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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 17:40

    Dimanche de Pâques, mes belins-belines... Je vous vois tous comme si j'y étais. Il y a les optimistes qui n'ont pas voulu tenir compte des annonces météorologiques toujours aussi fiables que les promesses des hommes politiques en campagne : ils se sont lancés dans un pique-nique encouragé par les chaleurs des deux ou trois jours précédents, je les vois avec leur nappe sur l'herbette, leurs couverts en plastique, leurs gobelets à couvercle contre les fourmis et autres ovni des parages, je vois leur pâté en croûte leurs omelettes dans l'aluminium leurs oeufs durs que les mouflets n'arrivent pas à avaler malgré les menaces d'un côté et les pleurs de l'autre leur taboulé destiné à réconcilier tout le monde et la grand-mère qui a renversé son vin sur la nappe avant même qu'on en soit arrivé à la crème glacée, ils ont eu raison, ils n'ont pas eu de pluie (en tout cas c'est ce qui se serait passé s'ils étaient venus pique-niquer dans mon jardin). Il y a les mordus du kilométrage à tout va, direction la neige (faut bien chercher, et les risques d'avalanche sont grands, tant pis, il ne sera pas dit que) ou direction la mer (pas pour se baigner, mais on ne sait jamais, j'emporte quand même les maillots des enfants, si par hasard y avait moyen ça nous ferait une belle photo, faudrait inscrire la date dessous) - y en a même qui ne savent pas s'ils veulent aller à la neige ou à l'océan, l'essentiel est qu'ils soient dans les embouteillages, à l'aller comme au retour ils ont eu leur petite dose, c'est bon de se retrouver chez soi, ils ont fait comme tout le monde, les voisins les ont vus partir et revenir, c'est ça qui compte. Bref tout le monde s'est sorti, s'est habillé en Pâques ou au contraire s'est déshabillé pour les premiers bains de soleil (on peut faire ça sur sa terrasse, vous savez, ou même devant sa fenêtre ouverte, ça évite la fatigue du voyage, on peut même faire ça avec de la teinture qui fait illusion, on faisait ça sous l'Occupation pour faire croire qu'on avait des bas, même que la couture c'était pas coton à tracer bien droit, alors vous pensez depuis ce temps qu'est-ce qu'on n'a pas pu inventer rayon teinture pour faire croire au bronzage, je fais confiance aux produits de beauté). Les petites mémés qui commencent à transpirer sous leurs toits avec ces premières chaleurs sont descendues prendre le frais sur le macadam, c'est vrai qu'avec tous ces vacanciers partis ça fait de la place sur les trottoirs, y a peut-être aussi un chouia de moins d'odeur d'essence dans l'air, c'est pas comme si on était sur la montagne de Beaune à respirer le lilas qui pousse sauvage depuis tant de temps, c'est probable les Romains qui l'ont planté ils ont bien planté la vigne pourquoi pas le lilas, dites un peu, c'est vrai sur la montagne de Beaune il ferait meilleur et ça sentirait vraiment le lilas, mais qu'est-ce que vous voulez on peut pas tout avoir, on se fait les vacances qu'on peut. Eh ben moi je me suis fait les miennes. Si vous avez à réclamer, vous me trouverez au téléphone, c'est comme je vous le dis. A demain si vous êtez déjà rentrés. Les chats!

                                                                                             Lucette DESVIGNES;

