peut intéresser. Le faire revivre juste, c'est-à-dire dans sa vérité d'existence et d'attitude, de moralité et d'action, il me semble que ce doive être un minimum, ou pour mieux dire l'essentiel, en dehors de quoi ne pas déborder sous peine d'amende. Eh bien il apparaît (il m'apparaît en tout cas - me trompé-je?) qu'on fait volontiers fi de cette conception aussi logique qu' éthique. Et il ne s'agit pas, ce qui pourrait être, ce qui devrait même être accepté sans problème, de tirer des faits rigoureusement collectés et analysés des interprétations divergentes : cela m'étonnerait que tous les ouvrages se voulant scrupuleux qui concernent les mêmes hommes politiques - Churchill, De Gaulle, Staline, Rabin, le Che... - aboutissent au même résultat, à la même vision, ce ne serait même pas à souhaiter, certes non. C'est de tout autre chose qu'il s'agit avec cette mode contagieuse qui favorise la désinvolture, la distorsion, le mensonge par omission ou directement pondu. Avec ou sans son piédestal ou son aura, l'individu célèbre choisi comme cobaye pour le traitement littéraire devient un joujou, il n'a plus le droit de dire quoi que ce soit, il n'a même plus un droit de regard sur ce que devient sa forme extérieure, qu'on boursoufle ou regrigne à loisir. Et je ne dis rien de ce qui peut être attribué à son personnage intérieur : comme si le dernier biographe survenu et décidé à s'attaquer à son parcours terrestre avait décidé d'imposer sa marque personnelle avant tout, afin qu'on pût citer son nom de metteur en scène accolé à celui de son sujet et de préférence avant lui.
Finalement, je vais laisser cette piste, elle m'écoeure quelque peu. Si c'est devenu la mode, tant pis pour elle, tant pis pour eux tous. On n'est pas obligé d'y céder, ce n'est tout de même pas une épidémie contre laquelle on ne pourrait rien.Et qu'on ne vienne pas non plus me dire que c'est ce que je fais avec mes personnages, qu'ils ont bel et bien eu une vie avant que je ne m'en mêle, qu' ils étaient mes arrière-grands parents, ma grand-mère ou sa mère, des proches que j'avais connus - est-ce que je n'en faisais pas mes sujets d'analyse, des objets de recréation,en déformant sciemment parfois leur personnalité, en inventant carrément lorsque je ne savais rien d'eux ou pratiquement rien? Je répondrais volontiers qu'en effet je reconstitue    avec le maximum de soin et d'authenticité les traits de caractère qui font un personnage, que je l'écoute vivre et dire, que je le regarde faire, et que, quand les blancs d'un anonymat inguérissable rendent sa fiche d'existence illisible, je la complète de ma propore main. Et selon mon bon vouloir, selon ma fantaisie. Pire encore : selon les besoins de mon histoire, des développements affectifs ou psychologiques sur lesquels j'ai choisi d'axer les évolutions. Pour autant je me sens la conscience à l'aise : car si je ne leur avais pas donné cette vie, ils seraient totalement engloutis dans l'oubli, dans la mort. Je leur ai donné la voix, les battements de coeur, les réflexes et les passions bonnes ou mauvaises...Tout cela à partir de zéro ou presque. Quant à ceux que je connaissais, dont je connaissais - souvent pour en avoir été témoin - les éléments de vie, je me conformais à la véracité du souvenir, je n'inventais rien, quitte à interpréter, bien sûr. Mais tout ce que je leur attribuais était don, généreux le plus souvent. Quel rapport voyez-vous avec la maltraitance de gens qui avaient déjà, d'eux-mêmes, laissé une trace - leur trace, bonne ou mauvaise également - et qui désormais ne réapparaissent plus que sur palimpseste? Et tout le monde sait que sous un palimpseste ce qui était a été supprimé, et de belle façon...Réfléchissez, bonnes gens, avant de vous plonger dans les biographies qui dissimulent leur fausseté sous le prétexte d'une mode contagieuse. Allez saluer vos chats, vous verrez qu'ils vous enseigneront la sagesse. A demain.