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:30

     Nous allons abandonner (provisoirement, oh très provisoirement je vous le garantis) le domaine du théâtre pour passer à celui de l'Académie. Non que j'aime particulièrement savoir ce qu'ils font, les Quarante, sous leur coupole : c'est plus intéressant, dans un restaurant de grande classe, de découvrir ce que les coupoles enlevées toutes ensemble avec les gestes élégants du bras vont vous révéler, et qui en théorie correspond à ce que vous avez commandé, certes, mais qui en pratique constitue une chasse au trésor dès que vous entreprenez de retrouver la base du plat sous les fioritures enjolivements couleurs inattendues et autres enrubannements qui brouillent les pistes. Là, au moins, c'est jouissif, et je ne sache pas que cela le soit tellement au Quai Conti (puisque c'est là, si je ne m'abuse, qu'ils revêtent leurs habits à parements étincelants de broderies et chamarures et qu'ils se coiffent du bicorne assorti - seulement dans les grandes occasions d'ailleurs, et ça se comprend : comment pourraient-ils travailler sérieusement ainsi affublés? et puisqu'ils nous répètent avec force qu'ils travaillent, on doit donc les croire, ils tombent la veste,  ils remontent les manches, c'est leur manière d'aller au charbon). Non, je n'ai pas les yeux sans cesse attachés à leurs faits et gestes, non plus qu'à leurs recommandations de lecture : quand aura-t-on vu un prix de lAcadémie française attribué à autre que fillette à peine nubile, de préférence à l'air vicieux,  capable de vérifier dans ses textes l'inventivité proposée par son regard et son titre? On a des exemples. D'ailleurs, moi, quand je vois "de l'Académie française" sous un nom d'écrivain ou de journaliste, je passe. On a rarement pu me prouver que j'étais victime de préjugés qui me coûtaient cher, je serais plutôt tentée de dire que j'ai fait des convertis à ma vision sans trop de mal. Si j'aborde ce sujet en aucune façon plaisant voire nécessaire, c'est tout simplement parce qu'on s'est beaucoup activé ces derniers temps sur les vides laissés par des départs vers la droite du Seigneur (ils ont tous un ticket pour là-haut, réservé en première). On avait presque fini par les prendre en pitié, ces rescapés de la mort parmi les Quarante qui se battaient les flancs pour trouver des gens propres à boucher leurs trous. Et ça me fait bien rire de voir les mimiques des uns et des autres guignant les fauteuils libres, l'air du bon élève qui n'a jamais douté d'être reçu, l'air du dédaigneux qui prépare déjà son attitude de refusé, l'air du plaisantin qui rigole de l'honneur parce qu'on n'a en principe aucune raison de penser à lui mais qui va fondre de servilité dès que les choses seront bien engagées. Ne croyez pas que j'invente : si je vous en parle c'est que je les ai vus, et contactés, ces impétrants... Quand je pense à Gracq refusant le Goncourt, à Sartre refusant le Nobel... Le bon goût se perd, mes belins-belines. Ce genre de hochet consistant en une chaise (un fauteuil, pardon : c'est tout de même mieux) fait toujours mouvoir les hommes depuis Napoléon... J'aime mieux mes chats, et les vôtres aussi bien sûr. Ciao!

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 15:40

     Vous connaissez mes scrupules, j'espère, en ce qui concerne mes rapports avec vous : j'allais vous annoncer "Marivaux, suite",  mais comme je ne suis pas sûre de vous alimenter en marivaudages pendant tout ce chapitre, j'aime mieux, honnêtement, élargir le champ de vision. On reviendra sur Marivaux à l'occasion,  il ne faut tout de même pas que les uns ou les autres - moi d'un côté, vous de l'autre, mes belins-belines - nous nous sentions encorsetés coincés ficelés : vous finiriez par me fuir comme la peste (rassurez-moi : l'exode n'a pas encore commencé? l'ennui n'a pas encore ravagé vos rangs? vous êtes toujours aussi nombreux à m'écouter?) et moi je finirais au désert, comme Alceste, sans la moindre lueur de confiance en la nature humaine. Donc, on reviendra sur Marivaux à l'occasion. Aujourd'hui, certes, toujours théâtre, mais je voudrais revenir sur "Les Justes" et "Les Mains sales" (vous allez dire que j'ai beau les trouver poussiéreuses, j'y reviens toujours, sur ces pièces plus marquées par leur époque qu'on ne veut bien le dire). Je pense à la future (et très proche) mort de Dora, qui prend la suite de Yanek pour la prochaine bombe : elle sait qu'elle y laissera sa peau,  mais elle la lancera pour être sûre de mourir. Parce qu'elle ne peut supporter que Yanek soit mort en la laissant seule. Je pense à la raison pour laquelle Annenkov  est entré dans les rangs de l'armée secrète : - "Depuis quand n'as-tu pas aimé, Boria? - Quatre ans. - Depuis quand es-tu à l'organisation? - Quatre ans.(Silence)". Et avec Sartre il y a toute une complexité d'arrière-plans sentimentaux qui gâchent la spécificité de l'engagement politique. Cela fait réfléchir tout de même, puisqu'on considère ces deux textes comme les deux grands drames sur l'engagement dans la lutte armée, secrète, en rébellion contre le pouvoir en place. Et si en plus on considère de près les deux héros qui vont gaiement à la mort, Hugo parce que le parti le juge "non récupérable", Yanek parce qu'il a jeté la bombe et tué le grand-duc, on s'aperçoit que les deux auteurs les ont faits d'une espèce plus raffinée : Hugo est "un aristocrate", Yanek est " le barine".Qu'est-ce à dire, mes belins-belines? Faut-il du sang bleu dans les veines pour se rébeller, pour entrer dans la résistance quelle qu'elle soit? Dommage qu'ils soient morts, et morts déjà depuis longtemps, ces deux dramaturges; je leur aurais volontiers demandé ce qu'ils pensaient tout au fond d'eux-mêmes en donnant cette distinction particulière à leurs héros. C'est vrai, ça, la question se pose.
Et moi, ce genre de question-là, ça m'agace puissamment de ne pouvoir y répondre ni m'adresser à quiconque le pourrait. C'est comme si tout d'un coup j'avais trouvé un ver dans un fruit.
     Mais c'est tout de même quelque chose que de constater que les éléments sentimentaux sont quasi indispensables pour donner forme humaine à une pièce de théâtre. Là j'ai été un peu obligée de gratter sous la surface pour les mettre en lumière, pourtant chez Camus il y a un passage qui devrait être analysé de près, on passe trop vite sur des répliques données à voix brève. Stepan - le dur, le graniteux, le blindé contre le sentiment - est chargé de "raconter" comment est mort Yanek. C'est Dora qui pose les questions, en refoulant son émotion. Et, alors que son compte-rendu est déjà fait, Stepan ajoute quelques détails : comment il était habillé, comment il a frotté une petite tache de boue sur sa chaussure - manifestement il invente, afin de répondre aux questions de Dora. Il y a dans ce bref passage une émotion qui se remarque difficilement à la représentation - du moins ici ne l'ai-je pas perçue, elle doit s'ajouter, distincte d'elle, à l'émotion générale concernant la mort de Yanek : c'est, dans le texte, le bouleversement en profondeur du terroriste à tout crin qui s'émeut de la douleur d'une femme, même s'il donne comme raison à ceux qui s'étonnent de cette perception de tant de détails (alors que le récit est déjà de seconde main) qu'il a posé les questions pertinentes au transmetteur de l'événement parce qu'il était plein d'envie du héros et de son sort. J'ai aimé cette ouverture silencieuse sur des sentiments silencieux. C'est là que les "characters" deviennent "round", plein de sens et de chair, au lieu de rester dessinés dans du carton depuis le début de l'aventure écrite. Vous voyez, mes belins-belines, je reviens toujours à mes idées fixes. Puisque c'est pour vous faire 
réfléchir, qui pourrait s'en plaindre, à part vous? N'allons pas plus loin. Les chats, les chats! A demain.

                                                                                                         Lucette DESVIGNES.





















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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 09:42

Bon, vous êtes tout ouïe, j'espère? Alors voici la chose. Dans une espèce de prologue, le metteur en scène fait venir la Princesse sur la gauche (donc côté jardin: vous savez, Jardin et Cour? Jésus Christ? droite et gauche? comme à l'armée on enseignait aux campagnards qui ne savaient pas marcher au pas "Foin, Paille! Musette, Bidon!" au lieu de "Une,  deusse! " trop dur à mémoriser) sur la gauche de la scène, donc, comme si elle accouchait : manifestement enceinte jusqu'aux yeux, elle est prétendûment grosse de son désir de noblesse que le Roi de Castille va combler, preuve qu'elle n'attendait que cette demande de sa main à elle et l' offre de sa main à lui (ce qui est curieux, car ce pauvre Roi de Castille n'est que par-ci par-là dans la pièce une sorte de passant un peu empaillé, sans rien qui suscite de partager de la gloire avec lui fût-elle royale). Vous voyez donc comme les choses sont devenues claires : cette femme prête à accoucher, quand après ce prologue surajouté vous la retrouvez fière et  flambante en Princesse de Barcelone, vous permet de comprendre qu'elle est obsédée par l'idée de régner, et vous ne la perdez plus de vue - sauf qu'elle n'a plus l'air d'une future maman, comme on dit, mais tout de même la vision première perdure dans votre mémoire de spectateur. Et c'est rudement utile, parce que dans le texte de Marivaux la seule chose qui compte c'est cette bataille de femmes à fleurets plus ou moins émouchés (la plus forte n'hésitant pas à faire appel à la coercition pour faire taire les sentiments des autres), si bien que, à partir d'un texte où tout de même c'est le Prince - le beau Lélio - qui est le héros de l'histoire, l'accroche-coeur, dans ses difficultés avec la Princesse qui d'abord fait de lui son favori puis le voue à l'exécration, on ne devrait selon le metteur en scène s'occuper que de l'accouchement de la Princesse (accouchement de son désir de noblesse, je le reprécise). Normal, non, puisque l'événement a été officiellement programmé? La maïeutique en exercice dans cette vision de sage-femme ne me paraît certes pas aller dans la ligne droite des interprétations logiques : on devrait plutôt suivre le parcours sentimental d'une femme vexée dans ses colères de femme qui, amoureuse d'un homme, le découvre  amoureux d'une autre, et voir dans quelle mesure elle va décider d'user de sa puissance pour sévir contre le couple amoureux, puisqu'elle croit qu'elle peut agir, sans avoir à lui donner de justifications, envers tout sujet exposé à sa tyrannie. L'histoire de la noblesse déclenchant une gestation aussi spectaculaire vaut son pesant de moutarde (Dijon oblige) : fallait le faire, pourrait-on dire en conclusion,  fifty-fifty admiration éberluée pour l'industrie des neurones du réalisateur, mais sans oublier la pitié pour l'état de son cerveau malade (ou son propre désir de gloire par l'originalité de sa prestation, c'est tout un pour moi).