                                                                                               Lucette Desvignes
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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 11:37
Autrefois mes étudiants savaient qu'au début du cours d'histoire du théâtre, quel que fût le sujet plus limité qui s'inscrivait annuellement dans ce cadre, j'y allais de ma diatribe contre "Au théâtre ce soir", le boulevard, les bonniches en tablier de dentelle, le fameux triangle   prétendûment rigolo, le mari la femme l'amant et tous les mensonges qui se greffent dessus, et ils savaient tous que c'était comme le jet d'encre de la seiche : après ça l'horizon se dégageait et on pouvait commencer sereinement le cours. J''ai un peu l'impression que sur mon blog (mais de toute façon, même si je ne décide pas de l'arrêter en cours de route, le blog ne durera jamais autant que le cours d'histoire du théâtre qui s'étire  derrière moi) que sur mon blog, donc, il y aura comme ça de temps en temps des jets d'encre de seiche. L'autofiction en est un, vous l'avez sans doute remarqué hier déjà, mais l'autofiction appliquée à la biographie si en vogue de nos jours sera bien encore autre chose! La biographie, qu'elle soit réalisée par un copain ou un ennemi du mort, doit s'inspirer des éléments fournis par la réalité : faits, photos, lettres, documents de toute sorte, confidences des uns ou des autres, enquêtes auprès des proches, des voisins.... C'est déjà bien un boulot de faire renaître le défunt à partir de cette docu, voire de faire éclater une vérité soigneusement cachée par ses soins pendant sa vie (une appartenance politique, un engagement de jeunesse ne cadrant guère avec les affirmations publiques etc. : hein Gunther Grass?). Mais imaginez la vastitude de l'espace offert dès lors que vous repoussez tous ces   éléments-là : foin des confidences, des questions posées aux proches, des lettres publiques ou secrètes! Vous pouvez désormais vous déplacer dans la vie du bonhomme ou de la bonne femme sans vergogne, sans restriction à votre imaginative. Vous pouvez lui inventer les liaisons, les forfaits, les pulsions, les rôles que vous voulez : personne ne pourra vous empêcher de dire et lui faire dire ce dont vous avez envie. J'avais déjà il y a quelque vingt ans, à propos d'une biographie  établie à partir de carnets enfin disponibles, rué quelque peu dans les brancards :  la suppression de toute référence à ces écrits quotidiens, datés, dignes de foi, ouvrait la porte à toutes les interprétations possibles. En outre - c'était déjà, je m'en rends compte à présent, l'auto machin qui pointait le nez - la biographie se doublait de conversations imaginaires, d'entretiens au jour le jour où l'objet de la biographie devenait totalement coupé de la réalité. En faisant intervenir maîtresse, rencontres, événements divers, et en s'abritant    sous le sacro-saint prétexte de l'écriture, en fardant les sentiments, en les gauchissant  dans le sens d'une interprétation ouvertement abusive, l'auteur de la biographie finissait par faire de son personnage réel une créature bien à soi, modelée selon les besoins de la cause. Vous pourrez toujours, après ce traitement, protester que les sources ne sont pas valides, qu'il y a transpositions préjugé déformation, vous pourrez toujours brandir une preuve irréfutable du contraire : on vous rétorquera d'un ton hautain s'adressant au Béotien  retardé que vous êtes, qu'il y a là un objet littéraire, donc artistique, donc échappant aux règles imposées par des esprits étroits, que c'est cela qu'il faut juger, l'exploit d'écriture, et non la véracité dont au fond on n'a que faire. Dans un sens,  le raisonnement est inattaquable : si j'accepte qu'on romance le destin de la momie, pourquoi le (soi-disant) chercheur en théorie attaché à la pharaonne en question ne bénéficierait-il pas de ma part de la même tolérance? Mais alors je rage  en vain : pourquoi ne se choisit-il pas une belle pharaonne inconnue ou méconnue ou peu connue pour en faire le sujet d'un roman? Là je m'inclinerais, car le roman a tous les droits que la biographie se voit par définition refuser, elle qui n'a pas le même objectif que la narration romanesque. Je crois qu'au fond c'est pour faire sérieux, pour paraître avoir fait des recherches, pour sembler disposer d'une docu irréprochable; peut-être même pour aller au-devant du désir obscur du lecteur, tellement convaincu de ses lacunes qu'il aimerait faire d'une pierre deux coups, lire une histoire et au passage attraper quelques bribes d'Histoire. Autrefois la grande découverte pédagogique c'était l'arithmétique en riant - assurant ainsi des générations incapables de compter ou de raisonner en chiffres. De nos jours c'est l'Histoire sans peine, sans doute moins grave dans ses conséquences mais tout aussi condamnable dans son principe. Quelle figure feront les héros de la Résistance pour les générations à venir si on en fait des héros de roman pratiquement sans rapport avec leur vérité d'individus? si on fait cadeau de la foi à des athées, si on dépeint les missionnaires comme des fornicateurs, si on se penche tendrement sur les motivations secrètes des tortionnaires nazis? Je pense en particulier à deux fausses biographies que je viens de lire, mais quelle complexité dans le problème puisque j'en condamne une comme insolente et fausse avec désinvolture, tandis que l'autre a droit à ma vive estime puisque j'ai ressenti l'émotion que j'en attendais? Les concours du Conservatoire, vous dis-je...    Les appelés et les élus... Remâchez-moi tout ça, ou bien tournez la page. De toute façon, n'oubliez pas les chats! A demain.