Nous voilà rendus, mais j'ai d'autres choses en réserve, si ça vous convient (et si ça ne vous convient pas... vous savez que faire). Je salue vos chats du fond du coeur. A demain, vous, les muets.

                                                                                                 Lucette DESVIGNES.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 18:06
     Marivaux, mes belins-belines, on parlait de Marivaux. Et je vous disais qu'à l'occasion du bi-centenaire de sa mort on avait vu du Marivaux fleurir partout. Ne croyez pas que je m'en sois jamais plainte! Que non pas! Pour moi, Marivaux est une source inépuisable d'apaisement et de sourires du coeur (croyez-moi : il n'y a pas beaucoup de dramaturges dont on puisse dire autant). On n'est bien sûr pas obligé de partager mon engouement (ma mère disait qu'on y mentait tout le temps, dans ce théâtre - elle n'avait pas tous les torts, mais elle avait le tort de ne pas en apprécier toutes les subtilités, de ces mensonges ou de ces feintes). Et qu'on ne me dise pas que Molière lui dame le pion puisqu'on peut le donner en représentation dans tous les pays du monde: tout le monde rit même sans comprendre le texte.Je ne me lance pas dans la discussion.Je comprends fort bien qu'on préfère Molière, moi je préfère Marivaux, vous le voyez j'annonce la couleur fort honnêtement, de toute façon, que vous l'aimiez ou que vous ne l'aimiez pas peu importe : l'histoire que je vais vous conter est indépendante de toute  passion ou aversion. D'ailleurs, vous conter... certes je vais vous dire les faits, mais précisément ce n'est pas une histoire inventée.
     Dans "Le Prince travesti", une rivalité violente malgré les belles manières de la Cour oppose Hortense, jeune veuve, à la Princesse de Barcelone dont elle est la confidente, à propos du Prince de Léon arrivé à la Cour sous le nom de Lélio et dont elles sont toutes deux amoureuses. La Princesse laisse voir son penchant à sa confidente, alors qu'Hortense et Lélio se sont déjà en secret engagés l'un à l'autre. Avant que les choses ne se gâtent par trop (et surtout avant que la Princesse n'ait pu se croire dédaignée en public), le roi de Castille, jusqu'ici se présentant comme un simple ambassadeur, lui offre sa main et son coeur (comme on dit). Tout s'apaise : la Princesse est honorée de cette union, le trône de Castille vaut bien un Lélio...même si ce Lélio se révèle être un Prince. J'ai schématisé, bien entendu, mais j'ai fait ressortir l'essentiel du problème pour la dignité de la Princesse. Certes elle accepte un parti royal, mais ce sera tout de même un prix de consolation, et on a un peu l'impression qu'elle se sent frustrée au fond d'elle-même, tout en terminant la comédie dans la gloire. Or un metteur en scène de l'année du bicentenaire (!) a trouvé qu'il fallait expliquer son acceptation finale qui ne correspondait pas au choix de son coeur. Devinez un peu ce qu'il a concocté pour rendre les choses claires, évidentes, sautant aux yeux. Non vous ne pourrez pas, même si je vous le donne en mille! Oh mes belins-belines, je vous garde ça au chaud pour demain, vous n'en croirez ni vos yeux ni vos oreilles quand vous connaîtrez cette mirifique mise en branle d'une imagination souffreteuse. Dans l'excitation de l'attente, ne négligez pas les chats, n'est-ce pas? Je me fâcherais, sinon.
                                                                                                               Lucette DESVIGNES.
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 09:08

     J'ai tout de même retiré quelque chose de cette confrontation Camus-Sartre de la semaine dernière. C'est que Sartre est beaucoup plus théâtral que Camus. Mauvais choix d'adjectif, d'ailleurs : théâtral contient une ombre de dépréciation (pas pour moi : j'aime assez quand un acteur "joue théâtre", ce n'est pas donné à tout le monde, et Brialy le faisait fort bien, sans pour autant arriver à la cheville de Saturnin Fabre, inconnu de plusieurs générations mais sans doute non oublié de la mienne) et précisément ce que je voulais dire est que le dialogue de Sartre passe infiniment mieux la rampe, plus enlevé, plus concret, plus rapide - l'échange de répliques et de jeux de scène entre la jeune femme de Hugo et les deux gardes du corps de Hoederer était un régal. Avec Camus, on a l'impression que rien ne peut se dire sans contenir son poids de philosophie, ça n'allège guère le débit ni le flux des échanges. C'est certainement cela la raison profonde du semi-échec des "Justes" : vérification facile via l'ennui secrété par la deuxième partie des "Mains sales", dès lors qu'il n'est plus question que de discussions sur la nécessité du compromis ou l'obligation de pureté. Cela dit, qui s'imposait par rapport à l'impact dramatique sur un public d'une pièce ou d'une autre, je trouve toujours aussi poussiéreux les enjeux de ces dialogues. Il est difficile, à mon avis, de les remettre en piste en les réactualisant. Bien sûr, les problèmes du terrorisme sont toujours aussi aigus, et sa définition toujours discutable puisqu'il peut - il doit, me semble-t-il - s'évaluer comme la Résistance d'un peuple opprimé ou occupé qui n'a plus d'autre moyen de se faire entendre, ni même de faire savoir qu'il existe toujours puisqu'on le bâillonne et qu'on le martyrise.  Le mot de "Justes" d'ailleurs introduit un arrière-plan historique plus contemporain qui ne fait que brouiller les pistes.
     Bon. Sufficit  ("Il suffit" : vous entendez le ton des personnages de nos grands classiques? vous voyez le geste autoritaire qui coupe court à tout prolongement?). J'aimerais passer à autre chose, et vous commencer (car je doute que j'aurai le temps de finir) ce que je vous ai promis sur Marivaux et sur la manière de l'interpéter qu'ont eue (et qu'on toujours, hélas) les metteurs en scène avides d'originalité à peu de frais (comme si à lui tout seul il n'en regorgeait pas : je pense aux représentations de Marivaux chez Jean Vilar ou Georges Wilson voire Bluwal, où l'exquise finesse des textes et des situations  était mise en lumière à force de scrupules et de respect). Cela remonte à 1963, pour le bicentenaire de sa mort : il y eut alors soudain une floraison de représentations, pièces bien connues ou moins connues, sur la scène ou le petit écran (et non des moindres), où chaque réalisateur voulait montrer ce qu'il avait compris, ou voulait expliciter quelque chose qu'il était le seul à avoir perçu. Ah! la belle année pour le théâtre! Mais parfois Marivaux n'y eût pas reconnu ses petits... On verra ça demain,  si vous êtes là mes belins-belines. Caresses aux chats de votre connaissance.

                                                                                            Lucette DESVIGNES.