                                                                                                   Lucette DESVIGNES; 
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:28

Aujourd'hui j'attaque directement. Dans le vif du sujet. C'est à propos de ces souvenirs d'enfance que tout un chacun trouve normal d'utiliser comme matériau de communication avec les autres, mais qui me semble-t-il, dès qu'ils doivent être introduits dans le domaine littéraire, ne sont pas destinés à la même fonction. J'y ai déjà fait allusion : à mon avis il faut retourner à ce matériau à la fois commode et dangereux (gare à la banalité) une fois qu'on l'a déjà utilisé en arrière-plan, sans en prendre vraiment conscience. Autrement, je le répète, on va droit vers les compositions françaises niveau brevet (et, croyez-moi, il y en a, des auteurs célébrés dont le niveau littéraire n'a pas dépassé cette élémentarité... J'en connais, oh que oui!). Naturellement, en vous fondant sur ces exemples, vous pouvez toujours tenter votre chance , mais il vous faudrait en outre le coup de pied bien placé que vous ne recevrez pas forcément, alors réfléchissez bien. Quand vous vous livrerez à l'autobiographie, ici encore, danger! Il y a des règles strictes à respecter, et les problèmes posés par l'authenticité de la présentation, pour ne rien dire de l'authenticité, de l'honnêteté de la vision , avant même d'en venir aux mots, sont innombrables et sérieux. Il faut pouvoir observer ses souvenirs tout nus, dépouillés de tout vêtement emprunté à la complaisance, à l'imagination, au travail de la mémoire reconstruite, et ce n'est déjà pas facile. Il faut pouvoir les envisager en eux-mêmes, en les dissociant des enjolivures instinctives qui parasitent presque inévitablement toute évocation du passé, surtout du passé un peu lointain qui est celui de l'enfance. Et cela correspond à un tel labeur, à une telle exigence de rigueur, que notre époque a trouvé une agréable parade qui fait table rase de ces difficultés. Avec l'étiquette de l'autofiction, on peut évoquer, décrire, écrire exactement ce que l'on veut sans se sentir coupable d'une activité de faussaire puisque les plus grands de maintenant ( si, si, je vous assure, il y en a quand même quelques-uns) se lancent dans le genre avec jubilation - c'est même eux qui ont lancé la mode il y a quelques années. L'étiquette au début servait à camoufler les insuffisances, voire les tares, en attirant l'attention sur une création d'un nouveau genre. La chose une fois acceptée, avec curiosité d'abord puis enthousiasme (pardi!), prolifère insolemment; on autofictionne à tour de bras, il n'y a plus de règles ni de limites, et vous le savez comme moi si vous puisez votre philosophie aux bonnes sources, quand les limites sont dépassées il n'y a plus de bornes.
C'est curieux quand même qu'on puisse célébrer comme une invention intellectuelle des plumes modernes une pure et simple insuffisance. On puise dans ses souvenirs à volonté, et quand on ne sait plus ou qu'on ne veut plus les évoquer on invente allègrement. Puisque c'est de la fiction, on vous dit! On est bien libre tout de même de dire ou d'imaginer n'importe quoi! D'où les sinuosités et méandres de récits où se mêlent l'invention et la vérité. De même qu'au Moyen Age les scribes aux enluminures  superbes jugeaient bon, de temps à autre, de mettre dans la marge un point d'ironie pour signaler qu'il fallait ne pas prendre au sérieux telle ou telle affirmation choquante (ou encore de mettre en garde le lecteur par un "mentitur" - ici on ment - censé rétablir les jugements dans leur vraie lumière), de même aujourd'hui il conviendrait d'apposer dans la marge des récits autofictifs quelque icône nouvelle  censée indiquer que c'est du vrai ou, tout aussi bien, une autre pour le contraire. Qu'au moins le lecteur puisse s'y retrouver. Ce n'est pas, je vous l'assure, un de mes soucis de savoir ce que l'auteur a vécu ou inventé de son passé d'enfance ou, pourquoi pas, de jeunesse, mais vous pourriez, vous, avoir cette curiosité : si vous ne disposez pas encore desdites icônes, alors perdez toute espérance de connaître la réalité des faits. Il est possible que cela vous désole.