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 11:56

     Bon. Aujourd'hui on fonce, le terrain a été déblayé suffisamment dans les séances précédentes. Théâtre, donc : que voilà bien un genre séduisant, même si ses formes modernes (formes, encore : vous voyez qu'on rencontre à chaque instant du vocabulaire sur lequel on pourrait gloser) sont souvent époulaillantes (autre mot du vernaculaire stéphanois que vous ne trouverez pas dans le NPLI : à la fois ébouriffantes, ahurissantes, déconcertantes, hermétiques... vous voyez, quoi). Théâtre,  oui : Sartre et Camus en même temps, vous en restez baba, n'est-ce pas? Les Justes un soir, Les mains sales le lendemain - pour profiter du même plateau même si le décor a changé quelque peu (toujours minimaliste : il y a moins de déménagement à prévoir et puis sans décor traditionnel le public se trouve tout de suite plongé dans la gravité d'une méditation profonde). Et pourquoi pas  ensemble, en effet? Deux pièces écrites à peu près en même temps,   créées à quelques mois d'intervalle, aérant toutes deux des problèmes de moralité et de justice, de résistance et de terrorisme, de compromission ou de pureté totale. Chacune selon son axe évidemment, pour des problèmes qui, même s'ils sont toujours et incompressiblement d'actualité (Palestine, Irlande, répression partout donc réaction violente et désespérée partout) ont pris un coup de vieux. Je sais bien que les metteurs en scène et programmateurs cherchent constamment à redonner une vie actuelle aux textes de théâtre déjà un peu anciens, voire complètement mangés aux mites (j'en ai de bien bonnes à vous raconter sur Marivaux et ses mises en scène modernes, comptez sur moi, je n'oublierai pas, oublier Marivaux, moi? vous rêvez... Et puisque nous avons plongé dans le théâtre, on va pratiquer l'immersion longue durée, moi ça me convient, si ça ne vous convient pas, mes belins-belines, vous savez ce qu'il vous reste à faire : à vous de jouer!). Des fois ça marche,  une mise en scène contemporaine peut donner une vie (une survie) à un texte mort (tiens pas exemple, Monsieur de Pourceaugnac : mauvaise pièce, mal écrite, sans structure, sans invention, dont le pauvre Molière n'était à juste titre pas fier du tout : si  la diatribe ridicule contre la province et les provinciaux ne passe plus du tout - vous connaîtriez un antagonisme entre la capitale et la province, vous? Jamais entendu parler, moi, connais pas - et si vous la remplacez par le problème de l'exclusion des "bronzés", des "typés", des "colorés", tendres  euphémismes pour tout ce qui nous vient d'au-delà de la Méditerranée et que, une fois usés jusqu'à la corde, nous voudrions renvoyer chez eux en culpédant, c'est un remplacement qui peut susciter la discussion contemporaine, à condition d'ailleurs que le remplaçant du héros  soit lui-même un noir). Mais très franchement ça ne va pas loin. Alors, qu'on laisse le texte dans son contexte historique ( l'assassinat du grand-duc) ou qu'on l'intemporalise (car la tentation de la compromission politique est pérenne,  nous le savons, oh là là!), la poussière reste la poussière; il faudrait ds tapettes (à tapis) ou des aspirateurs vigoureux pour faire du neuf avec du vieux, même s'il a eu son heure de gloire. Je reviendrai sur Camus-Sartre demain, pas de problème, avant de revenir sur Marivaux pour la gaudriole. D'ici là, caresses aux minets minous minettes. Et vous, belins-belines, réveillez-vous (comme on dit à l'Armée du Salut). Oui, à demain.

                                                                                                                                        Lucette DESVIGNES.