Cette désolation  cependant ne concernerait qu'une espèce de voyeurisme de lecteur, avide (un peu morbidement, avouons-le) d'attribuer à César ce qui doit revenir à César. C'est bien encore autre chose dès qu'il s'agit d'une biographie;mais,là,permettez-moi d'ici à demain         d'affutermesfacultésavantdevousen parler . D'ailleurs vous voyez bien que la machine renâcle. J'espère qu'elle va bien vouloir accepter mes salutations pour vos chats et les miens - oui, il semble que oui. Alors à demain.
                                                                                                                                 Lucette DESVIGNES;                                                                                           

 

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 08:40
Les gestes de mise en place me deviennent familiers, presque automatiques. Ce n'est plus leur dysfonctionnement que je redoute désormais, bien qu'on ne soit jamais, surtout moi avec mes compétences limitées, à l'abri d'un aléa voire d'un pépin. Mais tout de même il reste ce pari de pondre tous les jours - dimanches et fêtes compris - du matériau utile. Utile à quoi, on se demande... Eh bien non, j'ai quelques échos selon lesquels mes propos font réfléchir - c'est donc être fort utile dans les temps que nous vivons, où précisément sur les ondes (je mets dans le même tas tout ce qui n'est pas manuel : je reconnais que c'est d'un cynisme qui autorise tous les amalgames, mais puisque c'est la méthode des médias, pourquoi n'y aurais-je pas droit?) lesdits médias sur les ailes d'un beau zèle croient rejoindre le sentiment des foules en soufflant dans le sens du gouvernement. Ainsi la petite Juive dont le père est mort en camp de concentration (elle n'est donc plus gamine, mais "petite" traduit mon affection) et la mère en est revenue à moitié folle   a réussi à faire savoir par son intervention  à tous les spectateurs rassemblés pour son spectacle qu'Arthur était sioniste : d'où bien sûr protestations, non pas tant du bonhomme lui-même qui adoptait surtout l'allure pleurnicharde et Forces de l'ordre protégez-moi, mais des spectateurs qui savaient bien pourquoi ils étaient venus à ce show; et cependant - c'était le but de l'entreprise d'interruption du spectacle -- découverte par les autres qu'ils cautionnaient un sioniste, d'où indignation, regrets, protestations d'innocence... Du joli travail, c'était. Eh bien les médias racontent qu'il s'agit d'une manifestation antisémite... Où donc ont-ils appris leur métier, les journalistes d'aujourd'hui, et quelles bottes s'appliquent-ils à lécher? Ce n'était pas du tout le topique prévu pour ce jour, mais l'information reçue au moment de pondre m'a interpellée,  comme on dit si intelligemment de nos jours.
Naturellement, au chapitre littérature, la place allouée pour mes élucubrations s'est vu restreindre un tantinet. J'ai du mal à me concentrer sur ce domaine alors que mon coeur saigne dans Gaza où l'extermination programmée arrive à son terme. Il le faut pourtant. Je me sens soudain dans la peau d'un  reporter qui filme une agonie au lieu d'aller d'urgence porter secours au blessé, ou qui photographie la mise à mort d'une gazelle par un carnassier quelconque parce que ça montre qu'il n'a pas eu peur de s'approcher (et les zooms, alors? ne nous racontez pas d'histoires!). Vous le constatez, ce matin je m'en prends volontiers à nos fournisseurs en actualités, qui déforment déjà la vérité par leur position de camera (ils sont tous à Ezrot à photographier que le cadre où trônait la photo des grands-parents le jour de leur mariage avait été détruit par une fusée, à preuve on la montrait, et la famille sanglotait devant l'objectif, oh c'était triste - mais il n'y a presque personne pour montrer l'écrasement des hopitaux, la pulvérisation des écoles, l'empilement des blessés parmi les morts dès lors qu'il faudrait se faufiler dans la bande de Gaza). Je me souviens bien qu'on disait l'Intox pour désigner les nouvelles du temps de Giscard, quel vocable devrait-on inventer aujourd"'hui pour décrire l'ignominie de nos informations?). Je me sens accablée, aussi bien ce matin n'y aura-t-il pas de badinage littéraire ou en tenant lieu. Juste le temps de dire bonsoir à vos chats, j'espère vous retrouver tous demain, mais sait-on jamais?
                                                                                       Lucette Desvignes
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