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 08:55

     Genres : j'avais dit hier déjà que c'était le mot approprié, même si j'avais annoncé plus tôt des formes ailleurs qu'aux divers sens grammaticaux. Et pas  (ne recommençons pas sur le chapitre, sans cela ma diatribe perpétuelle contre les mots masculins féminisés par des démangeaisons plus ou moins suspectes chez les cohortes excitées va se mettre en branle et une fois de plus nous n'avancerons guère) et pas au sens grammatical non plus pour le genre : je le dis tout net, il s'agit des genres littéraires. Une source inépuisable de bonheur : quand vous vous imaginez repus d'un genre vous passez à l'autre. J'espère en tout cas que c'est ce que vous faites, mes belins-belines, et non que, lassés d'un roman, vous vous effondrez sur le divan devant la télé et faites fonctionner la télécommande (vous remarquerez au passage la différence significative des contacts : le livre, vous l'avez entre les mains, vous en tournez les pages, vous l'ouvrez et le fermez, il est comme une pâte à modeler sous vos doigts; la télé, vous ne la touchez même pas avec des pincettes, vous touchez seulement la réglette inerte qui vous obéit mécaniquement, et heureusement qu'il y a des télécommandes à présent, j'ai connu le temps où une fois lancé sur une chaîne vous deviez vous lever pour zapper, donc vous ne vous leviez pas, donc vous subissiez la chaîne et son programme débile, donc vous n'éteigniez pas non plus toujours pour cette même raison de   paresse du corps, donc vous restiez dans la débilité de la paresse de l'esprit jusqu'à l'endormissement paisible face aux étranges lucarnes, donc si  personne de la famille n'intervenait pour vous secouer vous pouviez bien vous réveiller en face de l'écran plein de neige   une ou deux heures plus tard). Je suis d'avis au contraire que quand vous en avez fini avec un grave roman sur le contexte international vous passiez à la descendance de "Trois Hommes dans un Bateau" (il y en a quand même quelques-uns, il faut bien chercher) ou à un brave polar (de préférence qui vous fasse travailler les neurones et ne se contente pas de vous soulever de dégoût devant des tonnes d'hémoglobine), voire si vous aimez ça un récit de voyage ou une histoire de vampire. Et ne me dites pas que vous pourriez trouver tout ça aussi facilement et même mieux sur votre petit écran, sans même la peine de regarder le programme du jour : juste un coup de pouce à la réglette et vous pouvez avoir le même choix, du vampire au comique (Bigard par exemple, notre nouvel étalon de culture présidentielle - c'est-y pas une chance de l'avoir?), avec en plus la certitude que l'hémoglobine serait colorée et abondante. Bon! Votre choix, vos goûts, votre qualité de vie, tout ça ça vous regarde, je n'en disconviens pas. Mais alors c'est que vous ne savez pas goûter la différence entre une bonne soupe que vous avez préparée vous-même de A à Z (épluchage de légumes choisis, découpage        en morceaux de la grosseur voulue, l'oignon ciselé dans le beurre avant l'arrivée des légumes, cuisson   étudiée,   ajout de crème et/ou de pain de ménage dans l'assiette, fumets saveurs goûts  garantis) et un potage en sachet avec tous ses glutamates, sa consistance immuable malgré des colorants variés. Si vous préférez les potages en sachet (minute, tout prêts à l'assiette) libre à vous, nous ne ferons pas affaire ensemble, voilà tout. A demain, que les salutations à vos chats et aux autres n'aient rien de banal, please.

                                                                                                                                                   Lucette DESVIGNES.

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 13:03
     Tel quel, il ne veut rien dire, ce titre. Non que je cherche absolument à donner avec chaque titre un aperçu fût-il sommaire du thème choisi pour la journée (choisi par moi, bien sûr, jusqu'à présent : que n'ajoutez-vous votre piment, belins-belines, à mes propositions épuisables et vite épuisées, de manière à redonner un sang neuf à une entreprise que vous trouvez sans doute brinqueballante? Tant pis pour vous, je me tue à vous le répéter : si vous voulez que ça change, faites-vous entendre), car j'ai un peu trop l'impression, une fois le titre apposé dans sa petite case et dominant le déroulement de tout le texte, de me trouver encagée. Oui, ligotée de poignets (dans le dos) et de chevilles pour enrayer toute tentative d'évasion. Et avec, en plus, le caractère docile dont la nature m'a pourvue, la tentative d'évasion devient idée fixe, prurit d'écriture, obscurcissement de tout ce qui n'est pas effort pour regagner la liberté mise en danger. Dans ces conditions, vous voyez bien que je devrais renoncer à mes pataugeages, même s'ils vous enchantent jour après jour. Donc, si lâchement que je décide en fin de compte de les traiter, les thèmes annoncés là-haut doivent tout de même servir à quelque chose. Formes... ça veut en dire, des choses! Même si on se limite au domaine littéraire - ce qui correspond à mon dessein profond - on peut tirer le mot dans toutes les directions. Un peu de flemme peut-être, aujourd'hui? C'est samedi, la fin d'une lourde semaine, et avec le dimanche qui se profile derrière et où le travail sera le même pour moi, mes belins-belines (même si de votre côté ce doit être le farniente et la fantaisie d'emploi du temps, tant mieux pour vous), la flemme est pardonnable. Vous me pardonnerez donc de ne pas tirer le mot dans toutes les directions, de me contenter de rester dans le strict territoire où il s'oppose au fond dans toutes les analyses scolaires qui triturent jusqu'au pire traitement la chair des textes (on m'avait dit une fois qu'on ne comprenait pas pourquoi des enfants si vifs, si éveillés, si doués pour le théâtre en entrant en Sixième, devenaient si éteints, si amorphes, si passifs en deux ou trois ans devant les textes dramatiques ...Parbleu! six mois de commentaires de textes selon la théorie sont bien suffisants pour parvenir au même résultat : croyez-moi, je sais ce dont je parle). La flemme aidant, donc, on va pour aujourd'hui prendre le mot non dans son sens gramatical (forme négative, interrogative, affirmative - et progressive chez Albion, et fréquentative : je ne me consolerai jamais de ne pas les avoir à ma disposition en français, ce n'est pas une compensation que d'avoir indûment la forme active et la forme passive puisque ce sont des voix),  mais bien dans son sens de catégorie littéraire. Je devrais dire genre, je le sais bien, mais les développements attendront demain, j'ai déjà dévoré mon espace, je me sens ligotée chaque fois que je m'élance, c'est vrai qu'il me faut le temps de faire chauffer le moteur mais une fois lancée je me heurte aux bornes de la durée.    Cela m'irrite et me met de mauvaise humeur. A demain pour les genres, bonsoir les minous, dormez bien. Lucette Desvignes.
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 18:50

     Vous connaissez sans doute déjà la sensation  - pas drôle, oh que non - d'être coincé sous un rouleau compresseur, sans espoir de salut autre que son écrasement (et pour écraser les cailloux, il se pose un peu là : des gros cailloux il va faire de moyens graviers, puis de menus morceaux, ce qui pourrait vous faire passer aux expressions imagées du Chat botté : "vous réduire en chair à pâté" - bien beau la littérature, mes belins-belines, mais quand c'est vous qui êtes sous le rouleau-compresseur, hein, qu'est-ce que vous dites? Eh bien moi ce soir, je ne vous le cache pas, je suis dessous - priez bien, si vous savez faire auprès de quelqu'un d'efficace, que j'en ressorte à peu près entière pour pouvoir continuer ma tâche. Qu'est-ce que vous voulez, j'en fais trop, aussi! On me dit de tous les côtés : "Allez-y doucement, faut pas pousser le bouchon trop loin" - manière de me laisser entendre que je passerai pas le week-end, hein? Eh ben on se trompe, mes belins-belines. Mais tout à coup un doute me vient. Je compte sans doute parmi les foules qui me lisent ou m'écoutent des belins-belines pas forcément de ma génération, elle qui savait ce que c'était qu'un rouleau compresseur. Eux ne savent sans doute pas, alors je m'explique : le rouleau compresseur, c'est, comme le moulin à café ou la lessiveuse en zinc l'étaient pour la ménagère à la même époque, le symbole de la mécanique des Ponts-et-Chaussées du XXème s'épanouissant (à peine après les Années folles qui rugissaient, comme on disait chez Albion). Je crois qu'il marchait à la vapeur, en tout cas il faisait un bruit effroyable quand il écrasait les cailloux, c'est-à-dire avant de les arroser de goudron et alors il produisait des odeurs effroyables.Il fallait voir le conducteur sur sa machine, quand il paralysait des files de voitures avant de leur laisser le passage sur une portion toute fraîche où le jus noir collait sur la carrosserie, poétiquement transporté par les gravillons volages (des files de voitures, oui - elles étaient peu nombreuses à l'époque, mais les travaux routiers duraient si longtemps que des files avaient le temps de se former; certains conducteurs insultaient le cantonnier au passage, une fois le passage accordé, mais il prenait de ces allures d'empereur romain qui décourageaient les plus rancuniers). J'en parle d'ailleurs volontiers dans mes souvenirs d'enfance et de jeunesse, je vous assure que cela vous marque une conscience d'enfant de croiser un rouleau compresseur sur son chemin. Vous avez bien compris tout de même que ce soir ce n'est pas un vrai rouleau compresseur qui cherche à me repasser à plate couture : symbole, symbole, qu'est-ce qu'on ferait bien dans le vie sans les symboles? Pourtant je me sens raplapla (sinon plate, malheureusement) parce que broyée par les impératifs de mon agenda. Il n'avait pas pensé à ces impératifs-là, Kant, hein? C'est pourquoi il pouvait parler des siens si sereinement. Moi ce soir la sérénité connais pas! Tout juste si je pense à vous dire de saluer les vôtres et ceux du voisin.

                                                                                                        Lucette DESVIGNES.

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